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    Faire croire à des illusions visuelles

    Trois courts métrages immersifs sont à l’affiche de la SAT

    7 février 2015 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    «Carapace» de Mary Franck et Kadet Kuhne. Le vrai sujet des œuvres du programme immersif est l’idée de transformation, de métamorphose de l’espace.
    Photo: Sébastien Roy/SAT «Carapace» de Mary Franck et Kadet Kuhne. Le vrai sujet des œuvres du programme immersif est l’idée de transformation, de métamorphose de l’espace.
    Arts visuels
    Carapace
    Par Mary Franck et Kadet Kuhne



    Je ne vous ferai pas le coup des nouvelles technologies qui vont totalement changer notre rapport au monde réel, nous aspirer dans un monde virtuel et faux qui nous fera perdre tout contact avec la vie concrète… Je ne vous dirai pas comment ce programme triple immersif à la Société des arts technologiques (SAT) vous plongera dans une illusion plus réelle que le réel, et plus trompeuse que les plus imaginatives fictions. Non.

     

    Certes, avec CarapaceQuantum et Nimbes, les trois oeuvres présentées ces jours-ci dans l’imposant dôme de treize mètres de haut ouvert fin 2011 à la SAT, les créateurs de ces projections ont joué avec les codes de l’illusion visuelle : perspective linéaire, effets de profondeur grâce à des jeux d’ombre et de lumière très bien contrôlés, recréations de volumes complexes dans l’espace… Le dôme sur lequel sont projetées ces images accentue l’effet 3D de l’ensemble. Cela fait partie de l’expérience, qui procure un plaisir certain. Et la trame sonore vient ajouter de la profondeur et de la présence aux images. Dans cette expérience, les sons nous enveloppent autant que les images. Le résultat est donc une petite aventure sensorielle d’une heure qui est en effet immersive. Tantôt, le dôme de la SAT se transforme en espace infini digne d’un planétarium ; tantôt, il devient une grotte magique avec des effets aquatiques ou, plus exactement dans le cas de Nimbes, une inquiétante forêt magique avec des ruines gothiques, qui fera presque penser à des séquences d’un film expressionniste ou d’un film d’horreur. En voyant ces films, le spectateur se sentira en effet souvent saisi, enveloppé et emballé par les effets visuels et sonores…

     

    Chaque époque a joué à se faire peur

     

    Mais insister sur les illusions visuelles et sensorielles créées par ces trois courts métrages ne serait pas rendre compte de la véritable complexité de ces oeuvres. D’abord, parce que ce désir d’illusion et cette capacité de tromperie de l’image ne sont pas bien nouveaux. Chaque époque a joué à se faire peur, à se faire croire à quel point les représentations par les images ou par les écrits pouvaient nous tromper, nous éloigner du réel.

     

    Des gens furent effrayés devant L’arrivée du train en gare de La Ciotat des frères Lumière au début de l’aventure cinématographique, en 1896. Et, bien avant, les raisins peints de Zeuxis leurrèrent tous les Grecs, et même les oiseaux, qui se firent prendre par ce trompe-l’oeil en essayant de les picorer. Qui dit mieux ? En fait, chaque génération a peur de se faire avoir par les fictions que l’art nous propose.

     

    Il n’y a pas si longtemps, d’autres générations se faisaient dire que les fictions proposées par la lecture ou la télévision étaient dangereuses. De nos jours, on met en garde les jeunes contre les jeux vidéo et Internet qui les couperaient du réel. L’illusionnisme des représentations et des fictions offertes est toujours dépendant d’un contexte historique, et il suffit que ce contexte change pour que l’illusion soit moins impressionnante et moins séductrice.

     

    Une fois tout cela dit, il faut aussi expliquer, dans un deuxième temps, que ces films d’art numérique présentés ces jours-ci à la SAT ne parlent pas uniquement et si simplement de l’illusion. Ces films recèlent un aspect poétique et ne sont pas les dernières lunettes virtuelles qui créeraient une réalité augmentée. Le vrai sujet de ces oeuvres est plutôt l’idée de transformation, de métamorphose de l’espace. Des formes qui ressemblent à une algue deviennent comme une forêt, un ciel étoilé devient la façade d’une église gothique…

     

    Au-delà de la création d’illusions visuelles dans ces trois oeuvres, malgré leurs différences évidentes, se joue une mise en scène sur la plasticité des nouveaux médias, de l’image créée par ordinateurs et de l’ordinateur comme machine capable de tout faire. L’ère industrielle avait glorifié sa capacité à transformer les matériaux naturels bruts pour avoir plus de pouvoir à transformer le monde réel. La postmodernité poursuit à sa façon ce rêve avec l’aide de la machine « magique » qu’est l’ordinateur, qui elle aussi nous fait encore croire que nous pouvons tout transformer. Et dans ces oeuvres présentées à la SAT, c’est sûrement plus à cela, à ce pouvoir sans limites de l’être humain dans le réel, qu’est convié le spectateur qu’à une énième célébration de la capacité de l’homme à faire croire à des illusions visuelles.

    «Carapace» de Mary Franck et Kadet Kuhne. Le vrai sujet des œuvres du programme immersif est l’idée de transformation, de métamorphose de l’espace. Image de «Nimbes» de Joanie Lemercier et James Ginzburg Image de «Quantum» de 1024 Architecture (compagnie créée par Pierre Schneider et François Wunschel)
    Carapace
    Par Mary Franck et Kadet Kuhne. Aussi: «Quantum» par 1024 Architecture, compagnie créée par Pierre Schneider et François Wunschel, et «Nimbes» par Joanie Lemercier et James Ginzburg.
    Quantum
    Par 1024 Architecture, compagnie créée par Pierre Schneider et François Wunschel
    Nimbes
    Par Joanie Lemercier et James Ginzburg












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