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    Biennale internationale du lin de Portneuf - La fibre pour la fleur bleue

    21 juin 2013 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    <em>Champ de lin</em>, Roadsworth, 2013
    Photo: Denis Baribault Champ de lin, Roadsworth, 2013
    Biennale internationale du lin de Portneuf, du 22 juin au 29 septembre
    Le lin, fibre autrefois inséparable des mains artisanales, a pratiquement disparu du paysage québécois. À la Biennale internationale du lin de Portneuf, quelques irréductibles tentent de lui donner une nouvelle vie en tant que matériau artistique. Bijoux-sculptures, estampes poétiques ou même skis de fond : sa transformation est sans fin.

    Le lin et l’art, un mariage forcé ? Pas dans la bucolique Deschambault, municipalité en bordure du chemin du Roy, entre Trois-Rivières et Québec. Tous les deux étés, depuis 2005, ces noces inusitées sont célébrées à l’ombre de l’église du village et dans toute la région de Portneuf. Elles portent un nom, Biennale internationale du lin, et disséminent les convives en plusieurs sites chargés d’histoire. Pour cette cinquième édition qui commence demain, une trentaine d’artistes sont répartis en six lieux.


    D’emblée, au bout du fil, Dominique Roy, aux commandes de la manifestation depuis 2010, se montre aguerrie. Enthousiaste, mais aguerrie. Le lin, comme matériau artistique, laisse encore les gens sceptiques.


    « Le lin est tellement associé au linge à vaisselle de nos grands-mères, dit-elle. Il n’est toujours pas bien perçu. [La Biennale] brasse pas mal les habitudes. Mais c’est ce qu’on veut. »


    Il faut dire que Portneuf a longtemps porté le lin comme une deuxième peau. La plante à fleur bleue, jadis cultivée pour la fabrication « maison »d’objets utilitaires, parsemait la région. « Chaque famille avait son terrain de lin », glisse Dominique Roy.


    Des années d’industrialisation et de mondialisation sont venues à bout de cette culture, comme bien d’autres traditions agricoles. Dans Portneuf, on a voulu préserver, ne serait-ce que dans la mémoire collective, l’image du lin. Pendant trente ans, un festival voué à honorer les traditions artisanales a tenu le fort ; la Biennale lui a succédé.


    Tout est raison de mixité dans cette manifestation, dont les fins bien nobles visent à introduire la création contemporaine en milieu rural. Dominique Roy elle-même en porte les stigmates. Horticultrice de formation, artiste à ses heures, elle assistait un maître verrier avant d’aboutir dans Portneuf.


    La Biennale du lin n’accouple pas seulement culture de la terre et culture avec un grand C, ou patrimoine et art actuel. Elle unit les disciplines, des arts textiles, par nature plus proches des cultures traditionnelles, à des pratiques plus conceptuelles. Elle embrasse et défend pêle-mêle les métiers d’art, le design et les arts dits visuels. À plus forte raison cette année : la commissaire invitée, Carole Baillargeon, a opté non pas pour trois expositions bien distinctes, une par discipline, mais pour un tout à trois branches. Les trois expos, chapeautées du titre Famille, réunissent des artistes de tous les horizons.


    « Est-ce que ce sont des expos en arts visuels, en métiers d’art, en design ? Elles chevauchent les trois champs, affirme celle qui avait déjà été commissaire lors de la première édition. La Biennale a toujours eu tendance à programmer des pratiques hybrides. C’est encore plus hybride. »


    Chantiers du lin


    Le coeur de Deschambault, où se situent l’église et le vieux presbytère, accueille Esprit de famille, expo dominée par les projets d’esprit communautaire, tels que l’installation du collectif Guerra de la Paz, de la Floride, qui prendra la forme d’une tente-hôpital où violence et gestes bienveillants se côtoient. Aganetha Dyck, vénérable artiste du Manitoba, célèbre pour son travail réalisé « en collaboration » avec les abeilles, y sera aussi.


    Au Moulin de la Chevrotière, à quelques minutes du centre de Deschambault, l’expo Biens de famille rassemblera des objets précieux. « Le moulin, rappelle Carole Baillargeon, était un lieu de transformation de la matière. Les artistes réunis ici transforment aussi la matière. » Elle signale, parmi eux, la présence d’Elmyna Bouchard, dont les estampes qui font sa réputation reproduiront cette fois des effets du lin. La joaillière britannique Nora Fok créera quant à elle des bijoux-sculptures à partir de véritables fibres, issues de plants qu’elle a elle-même semés.


    « C’est intéressant dans son cas, dit la commissaire, parce que le mot « lin » lui était inconnu. » Dans sa découverte de la plante, Fok a observé les étapes de la croissance du lin et intégré les techniques de sa transformation.


    Enfin, pour Trait de famille, la plus vaste des expos, étalée sur plusieurs kilomètres à l’intérieur de la région, Carole Baillargeon a réuni les pratiques les plus hybrides, dont celles de Roadsworth, l’artiste du bitume bien connu à Montréal, ou du duo formé de Valériane Noël et Jérémie Saint-Pierre - elle a des formations en design industriel et en architecture du paysage, lui, en arts visuels. Le duo étendra un filet de pêche, bleu, sur le site d’une ancienne centrale hydroélectrique pour évoquer un champ de lin en fleurs et les multiples transformations du paysage.


    À la Caserne du lin de Saint-Léonard, on exposera un autre visage de la plante, celui associé à des objets high-tech - une raquette de tennis Artengo ou des skis Rossignol, par exemple. À la manière d’un cabinet de curiosités, ce pan de la Biennale voudra montrer la pertinence de se remettre à faire pousser du lin, notamment parce qu’il est une solution de rechange à la fibre de verre.


    Le lin et l’art, un mariage forcé ? Pas du tout. Comptez trois heures pour visiter l’ensemble de la Biennale du lin et vous en serez convaincus.


     

    Collaborateur

    <em>Champ de lin</em>, Roadsworth, 2013 Image de la performance <em>Cicatriser</em>, Guerra de la paz, 2013 Généalogie greffée, 2013, Elisabeth Picard












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