Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Étranges fantasmagories à la galerie McClure

    Deux œuvres de Pierre Durette: Contingent 2.7, 2013, porcelaine, 15 x 10 x12 po et, en arrière-plan, Quartz 2, 2013, crayons de couleurs sur papier, dimensions variables.
    Photo: Andrée Anne Vien Galerie McClure Deux œuvres de Pierre Durette: Contingent 2.7, 2013, porcelaine, 15 x 10 x12 po et, en arrière-plan, Quartz 2, 2013, crayons de couleurs sur papier, dimensions variables.

    Inquiétante étrangeté et autres fantasmagories

    Galerie McClure, 350, avenue Victoria (Westmount)

    Jusqu’au 22 juin

    Lancé en février, le magazine HB l’a prouvé : le dessin se porte très bien. En attendant le deuxième numéro, attendu pour la fin de l’été, ils sont nombreux les artistes qui continuent à pousser le crayon. Et plusieurs d’entre eux font partie des jeunes générations. Une nouvelle exposition - encore une autre - démontre à tout le moins que la relève en dessin ne manque pas d’inspiration.

    La galerie McClure, pilotée par le centre des arts visuels de la rue Victoria, à Westmount, présente depuis une semaine Inquiétante étrangeté et autres fantasmagories. L’expo a ceci de particulier que les artistes exposés - du moins trois des cinq - sont méconnus.


    Les portraits pleins d’humour et de fantaisie de Julie Lequin ont quelque chose de la nomenclature sociale. Ses petits formats, disséminés en quatre séries, ouvrent avec à propos, et force, cette Inquiétante étrangeté. Ils sont suivis des études d’inspiration architecturale de Martin Lord, des paysages quelque peu terrifiants de Kristin Bjornerud, des jeux de forme de Marigold Santos et enfin d’un amalgame d’oeuvres entre l’abstraction et le symbole signées Pierre Durette.


    Portée par une vision onirique du monde, l’expo a été montée par Véronique La Perrière, elle-même une artiste reconnue pour ses dessins, qui oscillent entre réalisme et rêve. Les cinq artistes qu’elle défend ici ont chacun leur singularité. Marigold Santos se veut très sculpturale, l’impression du « non complété » s’impose chez Kristin Bjornerud, alors que Martin Lord se distingue pour ses grands formats. Sans rien bousculer, l’accrochage se présente comme une succession de solos, ce qui n’est pas mauvais en soi quand il s’agit de révéler des noms.


    De ces cinq solos, c’est celui de Julie Lequin qui bénéficie du meilleur espace. Il faut dire que ses aquarelles ont teneur d’installation murale et que ses quatre séries forment en quelque sorte un vaste portrait de famille. Questions identitaires, journal intime, objets du quotidien… Il y a plus d’une manière chez elle. Mais la facture, à la touche légère, jamais trop appuyée, peu de couleurs, jamais criardes, est reprise d’une suite à l’autre. Il y a unité, malgré la diversité des sujets.


    Les dessins regroupés sous le titre Real Job Interviews Paraphernalia décrivent une variété de personnages, toujours esquissés sous le même médaillon. On y trouve l’extraverti, dont le collier de cravate forme une étrange courtepointe. Le timide, à moins que ce ne soit un manifestant qui défie les règlements, cache son identité sous sa tête de cheval. Une « Julie » apparaît, bien soignée, comme une digne employée du mois.


    La série Un mur de chambre de la collectionneuse réunit aussi un bon nombre de têtes, que des bustes masculins. Chasseuse d’hommes, la dame : le jeune en t-shirt, le fumeur, le diplômé ; même un « Michael Caine » figure sur ce mur. Fait à noter : dans cette série, les cadres et les formats varient, certains sont banals, d’autres rehaussés de motifs.


    Le ton est léger, le tracé, d’apparence spontanée. Il se dégage des dessins de Lequin, de son regard sur le quotidien, un esprit bon vivant, même lorsque les angoisses personnelles transpercent les autres séries, lesquelles sont plus proches de l’autoportrait ou de l’autofiction. Le tout détonne par rapport au pessimisme ambiant dont les artistes se font souvent l’écho.


    Le reste de l’expo est d’ailleurs plus près de cet art actuel à la fois sombre et morbide, plus présent avec le retour en force de la peinture narrative. La forêt enflammée de Kristin Bjornerud s’inscrit dans la même approche du paysage que celle d’un Kim Dorland. Les corps démembrés, les êtres hybrides, mi-humains mi-animaux, abondent ici comme chez Marcel Dzama, ou même, en sculpture, chez Valérie Blass.


    Transcrire toutes ces fantasmagories permet néanmoins à leurs auteurs de s’aventurer dans des avenues pleines d’audace. Dans le cas de Pierre Durette, il s’affiche en rupture avec les scènes miniatures qui ont fait sa réputation. Il expose un mur de papiers et deux porcelaines - des pyramides de personnages, pris à lutter pour s’établir au sommet -, projet qu’il avait présenté cet hiver à l’Oeil de poisson, de Québec.


    Les dessins de Martin Lord, au nombre de cinq, sont un petit aperçu de ce dont il est capable. Mieux vaut se rendre dans le Mile-End, où le centre Clark présente, en solo, une installation composée de dessins, oui, mais aussi d’une vidéo et d’une armature en bois. Son travail sur les illusions et sur la perception d’un espace prend là toute son ampleur. Les jeux de mains, les formes géométriques, les rapports de perspective et d’échelle invitent à plonger davantage dans un monde qui n’est plus juste noir et blanc, ou sombre et en destruction, mais au contraire disparate, en construction et d’une savoureuse étrangeté. L’expo à Clark est en place jusqu’au 15 juin.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.