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    Robert Wolfe, ouvert sur le monde

    La galerie Graff invite à redécouvrir le peintre et graveur disparu

    22 novembre 2014 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Robert Wolfe, Couvre-feu. L’exposition consacrée à l’artiste est un survol découpé en cinq sous-thèmes.
    Photo: Galerie Graff Robert Wolfe, Couvre-feu. L’exposition consacrée à l’artiste est un survol découpé en cinq sous-thèmes.

    Plus de dix ans se sont écoulés depuis le décès de Robert Wolfe (1935-2003). Et il y a huit ans, déjà, on lui rendait hommage par la nécessaire rétrospective posthume, tenue à la Grande Bibliothèque sous le titre L’espace-couleur de Robert Wolfe. L’historien de l’art Laurier Lacroix, commissaire pour l’occasion et principal auteur de l’indispensable catalogue, avait alors donné la pleine mesure de l’oeuvre de ce peintre et graveur qui ne s’est pas contenté de s’assujettir à un seul courant esthétique. Wolfe fait partie de cette génération d’artistes, comme Jean McEwen ou Jacques Hurtubise, qui a réévalué les approches automatistes et plasticiennes.

     

    Voilà donc que surgit à la galerie de toujours de l’artiste montréalais, la galerie Graff, une « nouvelle » exposition individuelle, rétrospective elle aussi. Les 25 oeuvres réunies, 17 peintures et 8 estampes, couvrent une pratique étalée sur près de 40 ans (1960-1999). On est pourtant loin de la redite.

     

    L’expo Robert Wolfe. Routes et trajets n’est pas seulement portée par un thème singulier. La présentation à laquelle est parvenue Madeleine Forcier, directrice des lieux, touche à quelque chose proche de l’ordre de l’intime. Comme si elle nous permettait d’entrer dans la tête de l’artiste. Il faut dire qu’une grande amitié unissait Robert Wolfe à Graff, le liait au couple Pierre Ayot-Madeleine Forcier.

     

    Alors qu’en 2006 Laurier Lacroix décortiquait, comme il se devait, la démarche esthétique de Wolfe, l’expo Routes et trajets mise davantage sur le contexte de création. De nombreuses archives de l’artiste (carnets de croquis, journaux personnels, pièces d’identité, souvenirs de voyages) accompagnent les oeuvres. Il est plutôt rare que l’on ait accès, dans une galerie privée, à cette part du travail, celui en deçà de la finalité de la pratique artistique. L’expo repose sur l’idée que Wolfe était un grand voyageur et que, par conséquent, son art en a porté les traces. La représentation, subtile, de cartes ou d’architectures aura été, par exemple, un de ces résultats.

     

    Graff n’est pas un musée, ne possède pas d’immenses espaces. Or l’expo, qui couvre large, ne trébuche pas dans le trop-plein. Découpée en cinq sous-thèmes, elle n’insiste pas pour tout dire, s’en tient à un survol. Parfois ça se résume à une seule pièce, comme dans la section « La marche », mais celle-ci, À ses pieds II (1993), parle fort. Tirée de l’époque où la figure prend de l’importance chez Wolfe, l’acrylique évoque les pieds du Christ et rappelle le bagage spirituel de son auteur.

     

    Le parcours limpide proposé par Graff s’ouvre sur « une année outre-mer », avec des oeuvres de la décennie 1960 réalisées dans la foulée d’un séjour en Europe. Il se conclut avec « les cercles », un des motifs de prédilection de Wolfe, surtout à la fin de sa vie. Ainsi, le diptyque Holbein (1999), puissant cercle rouge sur fond noir, fait partie d’une série de tableaux en hommage aux artistes découverts lors de ses voyages formateurs.

     

    En cinq oeuvres, aux techniques et supports très variés (deux acryliques sur toile, une sur papier, ainsi qu’une eau-forte et une taille-douce), la section « Le tour du monde » révèle tout l’humanisme de cet art peu littéral. Inspiré par des coutumes en Inde et en Afrique, Robert Wolfe a livré dans les années 1980 une série d’oeuvres sobres, portées par le deuil. À la manière d’une Betty Goodwin ou davantage d’un Roland Poulin, Wolfe explore les motifs de la stèle funéraire, sans laisser tomber ses propres préoccupations liées à la couleur et à l’espace-tableau. Le tombeau d’Hadrien (1986) s’avère, dans ce sens, un brillant condensé de ses recherches esthétiques et de ses références extra-picturales.

     

    Huit ans après la rétrospective posthume, on peut dire que l’oeuvre de Robert Wolfe mérite encore toute notre attention. Son travail, axé sur l’exploration matérielle et sur l’observation du monde, ne vieillit tout simplement pas.

    Robert Wolfe, Couvre-feu. L’exposition consacrée à l’artiste est un survol découpé en cinq sous-thèmes. Vue d’ensemble de l’exposition Robert Wolfe – Routes et trajets à la galerie Graff, Montréal Vue d’ensemble de l’exposition Robert Wolfe – Routes et trajets à la galerie Graff, Montréal<br />
Robert Wolfe, À ses pieds II Robert Wolfe, Le grand large, acrylique sur masonite, 76 x 102 cm <br />
    Robert Wolfe. Routes et trajets
    Galerie Graff, 963, rue Rachel Est, jusqu’au 29 novembre.












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