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    Devrait-on boycotter Art souterrain ?

    Le soutien financier du consulat d’Israël à une expo sur la sécurité crée un malaise

    28 février 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Clément Valla, «Postcards From Google Earth»
    Photo: Clément Valla Clément Valla, «Postcards From Google Earth»

    La 7e édition d’Art souterrain, portée par l’intitulé « La sécurité dans notre société », ne sera inaugurée que pendant la Nuit blanche, mais déjà, elle suscite débats et malaises, à l’instar des artistes qui refusent d’y participer, comme le révélait Le Devoir vendredi. La venue d’une commissaire et de six artistes israéliens, facilitée par l’aide financière du consulat d’Israël à Montréal, fait sourciller. Comment parler de sécurité et faire d’Israël le pays à l’honneur sans tenir compte, ou si peu, de la réalité palestinienne ?

     

    L’artiste et professeur à l’UQAM Alexandre Castonguay a été parmi les premiers à réagir sur sa page Facebook, se disant surpris de la teneur de l’exposition ancrée dans le réseau souterrain de Montréal. Et de l’ambiguïté des outils de communication.

     

    « On parle de sécurité et d’Israël, alors que [ce pays] est un grand exportateur de drones. Son occupation des territoires palestiniens est illégale. Ce n’est pas une guerre, c’est une attaque. Quelle est la sécurité des Palestiniens ? »,demande-t-il.

     

    Depuis l’été 2014, moment où le conflit qui s’envenime fait mille fois plus de morts du côté palestinien, un mouvement planétaire contre les activités culturelles d’Israël a pris forme, telle la campagne Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS). La 31e Biennale de São Paulo a notamment été ciblée, accusée d’être complice des violations des droits de la personne en Palestine du fait qu’elle recevait des subventions de Tel-Aviv.

     

    Alexandre Castonguay ne va pas si loin, préférant attendre de voir les projets sélectionnés avant de sanctionner l’événement. « Un vrai contexte critique doit se déployer, croit-il, sinon, il n’y a pas d’autre choix [que le boycottage]. »

     

    Pour son collègue artiste Gregory Chatonsky, le problème ne réside pas dans le fait qu’Israël soit à l’honneur, mais qu’on ne tienne pas compte de la Palestine. Il n’est cependant pas question de boycotter, même si Art souterrain a manqué, à ses yeux, une occasion de réunir les deux côtés du mur.

     

    Frédéric Loury, directeur général d’Art souterrain, ne voit aucun problème au fait d’inviter Israël sous le thème de la sécurité. Rien de plus naturel, affirme celui qui a souvent visité le pays de Nétanyahou et noté que la sécurité imbibe la vie quotidienne.

     

    Si les artistes palestiniens brillent par leur absence dans l’édition 2015, ce n’est pas faute d’avoir essayé. « On en a invité une quinzaine, on s’attendait à ce que quatre ou cinq répondent, dit Loury, mais ils n’avaient pas les ressources pour couvrir leurs frais. »

     

    Art souterrain, dont le budget s’élève à 265 000 $, défraie 40 % des dépenses des artistes étrangers, israéliens ou non. La balance est à leurs frais ou, comme dans le cas qui nous occupe, du consulat d’Israël. Palestiniens, et Danois, fait remarquer Frédéric Loury, n’ont pas eu, eux, du soutien public de leur pays.

     

    Le consulat israélien aurait participé de bon gré, sans se mêler du contenu. « On lui a dit à la fin : “Voici les artistes choisis” », explique Loury. L’histoire ne dit pas comment les diplomates auraient réagi à la vue d’une oeuvre mettant en scène, disons, des prisonniers politiques. Un projet, par exemple, comme celui que Rehab Nazzal, artiste torontoise d’origine palestinienne, présentait en mai 2014 à Ottawa. L’installation de 2000 photos, qui pointait des cas d’abus sur des leaders palestiniens emprisonnés par Tel-Aviv, a suscité la colère de l’ambassade israélienne.

     

    « Pour les artistes palestiniens qui traitent comme moi de la lutte contre l’occupation israélienne, il ne nous est pas facile d’exposer. Si je peignais des fleurs et des arbres, ou des thèmes sans portée sociale, je n’aurais aucun problème », confie Rehab Nazzal.

     

    Carmit Blumenson, la commissaire invitée par Art souterrain, considère que l’art n’a pas à se mêler de politique. Chaque expo qu’elle pilote, ici ou en Israël, est guidée par la qualité du travail et non par le fait que l’artiste est « juif, arabe ou druze ».

     

    « Je ne fais pas confiance à la politique, clame-t-elle. La paix ne viendra ni des boycottages, ni des mouvements de protestations, mais des gens. Il faut travailler ensemble, rêver ensemble. L’art peut aider, mais pas en traitant directement de politique. Autrement, il devient une affiche. Ou de la propagande. »

     

    Plusieurs des artistes d’Art souterrain contactés ont admis avoir été surpris de la participation financière d’Israël. Ils ne remettent pas en question leur participation, parce qu’ils croient encore qu’un dialogue critique est possible à travers leurs oeuvres, mais auraient apprécié plus de transparence de la part des organisateurs.

     

    L’expo Art souterrain, qui comprend en tout 65 artistes, sera visible jusqu’au 15 mars, dans le Montréal souterrain.

    Clément Valla, «Postcards From Google Earth» POURQUOIJAMAIS, «Pour signaler une disparition» Desiree Palmen présente les vidéos «Old City Suit», «Streetwise» et «One Step Closer to Nature». Leda Montereali, «Privacy» Marie-Ève Levasseur, «Ein kleines Paradies» Éva Clouard, «Monréel» Niels Bonde, «I never had hair on my body or head no. VI.», 1995-2014 « Compound Eyes », oeuvre de Graham Caldwell présentée à la Cité internationale dans le cadre de Art souterrain












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