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    Contester sans en avoir l’air

    21 septembre 2013 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    L’œuvre L’un sur l’autre d’Alexandre David est faite de structures de bois qui éprouvent les limites du lieu.
    Photo: Guy L’Heureux L’œuvre L’un sur l’autre d’Alexandre David est faite de structures de bois qui éprouvent les limites du lieu.
    À mes amies les licornes
    Cynthia Girard

    L'un sur l'autre
    Alexandre David
    À la Parisian Laundry jusqu’au 12 octobre

    Il y a quelques mois, plusieurs se demandaient encore sous quelles formes artistiques allaient rejaillir les préoccupations sociales soulevées durant le printemps érable. Étonnamment, peu de propositions se sont clairement imposées en ce sens, dans l’après-coup. Cynthia Girard fait partie des exceptions notables, avec son exposition à la Parisian Laundry, un premier solo dans la galerie qui représente désormais son travail.

     

    Cette toute nouvelle production, qui par ses tableaux convoque figures contestataires et valeurs démocratiques, n’arrive pas de façon inopinée, l’artiste ayant depuis ses débuts au tournant des années 2000 inscrit une charge sociale dans ses oeuvres. Il y a à peine plus d’un an, alors que la crise sociale était à son paroxysme, l’artiste présentait d’ailleurs au centre Optica une série de toiles imposantes en hommage à Pierre Vallières et à Josée Yvon, deux personnages aux idées tranchées qui ont marqué l’histoire contemporaine du Québec.

     

    L’exposition en cours se veut dans la continuité, avec ses tableaux et ses sculptures en papier mâché que l’artiste présente cette fois sur des échafaudages blancs qui donnent à l’ensemble des airs de place publique. La présence de bannières en tissu, plus nombreuses qu’avant, renforce cette impression. Elles rappellent vaguement les bannières féministes de Lise Nantel et de Marie Décarie, en 1980, et donnent à lire des slogans entendus dans la rue (« free the horses ») ou font voir l’oie ayant fait le portrait caricaturé de la loi spéciale. « Tell me what to do », lit-on - en anglais encore, mais pourquoi ? - aussi sur le tissu à carreaux de ces bannières, prônant ironiquement le parti de la soumission.

     

    Bestiaire

     

    C’est encore par l’entremise d’un bestiaire que l’artiste imagine des récits pour ses oeuvres, où les références à l’histoire de la peinture servent également à renouveler un genre en particulier, le tableau d’histoire. Les licornes, animal imaginaire par excellence, sont les protagonistes de cette série. De tableau en tableau, elles incarnent des valeurs : justice, égalité, fraternité… Ailleurs, d’autres figures, telles Marie-Antoinette, le marquis de Sade et Franco, complètent une galerie de personnage hétéroclite, différentes déclinaisons du pouvoir. D’ailleurs, les oeuvres font se côtoyer les motifs de matraque, de fouet et de phallus.

     

    L’artiste concilie la facture naïve et humoristique qui est la sienne, assortie d’une palette de couleurs pimpantes, avec des sujets complexes, ce qui, fort heureusement, embrouille l’apparente littéralité du propos. En cela, la vidéo intégrée à l’expo du groupe Épopée, des images en accéléré des manifs de 2012, apparaît superflue, coupe court là où un flou s’imposait. Par contre, les autres invitations faites par Girard à des artistes (David Altmejd, Julie Doucet et Henry Kleine) fonctionnent mieux. Leur contribution ajoute au foisonnement de cette exposition qui fait réfléchir sur notre propension à défendre plus volontiers la paix et la fraternité, et moins aisément la désobéissance et la contestation. Les belles licornes ne sont peut-être qu’un mirage.

     

    Bunker transfiguré

     

    Le vocabulaire épuré adopté par Alexandre David depuis le début des années 2000 a pu faire croire à un épuisement graduel de ses possibilités. Son intervention à la Parisian Laundry prouve qu’il n’en est rien. Il pourrait même s’agir d’une de ses plus fortes réalisations. L’espace d’intervention, le « bunker », y est pour beaucoup, en ce qu’il diffère dramatiquement des cubes blancs (galeries et musées) où l’artiste s’est souvent illustré par le passé. David a pleinement exploité la hauteur du lieu industriel laissé à l’état brut ainsi que l’escalier donnant accès à un autre étage pour composer avec son contreplaqué habituel l’oeuvre L’un sur l’autre.

     

    Les structures en bois redécoupent l’espace et en redéfinissent l’exploration. Elles bloquent l’accès au sol, mais aménagent une ouverture insoupçonnée à l’étage par la création d’un plateau. En jouant à la fois sur les plans horizontaux et verticaux de la pièce, l’artiste multiplie le type d’espaces (chute d’une courbe, saillie d’un plancher, renflement et creux d’une banquette) dont il laisse ouverts les usages. L’autre particularité de cette intervention architectonique est de révéler les aspects fonctionnels du « bunker », l’escalier, certes, mais aussi sa porte de garage, des composantes physiques rarement dévoilées. L’oeuvre éprouve ainsi les limites du lieu, jusqu’à montrer la porte de sortie, mais sans nous inciter à la prendre. À l’expérimenter, l’oeuvre prouve en effet qu’elle contrecarre les prescriptions dont ce lieu pourrait être porteur.

     

     

    Collaboratrice

    L’œuvre L’un sur l’autre d’Alexandre David est faite de structures de bois qui éprouvent les limites du lieu. Cynthia Girard, Liberté, 2012, acrylique sur lin Alexandre David, L'un sur l'autre Cynthia Girard, À mes amies les licornes












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