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    Kim Waldron

    La boucherie hier, la politique demain

    27 septembre 2014 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    L'artiste Kim Waldron.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L'artiste Kim Waldron.
    Public Office
    Galerie Thomas Henry Ross (Pop-up)
    Au 7629, rue Saint-Hubert jusqu'au 27 septembre
    L’artiste Kim Waldron se lance, le plus sérieusement du monde, en politique fédérale. Elle aimerait être candidate indépendante dans la circonscription de Papineau. Les élections ne sont pas encore déclenchées qu’elle a déjà mis au point son image de nouvelle politicienne à coup de macarons et de pancartes mises en évidence fièrement dans un petit local de la rue Saint-Hubert où, depuis quelques jours, elle rencontre les gens dans l’espoir de récolter les 100 signatures requises pour qu’elle soit officiellement candidate.
     

    Si Kim Waldron s’y prend à l’avance, c’est parce que cette précampagne s’inscrit dans un autre échéancier qui lui est cher, son parcours d’artiste, lequel est également bousculé par la venue imminente d’un deuxième enfant.

     

    La dernière année a été faste pour Waldron. Elle a terminé sa maîtrise en beaux-arts à Concordia et remporté les deux distinctions d’importance que sont le prix Pierre-Ayot (Ville de Montréal et AGAC) et la bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain. Cette lancée fructueuse vient couronner dix ans de pratique, que souligne d’ailleurs son galeriste dans une rétrospective (voir encadré) et dans cette exposition pop-up de la rue Saint- Hubert, qui présente son plus récent projet : Public Office.

     

    D’où la forme peu conventionnelle que prend cette étape préliminaire qui a déjà des allures de campagne électorale. Fournir l’image de soi en future candidate, et de surcroît dans un espace propice aux échanges, constitue un « bon commencement », croit l’artiste, rencontrée dans son atelier. Cela a tout à voir aussi avec le modus operandi de sa pratique artistique. « Ma mère m’a dit : “Tu n’es pas une politicienne.” Non, justement, lui ai-je répondu, ça n’arrive pas seul. C’est la même chose que pour être une artiste. »

     

    Dans Working Assumption (2003), le temps d’une pose photo, elle aura emprunté les habits de différents travailleurs masculins pour mesurer les écarts entre elle et ces rôles où l’image a aussi une fonction déterminante puisqu’elle est un pivot de l’identité et de sa construction.

     

    Kim Waldron radicalisa ensuite l’exercice en réalisant toutes les étapes menant à la transformation de l’animal à la viande cuisinée, de l’abattage à la table. Beautiful Creatures (2010-2013) s’est finalement cristallisé dans les têtes empaillées d’un porc, d’une perdrix, d’un canard, d’un lièvre, d’un agneau et d’un boeuf ainsi que dans des photographies souvent crues du processus.

     

    La politique est un autre domaine dont elle dit encore ignorer tous les ressorts, exposant d’emblée sa candeur. « J’apprends pendant que j’essaie de le faire. […] Pendant la campagne, je documente ce que je fais. Le processus devient alors intéressant sur le plan éducatif ; les gens ignorent le système… et moi aussi ! » s’exclame-t-elle avec son rire, qui ponctue une fois de plus l’entrevue.

     

    Représentativité

     

    En se présentant dans la circonscription de Papineau, le but de Kim Waldron n’est pas d’abord de faire campagne contre Justin Trudeau, mais de faire ressortir comment notre système électoral décourage dès lors qu’un candidat est donné gagnant d’avance. Pour quelles raisons donc se présenter ? Cela est d’autant plus vrai comme indépendante. Non seulement veut-elle « observer ce qu’une personne peut faire pour être représentative de plusieurs », en cherchant à concilier ce qui est bon pour soi tout en se souciant du vivre ensemble, mais elle souhaite également contrer le cynisme face aux grosses machines que sont les partis.

     

    Que Stephen Harper gouverne depuis 2011 avec la majorité des sièges en chambre en ayant recueilli seulement 39,6 % des votes constitue à ses yeux une autre aberration criante d’un système à dénoncer. Son opération vise autant à faire entendre une plus grande diversité de voix, grâce au mode de scrutin proportionnel, qu’à faire globalement réfléchir sur la démocratie. « Est-ce que notre système démocratique fonctionne ? Est-ce que ça fait ce que l’on dit que ça devrait faire ? »

     

    Féminisme

     

    La dimension féministe du projet est un autre angle critique soulevé par l’artiste. « J’engage aussi une réflexion sur la place des femmes dans la politique, explique Waldron, qui passe aisément de l’anglais au français. Je trouve que c’est un peu étrange qu’il y ait eu aux élections provinciales deux femmes très fortes comme Pauline Marois et Françoise David […], mais que si peu de femmes, 30 %, se sont portées candidates. Ça n’a pas de sens. » La tyrannie de l’image, dans ce domaine, entre autres, s’exercerait de façon impitoyable sur les femmes en particulier, mais jouerait aussi en faveur de certaines, comme l’a montré, lors de la dernière campagne municipale, Mélanie Joly, pourtant « sortie de nulle part ».

     

    Celle pour qui l’autoreprésentation est le fondement de son art a tout naturellement épousé le support de la pancarte électorale. Comme un slogan, « Indépendante » chapeaute son image, charriant, confie-t-elle, des connotations non préméditées. Comme celle d’une femme indépendante ou d’une mère monoparentale ; dans Papineau, pour 5000 mères monoparentales, il y aurait 1000 pères monoparentaux, a-t-elle appris. À travers l’image se délient pour l’artiste différentes questions : que veut-elle représenter ? Comment parvenir à représenter les autres ?

     

    Une vie légendaire

     

    Au moment d’écrire ces lignes, Kim Waldron avait déjà recueilli 50 signatures. Elle espère en obtenir 150. Dans le local où elle se présente aux gens du quartier, elle lancera le 27 septembre son autobiographie. Un tel ouvrage pourra sembler prématuré pour une personne d’à peine 35 ans, mais il représente plutôt aux yeux de l’artiste un excellent moyen de se faire connaître dans le contexte d’élections à venir. « Si Trudeau le fait, je peux le faire aussi », lance-t-elle un brin moqueuse.

     

    Dans son livre, Honesty, Hope & Hard Work (traduction française à venir), elle se raconte en toute sincérité, certains faits concourant aussi à l’édification de sa légende. Elle dit, par exemple, retrouver un peu d’elle-même dans les photos d’époque de sa grand-mère paternelle, qui fut Rockette à New York, et confie avoir tenté de devenir pilote pour l’armée américaine. Cela permet d’émailler de piquant son récit à elle, Kim Waldron, née à Montréal de parents immigrants, venus de Nouvelle-Zélande et du Kentucky.

     

    Cette publication se veut surtout un premier ouvrage monographique sur son travail, une façon originale d’en exposer la genèse et d’investir sous forme littéraire et biographique la dimension très personnelle qui le traverse de part en part.

    L'artiste Kim Waldron. Pig Head, tiré de Beautiful Creatures, 2003-2013.<br />
Banker, tiré de Working Assumption, 2003. Pancarte électorale de l’expo Public Office, 2014.
    Rétrospective 2003-2013
    7629, rue Saint-Hubert












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