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    Exposition - Haïti, l’art et la mort

    6 novembre 2013 |Isabelle Porter | Arts visuels
    Ce squelette de l’artiste Jean Hérard Celeur (début du XXIe siècle. métal, techniques mixtes) représente un Guédé, esprit vaudou associé à la mort, à la sexualité et à la régénération.
    Photo: Musée de la civilisation Ce squelette de l’artiste Jean Hérard Celeur (début du XXIe siècle. métal, techniques mixtes) représente un Guédé, esprit vaudou associé à la mort, à la sexualité et à la régénération.

    Violence urbaine, inondations, séisme, épidémie de choléra… On nous a montré des centaines de photos et de reportages sur les catastrophes qui ont secoué Haïti ces dernières années. Or voilà que le Musée de la civilisation à Québec invite à voir ce que le désastre a pu inspirer à ses artistes.

     

    Les oeuvres sont saisissantes. Qu’on aime ou pas. Les têtes de mort abondent, tout comme ces croix noires de la tradition vaudou qu’on plante à l’entrée des cimetières.

     

    L’artiste Maksaens Denis explique que ce sont des sortes de « téléphones » entre la vie et la mort. La mort est partout dans les oeuvres, mais c’est une mort souvent moqueuse, incarnée par des personnages colorés.

     

    L’art contemporain haïtien est en pleine ébullition selon le professeur Donald J. Consentino de l’Université de Californie, un expert du genre qui a agi comme conservateur pour l’expo. « Tandis que les choses empiraient, leur art devenait de plus en plus riche et étonnant, faisait-il remarquer mardi lors de l’inauguration de l’exposition à Québec. Pires sont les circonstances, plus l’expression artistique devient impressionnante. »

     

    Créé par le Musée Fowler de l’Université de Californie (UCLA), Haïti, in extremis était en préparation depuis deux ans quand le séisme est survenu, en 2010, faisant 250 000 morts.

     

    Étant donné les nombreux liens entre le Québec et Haïti, le Musée de la civilisation a « adapté » l’exposition en y insérant des artistes haïtiens d’ici (Manuel Matthieu, Marie-Hélène Cauvin et Killy).

     

    Généreux, les textes de présentation expliquent bien l’univers complètement déjanté des « Guédés », ces esprits vaudou de la mort qui habitent presque toutes les oeuvres. Personnifiés par des squelettes, les Guédés sont représentés comme des décadents, souvent avec des phallus énormes, des costumes colorés et un cigare au bec.

     

    « On n’est pas dans la mort triste, d’expliquer Maksaens Denis. On joue entre la vie et la mort. »

     

    Le musée a aussi la bonne idée d’intégrer des citations d’auteurs de la diaspora haïtienne, comme Dany Laferrière ou Jan Dominique. On en trouve aussi une très belle de Jean Armoce Dugé, qui se décline ainsi : « Pourquoi il existe dans mon pays des jours pour les Guédés ? Parce que c’est le seul pays où l’on compte plus de morts que de vivants. »

     

    M. Denis précise que les Haïtiens « ne vivent pas dans cette esthétique toute l’année », mais qu’on célèbre ces esprits surtout en novembre.

     

    Lors de fêtes, des gens se costument en Guédés, comme on peut le voir dans un habile reportage photo. Ils se barbouillent le visage de blanc, s’habillent en mauve ou en noir, ont les yeux hagards. Femmes ou hommes, jeunes ou vieux, les Guédés peuvent apparemment s’incarner chez n’importe qui.

     

    Lorsqu’on demande à M. Denis s’il croit à ces esprits, il s’étonne. « Il n’y a pas à y croire ou ne pas y croire. Ils sont là », lance-t-il en riant.

     

    M. Denis donnera une visite guidée jeudi midi. L’exposition sera quant à elle présentée jusqu’au 17 août.

    ***

    Ce texte a été modifié après publication.

    Ce squelette de l’artiste Jean Hérard Celeur (début du XXIe siècle. métal, techniques mixtes) représente un Guédé, esprit vaudou associé à la mort, à la sexualité et à la régénération. Military Glory, André Eugène, 2010, Techniques mixtes.<br />
Quand il se manifeste dans le corps d’un vaudouisant, Gede se plaît à ridiculiser les figures d’autorité, comme les militaires. Peu importe l’armée dans laquelle ce soldat a servi, avec ses orbites garnies d’ampoules de Noël et son pénis brandi, il a l’air dément. Le Baron triomphant, Edouard Duval-Carrié, 2011, Techniques mixtes sur aluminium.<br />
Le Baron triomphant laisse planer le mystère sur la destination de Bawon Samdi. Se retourne-t-il pour murmurer au revoir (« à la prochaine ») ou dire un adieu final et sans appel? La réponse se trouve peut-être dans les circonvolutions du ciel étoilé. Encore faudrait-il savoir les déchiffrer... Seisme, Evelyne Alcide, 2010, Perles de verre, textile.
Paysage cauchemardesque de Port-au-Prince au lendemain du séisme. La mort est omniprésente. Des anges vaudou planent au-dessus d’une ville se confondant avec un cimetière. Kwa Bawon, Maksaens Denis, 2004, Sept écrans de télévision montés sur une structure en métal et en bois.<br />
Denis synthétise ici des images de la vie haïtienne (rites vaudou, agitation politique, manifestations pacifiques, etc.) dans un hommage aux Haïtiens dont les problèmes sont trop souvent oubliés. Cette installation fait réfléchir aux troubles séculaires d’Haïti. Présentées dans des moniteurs disposés en croix, les images honorent Bawon Samdi, chef du kafou (carrefour) entre le monde des vivants et celui des morts.
     
     
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