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    Jean-Pierre Aubé, l’homme aux ondes secrètes

    L’artiste s’est vu remettre jeudi le prix Giverny Capital en arts visuels

    17 janvier 2014 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Montage photographique de l’artiste Jean-Pierre Aubé
    Photo: Jean-Pierre Aubé Montage photographique de l’artiste Jean-Pierre Aubé

    Jean-Pierre Aubé scrute la nature dans ses entrailles les plus secrètes depuis 15 ans. Ses installations vidéo et performances sonores ont été autant présentées dans les festivals d’art numérique (Elektra, Mois Multi, BIAN…) que dans les centres d’exposition et musées, au Québec comme en Europe. Un riche parcours salué par le prix Giverny Capital, qui lui a été remis jeudi soir au Musée des beaux-arts de Montréal.

     

    Programmateur, créateur aux instincts de scientifique, lui qui procède par collecte de données, Jean-Pierre Aubé s’est déjà attardé à capter le son des aurores boréales, les perturbations électromagnétiques et les fréquences radio qualifiées de pollution notamment dans la série Electrosmog, déclinée en plusieurs projets dont le dernier exposé au centre Clark, en 2012. D’aucuns seraient d’avis qu’avec le prix Giverny (doté d’une bourse de 10 000 $), cet artiste sans galerie, peu collectionné, voire jamais honoré, obtient enfin la reconnaissance.

     

    S’il dit apprécier le prix qu’on lui décerne — « il tombe bien, pour ma nouvelle production » —, il ne se plaint pas du tout du sort qu’on lui a réservé jusqu’ici. « J’ai eu 50 expos, j’ai toujours été bien appuyé, j’ai eu des bourses, des gens m’ont aidé », souligne-t-il au bout du fil. Et puis ses ordinateurs et ses boîtes de son ne se collectionnent pas, argue-t-il.

     

    Bricoleur à ses heures — il construit ses capteurs de basses fréquences et a déjà fait d’un cerceau sa principale antenne —, Aubé n’est pas qu’artiste sonore. C’est la photographie qu’il a étudiée, redevable de la teneur documentaire de certains professeurs de l’Université Concordia (dont Clara Gutsche et Gabor Szilasi). C’est en musicien passionné, admirateur autant de Stockhausen que de Voivod, qu’il est arrivé au son. Il se considère comme un paysagiste, se sent plus proche de l’histoire de l’art que du multimédia. « L’art, ça se fait avec un carré de sable ou un crayon », dit celui qui avait été abasourdi à ses débuts à l’idée de débourser des milliers de dollars pour une imprimante.

     

    S’il se consacre, depuis son projet d’éoliennes Machines à récupérer le vent (1999), à révéler ce que l’on ne voit ni n’entend, c’est par « résistance » à des systèmes établis. « Il y a des décisions qui se prennent auxquelles on ne participe pas. C’est troublant », note-t-il en donnant l’exemple de la répartition du territoire canadien en plages de radiofréquence à quatre compagnies de téléphonie. « On divise l’invisible », pointe celui qui qualifie son travail de politique.

     

    Son prochain projet, qu’il espère réaliser pour une grande exposition dans la région montréalaise, scrutera la carte du ciel à la recherche de satellites-espions et de ceux qui « passent par-dessus nos têtes et font fonctionner la société » à notre insu. À surveiller en 2015.

     

    Rare récompense du milieu québécois des entreprises dans les arts visuels, le prix Giverny Capital est remis tous les deux ans par la firme de gestion de portefeuilles Giverny Capital de François Rochon.


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