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    11 octobre 2014 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    Mona Hatoum, Korb, 2014
    Photo: Guy L’Heureux Mona Hatoum, Korb, 2014
    Mona Hatoum et Simon Bertrand
    À la galerie René Blouin, jusqu’au 8 novembre.

    Comment évoquer en arts la difficile question palestinienne ? Comment plus globalement traiter de l’impact du politique sur l’individu ? Mona Hatoum, artiste d’origine palestinienne, a une sensibilité créatrice qui lui permet d’aborder de tels thèmes sans tomber dans l’illustratif.

     

    Son exposition chez René Blouin n’est pas à proprement parler une installation, mais les pièces qui y sont présentées tissent entre elles un parcours réflexif. Hatoum sait mesurer sa création à des questions politiques, mais — et c’est une des qualités de son art — en les ramenant à une autre échelle, celle de l’individu.

     

    Parmi les meilleures oeuvres présentées, notons cette plaque de rue, en anglais et en arabe, qui interdit aux passants d’attendre en ces lieux ! Cette plaque fait référence à celles qu’Hatoum a vues au Caire, mais elle évoquera tous ces panneaux qui, un peu partout dans les lieux publics, interdisent le flânage…

     

    Quel drôle d’interdit où le poète, l’oisif, l’itinérant et le voleur sont associés ! Bien sûr, dans le contexte de l’art, cette pièce pose aussi la question du temps donné aux spectateurs qui, souvent dans les musées, lors des expositions grand public, doivent défiler. Hatoum y traite aussi de la question des pulsions de vie et de mort dans des régions du monde où prendre son temps ne semble pas une option viable…

     

    Vous noterez aussi l’oeuvre intitulée Korb (« panier » en allemand). Dans ce qui est presque une cage, des verriers ont réussi à souffler deux bulles de verre rouge sang. Une manière d’aborder le fait que Palestiniens et Israéliens sont comme prisonniers d’un même espace limité où il est souvent difficile de vivre au quotidien ?

     

    Certaines pièces seules semblent plus littérales, telle cette médaille du déshonneur, en forme de grenade, sur laquelle sont inscrits en arabe les mots « Fait aux États-Unis »… Mais l’ensemble est d’une grande intelligence.

     

    Simon Bertrand était de la Biennale de Baie-Saint-Paul cet été. Il y retranscrivait une nouvelle traduction de la Bible sur une immense feuille de papier digne d’un tableau d’histoire. Il poursuit chez René Blouin ce travail de Titan entrepris en 2008.

     

    Bertrand en profite pour montrer d’autres de ses retranscriptions de livres célèbres : Le banquet de Platon, L’épopée de Gilgamesh, La théogonie d’Hésiode… Certes, cet artiste n’est pas le premier à se lancer dans pareille aventure, mais il a su pousser plus loin l’exercice en lui insufflant un aspect interprétatif, herméneutique, qui ne déplairait pas aux exégèses de ces ouvrages anciens.

     

    Dans la copie du Banquet, vous verrez deux lignes blanches qui segmentent le texte. Ces lignes permettent à Bertrand de souligner le passage où Socrate explique comment il doit beaucoup à la pensée de Diotime, une femme… Dans sa retranscription de la Bible, Bertrand se permet des ratures et des reprises qui disent comment ce texte fut maintes fois retravaillé. Il nous rappelle ainsi une chose qui a ses fondements dans bien des cultures (religieuses ou païennes) : noter un morceau de texte, le souligner, le relire sans cesse sont des moyens utilisés pour en approfondir la compréhension.

    Mona Hatoum, Korb, 2014 Mona Hatoum, Waiting is Forbidden, 2006-2008, émail sur acier, 30 x 40 cm<br />
Mona Hatoum, You Are Still Here, 2013.<br />
Vue de l'exposition de Simon Bertrand. <br />
Simon Bertrand en train de recopier la Bible.
    Mona Hatoum
    À la galerie René Blouin, jusqu’au 8 novembre.
    et Simon Bertrand












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