Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Hommage à Louis-Pierre Bougie, poète du trait

    4 novembre 2013 |Paul Bennett | Arts visuels
    Le théâtre implacable du monde, 1992, pierre noire, acrylique et gesso sur papier (passage sous presse), 112 x 242 cm.
    Photo: Daniel Roussel Le théâtre implacable du monde, 1992, pierre noire, acrylique et gesso sur papier (passage sous presse), 112 x 242 cm.

    Un trait… Une oeuvre

     

    Gravures, dessins, peintures de Louis-Pierre Bougie,
    1700 La Poste,
    jusqu’au 25 janvier 2014

    La nouvelle mécène du milieu de l’art montréalais, Isabelle de Mévius, a causé la surprise en inaugurant ce qu’elle appelle sa « maison », le 1700 La Poste, avec la rétrospective d’un artiste qui s’est toujours tenu à l’écart des pratiques dites « actuelles » en art contemporain, le peintre et graveur Louis-Pierre Bougie. Depuis près de quarante ans, ce poète du trait au crayon et au burin a exploré toutes les avenues et les potentialités de la gravure traditionnelle sur cuivre. Aussi cette rétrospective est-elle un hommage amplement mérité à un créateur resté fidèle à lui-même et à sa passion, et corrige-t-elle la frilosité de nos musées à l’égard d’un des artistes québécois parmi les plus constants et accomplis.

     

    Sur les murs amovibles des deux étages de l’ancien bureau de poste, converti en centre culturel au design sobre et fonctionnel, se déploient une centaine d’oeuvres sur papier de l’artiste montréalais, la plupart inédites et réalisées entre 1981 et aujourd’hui.

     

    Au rez-de-chaussée sont présentés des monotypes à la pierre noire et à l’acrylique sur papier ou carton, dans des teintes dominantes de bleu délavé, avec passages sous presse qui y laissent des « salissures » chères à l’artiste et leur donnent une patine et une transparence remarquables (Le théâtre implacable du monde - 1992). À la mezzanine s’étale une mince frise, très longue (Une vérité incertaine - 2005), déclinant une succession d’objets et de créatures étranges.

     

    Le sous-sol enfin accueille des gravures à l’eau-forte et à la taille douce, d’un noir de jais, intrigantes, angoissantes même, et une seule toile, récente, dans des tons de vert, évoquant les plis d’un rideau envahi d’une végétation luxuriante, où s’agitent des silhouettes humaines.

     

    Bien qu’immédiatement reconnaissable, l’oeuvre figurative de Bougie, prodigieusement intimiste, énigmatique et envoûtante, reste difficile à décrypter, car tout s’y passe en profondeur. Travaillant le plus souvent par séries, l’artiste reprend et varie à l’infini les mêmes courbes, les mêmes visages aveugles, les mêmes corps saisis dans des poses de contorsionniste, figés dans un moment d’émotion.

     

    Comme l’écrit le philosophe Georges Leroux en préface à la monographie sur Bougie qui vient de paraître, son oeuvre est toute « de désir et d’attente », où des êtres embryonnaires, prostrés, implorants ou désarticulés tentent d’échapper à eux-mêmes pour accéder à une autre forme d’existence.

     

    Si vous ne craignez pas d’être décontenancé, de vous égarer sur les rives d’un monde à la fois mystérieux et curieusement familier, cette exposition est pour vous.

    Le théâtre implacable du monde, 1992, pierre noire, acrylique et gesso sur papier (passage sous presse), 112 x 242 cm. <em>Suite au bras rouge</em>, 1996 Pierre noire, acrylique et gesso sur papier (passage sous presse)  <em>La Mixture</em>, 2010, Techniques mixtes sur papier marouflé sur panneau Le Trou vert, 2005, Pierre noire et acrylique sur papier (passage sous presse) <em>Le Perce-sommeil</em>, 2006, Techniques mixtes sur papier marouflé sur carton (passage sous presse)












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.