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    Copier, c’est voler ?

    L’expo F Is for Fake propose une réflexion sur la copie et le droit d’auteur

    28 juin 2014 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    L’original de Hopper :<em> Morning Sun</em>, 1952.
    Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse L’original de Hopper : Morning Sun, 1952.
    F is for Fake L’art, le cinéma et le faux
    Commissaire : Jason St-Laurent, à la galerie SAW à Ottawa, jusqu’au 16 août

    Il y a ces jours-ci à la galerie SAW à Ottawa une exposition que vous devez absolument voir.

     

    Intitulée F Is for Fake, elle vous permettra de réfléchir aux notions d’auteur, de droits d’auteur, de faux, de plagiat, d’appropriation… De nos jours, la question des droits d’auteur semble pourtant assez bien réglée, non ? Copier une oeuvre, c’est la voler, nous dit-on… Pourquoi revenir sur ce sujet ?

     

    C’est que la situation est presque malsaine et pratiquement irrespectueuse des idées ayant prévalu lors de l’émergence de cette notion au XVIIIe siècle, alors qu’on a décidé qu’il fallait protéger pour un cours laps de temps — 14 années, renouvelables une seule fois — les intérêts, entre autres économiques, des auteurs. Malheureusement, de nos jours, quand on parle de droits d’auteur, on parle souvent du droit des compagnies à rentabiliser les oeuvres d’auteurs vivants et souvent morts. Dans certains pays, des compagnies peuvent revendiquer des droits sur des oeuvres pendant 120 ans après leur création. Un groupe comme Corbis (propriété de Bill Gates) possède des millions de photos, de films et de vidéos qu’il stocke afin, entre autres, de faire payer ceux qui veulent les montrer. En arts visuels, de plus en plus de musées refusent à leurs visiteurs le droit de prendre des photos, on contrôle le droit de reproduction des oeuvres d’art (ce qui rapporte parfois peu aux artistes et limite la diffusion des images), mais on s’élève contre le droit de suite. Pourtant, les collectionneurs (et certains spéculateurs) font beaucoup d’argent lors de la revente des oeuvres sans que le créateur touche un sou sur la plus-value…

     

    Et il y a des artistes qui remettent en question l’approche actuelle du droit d’auteur. En France, des acteurs comme Catherine Deneuve, Victoria Abril, Louis Garrel, des réalisateurs comme Chantal Akerman, des producteurs, et pas seulement indépendants, se sont opposés à la loi Hadopi qui a criminalisé ceux qui copient films ou chansons et qui les diffusent sur Internet. En arts visuels, des artistes comme Sherrie Levine et Richard Prince se sont approprié des images créées par d’autres afin de contester l’idée même d’originalité. Prince reprit en photo des pubs de Malboro montrant des cow-boys, argumentant que cette figure emblématique de l’Ouest états-unien n’appartenait pas à cette compagnie de cigarettes et que c’était celle-ci qui tentait de la voler au bien commun, à l’imaginaire collectif.

     

    Comme le rappelle si bien Kathleen Nicholls dans le texte de présentation de cette expo, la loi canadienne sur le droit d’auteur de 1950 énonçait « qu’il était de l’intérêt public que les créateurs soient en mesure de profiter raisonnablement de leurs oeuvres », mais, en même temps, elle mettait en garde contre les abus, car « si quelqu’un détient des droits exclusifs sur une création pendant trop longtemps, cela a pour effet de contrecarrer l’innovation, et non de l’encourager ».

     

    Dans cette expo intelligente, signée par le commissaire Jason St-Laurent, vous pourrez regarder le film F for Fake d’Orson Welles mettant en scène l’art d’un faussaire, des faux billets de banque de Banksy à l’effigie de la princesse Diana, un film de Gustav Deutsch qui s’approprie l’esthétique du peintre Edward Hopper, une vidéo de Vera Frenkel où le faux semble plus vrai que le réel… Vous pourrez en particulier y voir, pour la première fois, le projet de John Boyle-Singfield qui, en 2012, lors d’une exposition à l’Espace virtuel à Chicoutimi, décida de reproduire, presque à l’identique, l’expo qui avait précédé la sienne. Il a fait faire en Chine des copies de tableaux de Marc Séguin, a pris en photo des photos de Marisa Portolese et de Janieta Eyre… Le vernissage de Boyle-Singfield se fit finalement devant les portes fermées ; l’expo ne fut pas montrée même si elle avait été montée, la direction du centre de Chicoutimi ayant eu peur des poursuites. Dans ce projet, il n’est pourtant pas question de faire croire que la copie est aussi bonne que l’oeuvre originale (on ne peut pas ne pas voir qu’il s’agit de copies mal faites). Il s’agit de faire réfléchir à la question du droit à la copie et à l’interprétation… De nos jours, on peut envisager le fait de copier comme étant en train de devenir un geste revendicateur fort important.

    L’original de Hopper :<em> Morning Sun</em>, 1952. Gustav Deutsch recrée l’atmosphère des tableaux d’Edward Hopper dans son film <em>Shirley : Visions of Reality</em>, 2013. 
    F is for Fake L’art, le cinéma et le faux
    Commissaire : Jason St-Laurent, à la galerie SAW à Ottawa, jusqu’au 16 août












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