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    Dix nouvelles stations d’art

    Regard sur les oeuvres qui ont poussé le long du tronçon de train reliant Ahuntsic à Mascouche

    20 décembre 2014 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    «L’arbre de la gare» de Nicolas Baier se confond avec le béton qui l’accueille et lui donne un semblant d’usure, inattendu.
    Photo: Source Agence métropolitaine de transport «L’arbre de la gare» de Nicolas Baier se confond avec le béton qui l’accueille et lui donne un semblant d’usure, inattendu.

    Le train roule désormais vers l’Est et, avec lui, l’art. Ce n’est pas rien. L’apparition de dix gares sur un tronçon reliant Ahuntsic à Mascouche apporte un ensemble d’oeuvres non négligeable en nombre. Dix gares, dix oeuvres, découlant de dix concours organisés sous la loi du 1 % — ou Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics. Il est plutôt rare de voir, en art public, un lot de cette ampleur.

     

    Les oeuvres du train de l’Est arrivent au moment où d’autres vastes collections d’art public se concrétisent, comme celles des centres hospitaliers universitaires. Celle du CHUM est encore à venir, mais celle du CUSM est déjà en place, bien que pas encore accessible.

     

    « Le début d’un train nouveau », dit le slogan très sixties que l’Agence métropolitaine de transport (AMT) s’est donné pour évoquer le changement d’habitudes de nos déplacements urbains. Rêve de grandeur, qui vient, comme tout projet immobilier d’envergure, avec son imposant budget. Le programme du 1 % a pour effet de matérialiser cette réalité, de la traduire visuellement.

     

    Les nouvelles oeuvres de l’AMT, organisme déjà propriétaire de celles du métro à Laval, composent donc un ensemble important en nombre, voire en étendue — d’Ahuntsic à Mascouche, ce sont environ 40 km de voie ferrée. En matière esthétique, on reste toutefois au niveau d’un art public assez conservateur. Les contraintes de sécurité et d’espace, pour ne nommer que celles-là, prédominent, imposant le piège de l’oeuvre décorative, inoffensive, pour ne pas dire transparente. Il est presque ingrat de créer dans ces conditions. Reconnaissons néanmoins aux artistes le risque qu’ils prennent en acceptant de courir ces concours.

     

    L’art étalé sur 40 km

     

    Les six oeuvres en place — les autres le seront d’ici le printemps 2015 — ne se ressemblent pas pour autant. Déjà, le thème du voyage, ou du mouvement, ne domine pas. Il n’est explicite que dans deux cas, la sculpture diptyque de Gilles Mihalcean, Allers-retours (gare Rivière-des-Prairies), et la structure d’allégeance futuriste de Marc Dulude, Continuum (Mascouche).

     

    Pour le moment seule sculpture verticale, étonnamment, Allers-retours représente une valise. Comme il s’agit d’une oeuvre de Mihalcean, elle est peu littérale, exploite les formes et les sens, se lit par un jeu d’associations. Un arc travaillé et bleuté prend valeur de poignée du fait qu’il repose sur une structure carrée, une boîte que l’artiste a pris le soin de laisser vide. De son regard, chaque voyageur la remplira.

     

    La sculpture en acier et miroitante de Dulude évoque la vitesse et s’étale en longueur, plutôt qu’en hauteur. Pour l’apprécier, pour remarquer la finesse de la décomposition de ses prismes, il faut lever les yeux. Continuum est perchée en haut d’une marquise et il est difficile, par sa facture métallique, de la remarquer. L’oeuvre a de l’audace, mais, sur sa tablette, elle sera oubliée.

     

    La réussite d’une oeuvre dans l’espace public découle d’un bon mariage avec son emplacement. L’arbre de la gare (Repentigny), de Nicolas Baier, est celle qui répond, dans ce sens, le mieux à la commande. Il est vrai que la surface qui dessine l’arbre du titre est un miroir, dont l’effet est immédiat. Baier, qui se plaît à utiliser ce matériau depuis un moment déjà, ne bouscule peut-être pas ses habitudes. Il réussit néanmoins à intégrer l’environnement, immédiat comme lointain, de manière efficace.

     

    Installée dans un espace plutôt banal — une cage d’escalier—, l’oeuvre crée une sorte de trouée sans fin, avec ses illusions de profondeur qui changent selon le point de vue. Aussi, par son morcellement, parfois en de très petits segments, L’arbre de la gare se confond avec le béton qui l’accueille et lui donne un semblant d’usure, inattendu. Avec son allure inappropriée, le mur ne peut qu’interpeller les voyageurs.

     

    Les trois autres oeuvres que les usagers de l’AMT côtoient déjà sont toutes des oeuvres murales. Sylvain Bouthillette a travaillé sur une surface extérieure peu évidente, autour d’une grande vitre. Or, il a réussi à laisser son empreinte, reconnaissable sous ses mots tronqués et ses jeux d’échelle. L’édicule qui reçoit l’oeuvre Flux (Saint-Léonard–Montréal-Nord) devient un lieu unique, qui fonctionne à la fois comme repère visuel et vitrine d’art.

     

    Bien que rythmées et joyeuses, fortes en polychromie, Entrain (Anjou), de Pierre Blanchette, et Tissu urbain(Saint-Michel–Montréal-Nord), de Shelley Miller, dépassent difficilement l’oeuvre ornementale. Le lieu qui leur est destiné n’aide pas, il est vrai. La première oeuvre repose quand même sur une paroi vitrée qui doit, les jours de soleil, favoriser sa présence. La seconde, sur son béton gris extérieur, ne détonne pas plus que les pubs lumineuses qui lui font concurrence depuis le pont ferroviaire. Pourtant, Tissu urbain, en soi, n’est pas inintéressante. Sa composition en courtepointe et ses petites imperfections rendent hommage à la population, à sa belle cohésion malgré ses différences, ses inégalités.

     

    Fait à noter, seule l’oeuvre de Gilles Mihalcean n’est pas attenante à un bâtiment. Du coup, Allers-retours est la seule qu’on peut apprécier du train. Deux sculptures et deux oeuvres murales, signées Patrick Coutu (Terrebonne), Linda Covit (Sauvé), Doyon-Rivest (Pointe-aux-Trembles) et, encore, Sylvain Bouthillette (Ahuntsic), sont attendues. Si la tendance se maintient, il faudra descendre à chaque gare pour les observer.

    «L’arbre de la gare» de Nicolas Baier se confond avec le béton qui l’accueille et lui donne un semblant d’usure, inattendu. Anjou, Entrain, par Pierre Blanchette Gare St-Michel, Tissu urbain par Shilley Miller Mascouche, Continuum, par Marc Dulude St-Léonard Mtl Nord, Flux, par Sylvain Bouthillette Rivière des prairies, Allers-retours, par Gilles Mihalcean












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