Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Note surréelle pour une exposition de taille

    Pascal Grandmaison dans un grand solo à la galerie René Blouin

    5 octobre 2013 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    Pascal Grandmaison a passé l’été à préparer sa nouvelle exposition, qui ouvrira sous peu à la galerie René Blouin.
    Photo: François Pesant - Le Devoir Pascal Grandmaison a passé l’été à préparer sa nouvelle exposition, qui ouvrira sous peu à la galerie René Blouin.
    La limite de l'écho
    Pascal Grandmaison
    Galerie René Blouin
    10, rue King, Montréal
    Du 12 octobre au 23 novembre

    Avant de mettre les pieds dans l’atelier de l’artiste, il faut d’abord franchir un jardin en bataille, où des légumes se cachent encore. « Ce n’est rien, il y en a un plus grand derrière », lance Pascal Grandmaison. L’artiste avoue s’adonner au jardinage, une passion que confirme la visite de l’autre jardin en question, où le désherbage a été délaissé. Grandmaison, visiblement, a été retenu par autre chose.

     

    Son été, il l’a passé dans la préparation de sa nouvelle exposition, qui ouvrira sous peu chez René Blouin, son galeriste depuis 2003. Il a conçu l’exposition sur mesure pour les espaces encore fraîchement inaugurés de la galerie dans le Vieux-Montréal qui compte désormais trois salles, et de bonnes superficies, qu’il sera le premier à occuper intégralement. « Quand tu commences à faire des expositions avec plusieurs salles, tu veux retrouver ce plaisir-là, de créer des limites de sens par rapport aux espaces physiques. Cette galerie-là permet ça », explique-t-il, un plan de la galerie sous les yeux.

     

    L’ensemble, mûrement réfléchi, sera composé de vidéos, de sculptures et de photographies qui portent sur un imaginaire de la nature, marquée par les mythes et les croyances. L’amorce de l’exposition sera une vidéo, diffusée par un écran plasma industriel mince comme une planche, qui fera voir la lente progression d’une roche dont on ne sait trop si elle se fait tirer par la corde qui l’enserre où si elle résiste contre une force extérieure, judicieusement laissée hors champ. D’aucuns y reconnaîtront le mythe de Sisyphe, adapté de Camus, figure littéraire que l’artiste pourrait aussi évoquer dans une autre oeuvre de l’exposition. Ça reste à voir.

     

    Dans les bois

     

    Ce détail, et d’autres encore, est toujours en suspens. « J’aime ça, arriver avec de l’extra et voir sur place. » L’atelier, à quelques jours du montage, est parlant à cet égard, avec plus d’oeuvres qu’il n’en faut et une sélection à finir. Ici, ce sont des photos réalisées au Mexique dans la grotte de Taxco, un lieu dénué de lumière naturelle. « Ce qui m’intéresse, c’est de montrer comment l’éclairage artificiel transforme un lieu […] c’est la mise en scène que les gens créent avec cette lumière-là […] c’est quasiment l’idée du spectacle. »

     

    Aux côtés des images de cette grotte - que l’artiste considère comme des sculptures, des readymade pour ainsi dire - se trouvent là des sculptures de son cru, lui qui pratique cet art en de rares occasions depuis 2010. Les larges plaques de plâtre s’enlignent contre le mur, leur surface brute livrant une rencontre du blanc et du bleu. « C’est un paysage assez basique, avec le ciel bleu. » Comme pour sa première incursion en sculpture - la série Desperate Island - la photo, sa technique de prédilection, ne demeure jamais loin. Ces sculptures, faites de plâtre versé et figé, relèvent d’« un procédé de captation. C’est comme la lumière sur un film. Je travaille la matière de la même façon que pour capter la lumière ». À la différence près que cette matière a demandé un temps long d’apprivoisement et d’expérimentations, fait de plusieurs tests en atelier selon une méthode toute nouvelle pour lui.

