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    Le maître du théâtre miniature

    Le finaliste du prix Sobey Graeme Patterson livre une monumentale métaphore de la vie

    15 novembre 2014 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Vue de l’installation Player Piano Waltz (2013), à l’Art Gallery of Hamilton.
    Photo: Mike Lalich Vue de l’installation Player Piano Waltz (2013), à l’Art Gallery of Hamilton.

    Finaliste du prix Sobey pour la deuxième fois, Graeme Patterson, artiste originaire de la Saskatchewan aujourd’hui établi au Nouveau-Brunswick, est devenu une valeur sûre de l’art canadien. Secret Citadel, l’exposition itinérante qui atterrit à la Galerie de l’UQAM, montre qu’il demeure un maître des théâtres miniatures.

     

    Des modèles réduits, il y en a dans cette expo produite par l’Art Gallery of Hamilton et le Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse. Monumentales par leurs dimensions, avec pièces et fenêtres en quantité, les quatre structures ont quelque chose de la maison de poupées. Ou de la forteresse, puisque, chez Graeme Patterson, ce sont des univers masculins qui y sont décrits (quoique…). Ces installations sculpturales se retrouvent aussi animées, littéralement, dans un film stop in motion présenté dans la petite salle de la galerie universitaire.

     

    Secret Citadel, second projet d’envergure de cette encore jeune carrière, confirme Graeme Patterson comme un grand conteur, aux mains habiles. À l’instar de l’ensemble Woodrow qui l’a révélé en 2007, Secret Citadel se décline en plusieurs éléments, à considérer comme des stations d’un vaste parcours, ou comme les chapitres d’un récit intimiste, personnel à l’auteur. Le premier plonge dans son enfance, avec au centre la reconstitution d’une maison dans l’arbre, prenant place, ici, sous une montagne. Le visiteur fera face ensuite au camp de vacances, puis au gymnase d’école secondaire (transformé en arène de lutte olympique) et, enfin, à un hôtel-bar doté de son (vrai) piano mécanique.

     

    Moins littérale, la narration de Secret Citadel s’étale dans le temps — et non plus dans le champ, comme celle de Woodrow. Elle a gagné en complexité et propose des arrêts sur images, et en objets miniatures, de la vie humaine.

     

    Par son travail en miniature, et par les multiples détails qui habitent l’intérieur de ses constructions — y compris des écrans de la taille du plus petit des iPhone —, Graeme Patterson prend part à un courant fortement narratif. Il ne joue pas l’horreur à la Jake et Dinos Chapman ou à la Karine Giboulo, ni le futurisme propre à Stéphane Gilot. Sa manière à lui, légère en apparence, rétro dans le ton, se veut plus universelle. À mi-chemin de l’autobiographie et de la fable, les récits mettent en scène deux personnages au corps d’animal, l’un bison, l’autre cougar, auxquels nous pouvons tous nous identifier.

     

    Les maquettes peuvent être vues comme les composantes d’un tout. Elles sont toutefois plus que décor, plus qu’un simple matériel ayant servi à la fabrication d’autre chose. Ce serait plutôt le film, l’élément secondaire. Il sert d’exemple de ce à quoi peuvent aboutir, une fois réunis, les quatre mondes miniatures.

     

    Superposés l’un à l’autre, les dessins schématiques de chacune de ces constructions, affichés ici et là en galerie, deviennent la citadelle secrète du titre. Comme une boîte de jeu qu’on aurait ouverte, peut-être même déboîtée, l’expo livre les pièces d’une histoire à inventer. Celle suggérée par Patterson décrit le chemin vers l’âge adulte, un chemin rempli d’embûches, telles que le deuil (d’amitiés), le choc (des transformations), la compétition, la solitude.

     

    Quelque part entre la belle insouciance d’un film pour enfants — l’univers de Co Hoedeman, par exemple — et la mécanique tordue du cinéma de Jan Švankmajer ou des frères Quay — desquels Graeme Patterson se réclame l’héritier — Secret Citadel repose sur l’assemblage inventif de matériaux (du bâton de Popsicle à l’armature de lits superposés). Dans une symétrie presque obsessive, les installations opposent, au final, une série de doubles, qu’ils soient réels, imaginaires ou intérieurs. Les effets et les sens, dès lors, semblent innombrables.

     

    Le nom du gagnant du prix Sobey 2014 sera dévoilé le 19 novembre. Si Graeme Patterson l’obtient, il sera le premier lauréat de la zone Atlantique.

    Vue de l’installation Player Piano Waltz (2013), à l’Art Gallery of Hamilton. Graeme Patterson, Secret Citadel, 2013, animation vidéo (détail)  Graeme Patterson, Secret Citadel, 2013, animation vidéo (extrait) Graeme Patterson,The Mountain, 2013, installation. Vue de l’installation à la Art Gallery of Hamilton.  Graeme Patterson, Player Piano Waltz, 2013, installation.  Graeme Patterson,Grudge Match, 2013, installation. Vue de  l’installation à la Art Gallery of Hamilton.  Graeme Patterson, The Mountain, 2013, installation (détail). 
    Secret Citadel
    De Graeme Patterson, à la Galerie de l’UQAM, 1400, rue Berri, salle J-R120, jusqu’au 6 décembre.












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