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    La photo tous azimuts

    Trois expositions distinctes sont présentées au MNBAQ… dont les photos de Bryan Adams

    21 février 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Raymonde April, «Miroir», de la série «Dix images seules», 2004
    Photo: Raymonde April Raymonde April, «Miroir», de la série «Dix images seules», 2004
    Photographie
    Incarnations
    Photographies de la collection du MNBAQ de 1990 à aujourd’hui


    1950, le Québec de la photojournaliste Lida Moser
    Musée national des beaux-arts du Québec, parc des Champs-de-Bataille, à Québec, jusqu’au 10 mai.

    Même lieu, jusqu’au 14 juin.

    Avec sa « saison photo », programme en trois expositions, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) se pose en étendard de la photographie tous azimuts. Trois expos, trois univers à des années-lumière de distance réunis sous l’argumentaire que tous les genres se valent. Il est certes question d’identité et d’un reflet de société, mais il est difficile de voir avec les mêmes yeux le travail documentaire d’une Lida Moser, les portraits léchés signés Bryan Adams (oui, oui, l’homme de Summer of ‘69), ainsi que les explorations critiques de l’expo Incarnations.

     

    Le star-système dans toute sa gloire. Des portraits de privilégiés, réalisés par un privilégié. En gros, c’est ce qui attend ceux qui s’introduisent dans la salle proposant l’expo Bryan Adams s’expose — salle précédée d’un autoportrait du photographe : il s’agit bien du chanteur rock-pop. Le commissaire britannique de l’expo, Mat Humphrey, vante ce corpus, imposant par le nombre (90) et la dimension des tirages, pour être une rare intrusion dans l’intimité de ces célébrités, de la belle Kate Moss au sombre Mickey Rourke.

     

    « Bryan Adams profite d’une grande proximité avec ses modèles. C’est un regard de l’intérieur, avec beaucoup de sensibilité », défendait Humphrey devant les journalistes.

     

    Avions-nous quand même besoin de ce panorama d’un monde hypermédiatisé ? Malgré ses bonnes intentions, Bryan Adams plombe la photographie de ses clichés les plus lourds. Il faut soigner son image, non ?

     

    Notons tout de même que le musée offre une sorte de revers de la médaille avec un second corpus, non pas autour de vedettes, mais de soldats mutilés par la guerre en Afghanistan. Les images de Wounded sont explicites et se découvrent en fin de parcours, comme pour nous faire descendre des nuages. Reste que l’approche du photographe-chanteur demeure léchée. Le noir et blanc qu’il privilégie ici s’accompagne d’un environnement nu. Ainsi photographiés, sans contexte, ces hommes et leurs tatouages sont enjolivés, grandis en martyrs d’un Occident qui se bat pour les belles valeurs.

     

    L’expo 1950, le Québec de la photojournaliste Lida Moser tient un discours contraire. On tombe dans une époque lointaine et les 180 images de la photographe américaine décédée pendant l’été 2014 parlent d’un sujet, sinon méconnu, du moins tu, ou oublié.

     

    « Dans l’état actuel des questionnements identitaires au Québec, on a voulu dépasser les clichés au sujet de notre passé. On parle souvent du Québec d’avant les années 1960 comme étant une société moyenâgeuse, la Grande Noirceur, tout ça. Or, la société n’était pas monolithique, il y avait un dynamisme culturel, y compris dans les régions », estime la commissaire de l’expo et conservatrice de l’art moderne, Anne-Marie Bouchard.

     

    Lida Moser elle-même est passée dans les mailles de l’histoire. Ses photos font partie de la mémoire collective sans qu’on le sache. Quelques efforts ont déjà voulu la faire connaître, notamment une expo plus petite du Musée McCord, dans les années 1970. L’expo du MNBAQ est cependant la première aussi vaste, décortiquant par région les deux séjours que la femme trentenaire a faits au Québec. Elle est aussi l’occasion de lancer la première publication savante sur ce vaste corpus.

     

    Loin d’être monotone, malgré la blancheur des murs et des cadres, l’expo fait étalage de la diversité des sujets abordés par la reporter. Entre le paysage rural et les lignes architecturales, rives nord ou sud du Saint-Laurent, Lida Moser a porté son regard sur les gens, les enfants notamment, mais aussi sur les personnalités qu’elle a côtoyées. Portraits posés comme ceux de Jean Palardy ou Alfred Pellan. Ou pris sur le vif comme ceux de Paul Gouin, de Luc Lacoursière ou de l’abbé Félix-Antoine Savard, qu’elle a accompagnés dans leur quête du Québec folklorique.

     

    Il y a un peu trop de tout dans l’expo. Or, pour Anne-Marie Bouchard, c’est ce côté touche-à-tout qui fait la force du travail, qui distingue Moser des Paul Strand qui l’ont précédée. Fait à noter, le MNBAQ ne possède aucune trace dans ses collections de ces reportages, même de ceux réalisés dans ce qui était le Musée de la province. C’est Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui est détentrice du fonds Lida Moser.

     

    L’expo Incarnations, quant à elle, ne réunit que des « photographies de la collection du MNBAQ, de 1990 à aujourd’hui ». Pour Maude Lévesque, qui en assure le commissariat, l’idée est venue d’un double constat : la forte présence du corps dans la photo actuelle et la vogue sociale pour l’égoportrait.

     

    « Les artistes font un contre-pied au selfie, à une représentation désincarnée du corps et des relations humaines », dit-elle.

     

    L’autoportrait traverse l’exposition en toute logique. Or le thème est subtil, vu de l’intérieur comme chez Michel Campeau, qui photographie, dans la série Arborescences, son ombre sur une nature organique, éloquente. L’autoportrait est oblique chez Raymonde April, qui détourne nos regards dans Miroir (2004). Avec Milutin Gubash et sa famille, on plane dans l’autofiction, avec Nathalie Grimard, dans la mise en scène. Corinne Lemieux se montre couchée, presque immatérielle par opposition à toute la paperasse qui l’entoure, alors que Chih-Chien Wang joue dans la métaphore.

     

    L’expo prend une teneur politique avec Evergon et son langage cru sur la maternité et l’homosexualité, puis avec les approches féministes d’Éliane Excoffier, d’Andrea Szilasi et d’Irene F. Whittome. Enfin, le portrait en photo, c’est aussi une occasion de réfléchir sur le temps et la matière, comme le propose la célèbre série Les écorchés (1999) de RobertoPellegrinuzzi, mosaïques d’images épinglées dont le musée possède deux exemples. Ou comme le fait Nicolas Baier, dont l’oeuvre SAS clôt l’expo et renvoie, par son miroir sans image, à l’idée de départ. Offrir un contre-pied et représenter le corps, même en son absence.

    Raymonde April, «Miroir», de la série «Dix images seules», 2004 Geneviève Cadieux, «La fêlure, au choeur des corps», 1990. Lida Moser: un élève de l’École moderne dans une salle du Musée de la province, à Québec, automne 1950 «Bryan Adams, Autoportrait», Londres, 2011
«Lindsay Lohan», New York, 2007 «Sir Mick Jagger», New York, 2008 Le comédien Ben Kingsley, tel que vu par le chanteur pop-rock et photographe Bryan Adams Lida Moser a porté son regard sur les gens, les enfants notamment
    Incarnations. Photographies de la collection du MNBAQ de 1990 à aujourd’hui
    Musée national des beaux-arts du Québec, parc des Champs-de-Bataille, à Québec, jusqu’au 10 mai.
    1950, le Québec de la photojournaliste Lida Moser
    Même lieu, jusqu’au 14 juin.
    Bryan Adams s’expose












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