     

    Un film couronnera la fin du parcours, La main du rêve, tourné avec une caméra captant 300 images par seconde, offrant des ralentis à la fluidité envoûtante. Dans une sorte de vision extatique, le film révèle une forêt animée d’une présence magique qui se laisse apprécier par contemplation lente. Tournée dans les Laurentides, cette oeuvre confirme un champ d’intérêt que l’artiste développe plus spécifiquement depuis quatre ans autour de lieux dont il fait l’analyse, laissant derrière lui les portraits qui ont lancé sa carrière, au début des années 2000.

     

    Mais, remarque l’artiste, « les lieux aussi, à la limite, peuvent être des portraits, parce que ce sont des lieux transformés par des humains ». Il prend comme exemple des oeuvres récentes où il a ausculté Coney Island (Light my Fiction) et l’île Sainte-Hélène (Soleil différé), des espaces autres où se condensent l’artificiel et le naturel, la fiction et le réel. L’actuel opus, de l’avis de l’artiste, gagne en surréel.

     

    L’antre de l’atelier

     

    Grandmaison va au-devant du monde avec ses caméras, mais c’est dans le giron de l’atelier que tout ça prend forme. Impossible de passer sous silence ce lieu, immense, jadis salle paroissiale de confession anglicane, que l’artiste Marie-Claire Blais, sa compagne, et lui ont converti en atelier, et en milieu de vie. Après neuf ans, l’espace est encore en chantier, divers projets d’aménagement étant encore en route, comme la construction de cabines pour travailler le son.

     

    L’artiste s’est doté de l’espace et d’outils pour créer à souhait, suivant un désir d’autonomie qui remonte à loin. Il était encore aux études à l’UQAM quand il a « ouvert un studio de photo avec des chambres noires grand format avec [l’artiste] Patrick Coutu », se rappelle-t-il. Depuis, l’équipement s’est complexifié d’ordinateurs, d’imprimantes et de caméras de pointe, ou désuètes, dont certains modèles se retrouvent, montrés, dans les oeuvres. L’espace, lui, permet de tester l’accrochage d’oeuvres ou de se transformer en studio de tournage, même pour des à-côtés, tel le vidéoclip Béatitude de Daniel Bélanger.

     

    « Au cégep [Montmorency], dit Grandmaison sourire en coin, les premières oeuvres que j’ai faites, c’était des plaques de plâtre. » Alors qu’une impression de boucle s’instaure, le solo à venir est plutôt pour l’artiste un prétexte pour évoquer les projets futurs, qui émergeront quelque part entre une collection encore imaginaire de mains de plâtre, Terre des hommes et l’atelier.


    Collaboratrice

    ***


    Dans la mire du prix Sobey

    Le gagnant du prix Sobey, pour lequel Pascal Grandmaison est finaliste avec quatre autres artistes, sera connu mercredi prochain. Le prestigieux prix pancanadien, réservé aux moins de 40 ans, sera remis pour une dixième fois par la Fondation Sobey, assorti d’une bourse de 50 000 $. L’artiste dit ne pas trop y penser, même s’il devra interrompre le montage de son exposition pour se rendre au Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse, à Halifax, où se tient l’exposition des finalistes et où la cérémonie aura lieu.

    À ses yeux, ce prix constituerait une célébration supplémentaire de son travail, lui qui a déjà une feuille de route substantielle, avec un important solo au Musée d’art contemporain de Montréal (2006), ainsi qu’au Casino du Luxembourg (2010), qui avait en plus fait l’objet d’une monographie de grande qualité et dont le travail est dûment représenté dans les collections muséales. À 38 ans, ce sont des honneurs qui arriveraient tout de même à point pour l’artiste.

     



    Pascal Grandmaison a passé l’été à préparer sa nouvelle exposition, qui ouvrira sous peu à la galerie René Blouin. Second regard 2013, photographie couleur, 27 x 18 " Second regard 2013, photographie couleur, 27 x 18 '' La limite de l'écho, 2013, platre hydrostone, 69 x 50'' Nostalgie 1, video 10 min.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.