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    L’expérience artistique

    Dans l’installation vidéo La foire, Julie Lequin parodie les entrevues d’embauche

    24 mai 2014 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    Images tirées de la vidéo La foire de Julie Lequin
    Photo: Sébastien Lapointe Images tirées de la vidéo La foire de Julie Lequin
    La foire
    De Julie Lequin, au Centre Clark, 5455, avenue De Gaspé, local 114, jusqu’au 14 juin.

    Dans son exposition au Centre Clark, l’artiste Julie Lequin, grâce à un ton et une esthétique faussement enfantins, dignes d’une rencontre entre les oeuvres de Cynthia Girard et de Sylvie Laliberté, met en scène les conditions précaires de beaucoup d’employés dans le milieu des arts. Et cela n’est pas vrai que pour des « jobines », mais aussi pour des emplois ayant des responsabilités majeures. Voilà qui pourra surprendre.

     

    Bien que le milieu de l’art se croie progressiste, différent du reste de la société, il est en fait lui aussi soumis, encore de nos jours, à des rapports de pouvoir quelque peu troublants. Dans le passé, les Guerrillas Girls nous ont démontré comment les femmes artistes sont moins visibles et moins bien payées que leurs collègues masculins. Lequin affiche, avec un humour mordant, comment le milieu de l’art perpétue l’idée des classes sociales.

     

    Dans La foire, Lequin a installé trois vidéos intitulées Job Interview 1, 2 et 3. Les décors et costumes qu’elle a elle-même créés afin de réaliser ces vidéos en constituent l’environnement. Dans ces petits films, les échanges vous sembleront loufoques — impossibles se diront certains —, mais il y a fort à parier que tout ce que vous y entendrez est vrai, tiré de réelles entrevues. Les Job Interview 1 et 2 traitent des entrevues pour enseigner les arts dans un cégep. La vidéo Job Interview 3, certainement la plus caustique, parle de l’entrevue qui permet de devenir assistant d’un artiste. Dans ce court métrage, l’artiste-vedette, qui se veut internationale, fait penser à un croisement entre Lady Gaga, le personnage de Miranda Priestly dans le film The DevilWears Prada et Yayoi Kusama. Très vite, on comprend que l’assistante devra aussi faire le ménage, promener le chien de l’artiste, ranger ses vêtements, la conduire où elle voudra, en plus de répondre à ses courriels, de prendre des photos d’elle dans des soirées mondaines, de lui faire rencontrer d’autres célébrités, de lui servir d’attachée de presse, bref de la servir totalement, corps et âme. Tout cela pour… 10 $ l’heure.

     

    Phénomène rare ? Pas sûr. Rappelons comment de nos jours les assistants et artisans qui créent vraiment, concrètement, physiquement les oeuvres pour les artistes n’ont même pas le droit d’avoir leur nom mentionné sur le cartel de ces oeuvres ou sur le texte de présentation de l’exposition… Alors que de plus en plus d’artistes, de collectionneurs, de marchands, de commissaires et de critiques deviennent de riches célébrités, l’artisan, le technicien, l’assistant semblent, quant à eux, relégués juste aux statuts de manuels et de faire-valoir.

     

    Évidemment, le propos de cette oeuvre dépasse le contexte du milieu de l’art. De nos jours, les stages non rémunérés ou sous-payés sont presque devenus des formes d’esclavage civilisé, dénoncés de plus en plus. Mais pourquoi se plaindre ? Cela ne donne-t-il pas une expérience inestimable ?

    Images tirées de la vidéo La foire de Julie Lequin Vue sur l'exposition de Julie Lequin Images tirées de la vidéo La foire de Julie Lequin Vue sur l'exposition de Julie Lequin
    La foire
    De Julie Lequin, au Centre Clark, 5455, avenue De Gaspé, local 114, jusqu’au 14 juin.












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