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    Une mascarade pas comme les autres

    Raphaëlle de Groot est la seule artiste du Québec présente à la Biennale de Venise

    C’est sous la pluie et toujours à l’aveugle que l’artiste Raphaëlle de Groot a réalisé un parcours qui l’a menée jusqu’à l’embarcation d’un gondolier complice, qui l’a prise à son bord pour un trajet sur les canaux entre les sites de la Biennale.
    Photo: Gwanaël Bélanger C’est sous la pluie et toujours à l’aveugle que l’artiste Raphaëlle de Groot a réalisé un parcours qui l’a menée jusqu’à l’embarcation d’un gondolier complice, qui l’a prise à son bord pour un trajet sur les canaux entre les sites de la Biennale.

    Venise — C’est jeudi que Raphaëlle de Groot a réalisé une performance attendue à la Biennale de Venise, seule artiste du Québec présente à l’occasion de ce rendez-vous international des plus courus. Il faut dire que c’est par la bande que l’artiste, en tandem avec la commissaire et directrice de la Galerie de l’UQAM Louise Déry et avec le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec, s’est invitée sur le site des Giardini pour amorcer la performance qui a pris la forme d’un itinéraire atypique jusqu’à l’Arsenal, l’autre site notoire de l’événement.


    L’artiste a profité du fait qu’en cette journée de préouverture réservée aux professionnels du milieu, toutes sortes d’interventions ont lieu, confondant l’officiel et l’officieux. À proximité des pavillons de la France, de Grande-Bretagne et du Canada, la présence de l’artiste sur un banc, illicite car elle n’a pas demandé la permission, a vite capté l’attention. Elle a procédé à une méticuleuse transformation d’elle-même, investissant en premier la tête avec un assemblage de papier, de ruban adhésif, de cure-pipes, de mains géantes synthétiques et d’autres loques hétéroclites issues de la décomposition attentive d’artefacts qui constituent son matériel artistique depuis quelques années.


    Dans la veine de performances antérieures, De Groot a présenté, en direct, une image de l’artiste privée de son regard et n’ayant alors que le tâtonnement comme mode d’exécution. Au fur et à mesure qu’elle s’encombrait le corps, elle devenait l’objet de regards plus insistants. Si le procédé avait de quoi saisir pour l’état de vulnérabilité recherché par l’artiste, il avait surtout pour efficace fonction de renvoyer à la foule tout autour, faisant la file pour entrer dans les pavillons ou circulant, son penchant pour l’exhibition de soi ; il n’est pas exagéré de comparer ces journées professionnelles à un véritable cirque où il importe beaucoup de se faire voir.


    Il fallait d’ailleurs aussi constater, quand l’artiste au bout de plusieurs minutes d’un patient labeur sur son « costume » s’est levée pour se déplacer à tâtons, la frénésie s’emparer des journalistes, caméras et micros brandis vers elle pour lui extirper quelques déclarations. La performance s’est également avérée un puissant révélateur d’autres clichés vénitiens. L’artiste de la sorte affublée rappelait la tradition du carnaval et l’omniprésence de masques dans les boutiques, à la différence que ses ornements n’en partageaient pas la facture visuelle aseptisée. L’étrange guirlande qui lui enserrait le corps semblait vouloir se décomposer et, malgré son éclat, le long tissu de tulle bleu ne faisait pas oublier les rubans fanés qui complétaient la longue traîne derrière elle, rappelant en cela la précarité de la Sérénissime que les marées hautes menaçaient encore récemment.


    C’est sous la pluie et toujours à l’aveugle que l’artiste a ensuite réalisé un parcours qui l’a menée jusqu’à l’embarcation d’un gondolier complice, qui l’a prise à son bord pour un trajet sur les canaux entre les sites de la Biennale. Là aussi, sa présence recadrait le spectacle habituel des touristes en visite qui, se déplaçant par hordes, composent le visage prévisible de Venise. Cette fois, devant l’artiste en équilibre dressée sur ses pieds dans la gondole, même la population locale et les carabinieri avaient de quoi se surprendre. Riche en évocation, la performance au fil du déroulement a fait surgir des images aussi variées que celles de marche nuptiale, de procession religieuse ou d’imaginaire posthumain. La performance a pris fin, au bout de deux heures trente, une fois que l’artiste a remis les pieds sur la terre ferme à l’Arsenal et enlevé le masque incommodant qui, en plus de l’avoir aveuglée, lui avait donné, dans ce contexte unique qu’est Venise, un air à la fois grotesque et délicat.


    Tant pour son apport spécifique à l’ensemble du travail de Raphaëlle de Groot que pour cette percée improbable du Québec dans le cadre de la Biennale de Venise, la performance s’avère une réussite. Louise Déry et toute l’équipe mobilisée dans la logistique ont visiblement créé un précédent que d’autres seront tentés de poursuivre.


     

    Collaboratrice

    C’est sous la pluie et toujours à l’aveugle que l’artiste Raphaëlle de Groot a réalisé un parcours qui l’a menée jusqu’à l’embarcation d’un gondolier complice, qui l’a prise à son bord pour un trajet sur les canaux entre les sites de la Biennale. La présence de l’artiste québécoise sur un banc, illicite car elle n’a pas demandé la permission, a vite capté l’attention.












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