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    Lida Moser, 1920-2014

    La photographe laisse en héritage un témoignage du Québec des années 1950

    La photojournaliste a saisi sur pellicule la vie quotidienne au Québec.
    Photo: Lida Moser. BAnQ Québec La photojournaliste a saisi sur pellicule la vie quotidienne au Québec.

    À l’été 1950, dans le Québec de Maurice Duplessis, Lida Moser se promène un peu partout, son appareil Rolleiflex pendu au cou. Elle est envoyée des États-Unis par le magazine Vogue qui, comme d’autres magazines du temps — la télévision n’en mène toujours pas bien large en Amérique —, entend montrer la réalité de ce petit peuple français et de ceux qui en émergent. Lida Moser est décédée mardi chez elle, à Washington, à l’âge de 94 ans.

     

    Elle est une photographe habituée des grands magazines sur papier glacé de l’époque : Look, Harper’s Bazaar et Vogue, pour ne nommer que les plus connus.

     

    En juin de cette année-là, elle débarque dans la très achalandée gare Windsor. « Quand j’ai débarqué à la gare Windsor […], j’ai été surprise par l’élégance des gens et par le chic vestimentaire. » C’est Paul Gouin, fils de l’ancien premier ministre Lomer Gouin, petit-fils du premier ministre Honoré Mercier, qui l’accueille. On a oublié qu’après avoir dirigé les dissidents de l’Action libérale nationale puis s’être rallié à l’Union nationale de Duplessis, ce Gouin fut connu à la fois comme un collectionneur d’art et un défenseur d’un embryon de politique culturelle.

     

    Durant son séjour, la remarquable photographe, habituée de la vie culturelle new-yorkaise, se rend à Charlevoix, à l’Isle-aux-Coudres, puis du côté de Québec, à l’île d’Orléans, en Gaspésie aussi, en Montérégie, à Montréal bien sûr. Sur son chemin, elle fréquente toutes sortes de gens. Parmi les portraits qu’elle réalise alors, on note ceux des sculpteurs Médard Bourgault et Louis Archambault, des écrivains Alain Grandbois et Roger Lemelin, des peintres Alfred Pellan et Stanley Cosgrove, de l’homme de théâtre Gratien Gélinas, de même que du chef d’orchestre Wilfrid Pelletier. Sa maîtrise de la lumière confère à ses portraits un caractère unique dans les photographies du Québec de cette époque.

     

    Il n’y a pas que les personnalités qui l’intéressent. Loin de là. Une bonne partie de son temps au Québec sera consacrée à capter des instantanés de la vie quotidienne. Mais on n’est pas strictement dans le reportage, dans l’« instant décisif » capté à la vitesse de l’éclair par des photographes de l’école des Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Chez Moser, très souvent, les sujets posent. Cela permet à la photographe d’ajuster la scène et de suggérer peut-être davantage sa propre vision du monde à travers la réalisation de ces images dûment réfléchies. Lida Moser était fascinée par l’oeuvre du photographe français Eugène Atget, avec qui on peut trouver certains éléments communs dans la composition.

     

    En entrevue au Devoir en 2004, elle dit : « À l’école, les professeurs nous faisaient clairement savoir qu’il ne fallait pas aller apprendre le français au Québec parce que vous parliez un drôle de français. Je suis juive, alors j’ai tout de suite compris que c’était une forme de propagande. Et j’ai ainsi ressenti une profonde sympathie pour ce peuple dont on ne connaissait rien, sinon la police montée, la baie d’Hudson et Wilfrid Pelletier, pour certains. »

     

    Lida Moser continue de photographier à son retour aux États-Unis, où elle enseignera son art une bonne partie de sa vie.

     

    Témoignages

     

    Gabor Szilasi, le doyen des photographes québécois, a bien connu Lida Moser. Il a même séjourné chez elle, à New York. « C’était sur la 57e rue. Elle était très accueillante, même si elle avait des opinions fortes, très tranchées », dit-il en entrevue au Devoir.

     

    Le cinéaste Jean-Claude Labrecque avait eu le privilège de parcourir ses photos pour un projet de film. « Elle était allée voir tous les comédiens, tous les artistes du Québec des années 1950. Et à Québec, elle est tombée sur l’ethnologue Luc Lacoursière. Elle l’a suivi, avec Paul Gouin, tandis qu’il recueillait des contes en Gaspésie. Toutes ses photos étaient formidables ! […] Elle voulait faire un film avec ses photos. Je l’ai aidée à classer ses photos et les archives étaient réticentes à les acheter. On ne voulait pas acheter ses photos, parce qu’elle était encore vivante ! Elle avait très peu d’argent. C’est finalement René Lévesque lui-même, avec un fonds discrétionnaire, qui a fait en sorte que Québec achète sa collection. Elle était très pauvre et c’étaient pourtant des photos exceptionnelles. Elle est devenue une amie. Elle venait régulièrement. »

     

    Le Musée national des beaux-arts à Québec est par ailleurs à préparer une grande rétrospective du travail de Moser. Intitulé 1950, le Québec de la photojournaliste américaine Lida Moser, l’exposition sera présentée du 19 février au 10 mai 2015. L’animatrice Joyce Borenstein prépare par ailleurs un film d’animation à son sujet. Il n’a pas été possible de lui parler.

     

    Lida Moser est née aux États-Unis, le 17 août 1920, de parents d’origine russe. À ses débuts comme photographe, après avoir beaucoup étudié l’oeuvre d’Atget, elle appartient à la Photo League, une coopérative de photographes, telles qu’il en existe plusieurs au milieu du XXe siècle. La particularité de celle-ci est qu’elle se voue, de 1936 à 1951, à l’univers de la photographie sociale et artistique. Plusieurs des grands photographes de l’époque appartiennent à cette ligue dont les origines sont très marquées à gauche. C’est le cas de Berenice Abbott, dont Moser sera l’assistante, de Lisette Model et de Ruth Orkin. Fait notable : la ligue compte un nombre important de femmes photographes, ce qui est relativement peu fréquent, malgré les exemples de grande réussite comme ceux offerts par Gerta Taro, tuée lors de la guerre civile espagnole, Germaine Krull ou encore Gisèle Freund.

     

    Les Archives nationales du Québec possèdent aujourd’hui 3594 images de Moser. Ce qui signifie grossièrement, selon les standards des pellicules moyen format qu’elle employait à l’époque, qu’elle photographia l’équivalent de 350 rouleaux de film lors de son passage au Québec.

    La photojournaliste a saisi sur pellicule la vie quotidienne au Québec. Gratien Gélinas Alain Grandbois en 1950 dans l'atelier de son ami Alfred Pellan Montréal. La troupe de théâtre du père Émile Legault, les Compagnons de Saint-Laurent Sur la grève à Percé, les pêcheurs préparant les appâts (le bouette) pour la prochaine pêche à la morue<br />
Maison de Paul Gouin et son garage servant d'entrepôt pour sa collection de sculpture sur bois Grande-Vallée (La Gaspésie) - Attelage traversant un pont en bois L'Islet - La famille Arsenault et Paul Gouin Port-Daniel - Madame Loiselle présentant son quatorzième enfant  Percé - Luc Lacourcière, Lida Moser et Paul Gouin, sur le site de l'Hôtel Le Pic de l’Aurore<br />
     
     
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