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    À livre ouvert

    Le commissaire Niekolaas Johannes Lekkerkerk invite à réfléchir aux métamorphoses que vit l’imprimé

    ND Publishing et Åbäke, détail de Variable Format, 2012.
    Photo: Florent Doerflinger Lo Castro/Anne-Renée Hotte ND Publishing et Åbäke, détail de Variable Format, 2012.
    Dans cinquante ans d’ici – Le livre imaginé
    Commissaire : Niekolaas Johannes Lekkerkerk
    Galerie Les Territoires, 372, Sainte-Catherine Ouest, porte 527. Jusqu’au 19 avril.

    Personne n’est devin. Et qui prétendrait savoir ce que sera l’avenir du livre (ou du journal papier) risquerait d’être contredit assez rapidement par les faits. Voilà le statut de la « crise » actuelle, ancrée dans un système capitaliste se nourrissant des changements de paradigmes et de la précarité des moyens de consommer l’information autant que des emplois ou des ressources. Un état d’incertitude nourri par une société dominée par l’informatique qui s’enrichit à son tour en changeant continuellement ses plateformes et ses logiciels…

     

    La révolution permanente de l’informatique est loin de la révolution politique que les marxistes prévoyaient. Et elle ne nous libère pas autant qu’elle nous asservit dans une course épuisante à la mise à niveau continuelle. Pourtant, il ne faut pas croire que les nouvelles technologies (avec tous leurs nouveaux supports pour le texte et l’image) changeront le monde par elles-mêmes. La technologie n’est pas un changement en soi, mais un instrument possible pour le changement, un instrument malheureusement très vite instrumentalisé par le commerce et le pouvoir. Le futur dépendra des choix sociaux que nous pouvons (et devons) faire ou qu’on nous imposera et non d’une logique inhérente à la technologie.

     

    Alors, ce livre, qu’en est-il ? Certains refusent d’acheter des livres numériques en ne sachant pas si ceux-ci seront encore lisibles dans cinq ans sur leur ordi, Kindle ou iPad. Qui possède encore de ces obsolètes cédéroms qui permettaient de faire des visites virtuelles de musées sait très bien comment la technologie est dans le court terme. Pour les revues, le choix est plus facile, le numérique est moins encombrant, un peu moins cher… Et perdre une revue, qu’on aurait jetée, n’est pas chose si dérangeante. Mais le livre, le livre d’art, le catalogue d’exposition ou le simple livre de poche, ce livre de papier, ce livre empreint de plein de souvenirs, sommes-nous prêts à nous en débarrasser ? En 2010, Umberto Eco et Jean-Claude Carrière nous avaient prévenus : n’espérez pas vous débarrasser des livres…

     

    Le livre en cohabitation

     

    Le commissaire indépendant Niekolaas Johannes Lekkerkerk nous invite à ce genre de réflexions quant à l’avenir du livre dans une exposition intelligente dont le titre est presque une boutade… Cela s’intitule Dans cinquante ans d’ici – Le livre examiné, et ne prétend pas régler la question. Comme le dit Lekkerkerk, « la discussion sur le futur du livre est en constante évolution, mais n’est jamais très concluante ». Cette expo traite donc de la « coexistence du livre avec d’autres formats variables — à la fois numériques et analogiques — plutôt que d’y réfléchir en termes de dichotomie ». Et surtout, cette présentation se demande en quoi les nouveaux supports pourraient nous permettre de changer notre façon d’aborder le savoir et sa production.

     

    Si vous vous attendez à une exposition sur ordinateurs ou écrans tactiles, vous serez déçus. Du papier, il y en a encore (et beaucoup) dans cette expo. Deux exemples.

     

    Le support papier est décliné sous toutes ses formes dans Variable Format, oeuvre réalisée par And Publishing et par le collectif de design Åbäke. Cette intervention souligne comment de nos jours il est possible de commander des impressions de livres sur demande dans des formats multiples (de poche, de luxe, de grand format pour « table à café »… ) qui changent notre façon d’aborder le livre et son contenu.

     

    Quant à la proposition de Sebastian Schmieg et Silvio Lorusso, elle vient ruiner notre vision optimiste de la technologie. Dans 56 Broken Kindle Screens, ils nous rappellent la fragilité des supports contemporains. Dans un livre, imprimé sur papier, ils nous montrent des images de Kindle fissurés, fracassés et qui étrangement produisent des images presque poétiques.

     

    Pour Lekkerkerk, « le livre semble être en cours de transformation, en un produit de luxe et en un symbole d’esthétisme ». « J’ai cependant mes raisons personnelles d’être un avide collectionneur de livres », ajoute-t-il. « Mon désir de posséder, d’exhiber et d’avoir accès à des volumes reliés reflète une volonté de construire un espace personnel où je peux accumuler des idées, des recherches, des réflexions et même des traces d’expériences vécues. Et ce, même si je suis enseveli par ces volumes que j’empile jusqu’au plafond et qui risquent de me donner un tour de reins si je décide de déménager. » Il conclut : « Lorsque vous êtes propriétaire d’une collection de livres, vous avez souvent une idée assez précise où chacun d’entre eux est placé, ce qui rend toute recherche gratifiante. Cela nous rappelle le fait que nous faisons tout le temps des recherches sur le Web, mais que nous y trouvons rarement ce que nous y cherchions. »

    Collaborateur

    ND Publishing et Åbäke, détail de Variable Format, 2012. Ryan Gander, You Said I Was An Empty Page to You, 2008.<br />
    Dans cinquante ans d’ici – Le livre imaginé
    Commissaire : Niekolaas Johannes Lekkerkerk












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