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    Exposition - Sur les traces de Curious George

    Ou comment le petit singe a sauvé la vie de ses créateurs, poursuivis par les nazis

    29 mai 2013 |Isabelle Paré | Arts visuels
    La version moderne de Curious George dans un film américain datant de 2006.
    Photo: Source Universal La version moderne de Curious George dans un film américain datant de 2006.

    Qui ne connaît pas les espiègleries de Curious George, célèbre petit singe auteur de gaffes en série, devenu une star de la littérature jeunesse, de films à profusion et de bandes dessinées ? Si les aventures du petit singe fripon sont célébrissimes, la plus périlleuse et la moins connue d’entre toutes est probablement sa course improbable - et de celle de ses créateurs - à travers l’Europe pour échapper aux nazis. Une fuite durant laquelle les dessins du petit primate ont contribué, à plusieurs reprises, à sauver la vie de ses dessinateurs.


    La vie de H. A. et Margret Rey, créateurs de Curions George, personnage de BD mieux connu en français sous le nom de Georges le petit curieux, mériterait en soi un roman. On leur consacre à Montréal, ces jours-ci, une exposition au Centre commémoratif de l’Holocauste, présentation qui raconte en quelques tableaux l’incroyable naissance du quadrumane. Mais, surtout, de sa survie presque miraculeuse, compte tenu des aventures et péripéties qu’ont traversées ses géniteurs, pris au piège dans une Europe étouffée par l’invasion nazie.


    En fait, l’histoire débute en 1924. H. A. Rey (né en Allemagne sous le nom de Hans Augusto Reyersbach), qui a passé sa jeunesse à griffonner les animaux du Zoo de Hambourg dans ses carnets, fuit vers le Brésil pour échapper aux violences antisémites qui secouent l’Allemagne. Dix ans plus tard, la jeune étudiante du Bauhaus qui allait devenir sa femme (née Margarete Elisabeth Waldstein), fuit elle aussi son pays en raison de ses origines juives. Destination : Rio de Janeiro. Là-bas, les deux artistes se rencontrent par hasard, fondent la première agence de pub brésilienne, se marient et adoptent le patronyme Rey, pour mieux s’intégrer à leur pays d’accueil. Jeunes mariés, ils voguent à bord du premier transatlantique pour savourer leur lune de miel à Paris.


    Séduits par la Ville lumière, les deux artistes s’y installent, et c’est à Montmartre que naîtra la première ébauche de Georges, un petit singe aussi taquin que gauche, alors nommé « Fifi ». Dans leur histoire, le mignon macaque fauteur de troubles est rescapé par « l’homme au grand chapeau jaune » lors d’un voyage en Afrique. Avant de devenir une icône de la littérature enfantine anglophone, Georges fut donc français ! C’est Gallimard qui, à l’époque, proposa aux Rey de publier un premier livre. La vie était belle, le couple était aux anges, d’autant que l’éditeur avait accompagné son offre d’une généreuse avance.


    Mais une ombre planait sur l’Europe. Les troupes d’Hitler envahissent la Pologne, puis la Tchécoslovaquie. En 1939, le studio des Rey est fouillé par la police française, qui les soupçonne de camoufler une fabrique de bombes clandestine. Mais les croquis et les histoires naïves du petit « Fifi » suffisent à convaincre les policiers qu’ils font fausse route. En mai 1940, quand les troupes allemandes envahissent le nord de l’Hexagone, les Rey sentent le danger croissant. Avec pour seul bagage leurs manuscrits inédits, leurs passeports et le reste de l’avance entamée pour acheter des pièces destinées à bricoler des vélos de fortune, ils prennent la fuite vers le sud. Dix jours plus tard, les nazis entraient dans Paris.


    Leur exode à bicyclette les mènera à travers les montagnes et vallées, jusqu’au Pays basque. À la frontière espagnole, trahis par leur accent allemand, ils sont écroués. Leurs passeports brésiliens et la binette inoffensive de Georges les sortiront une fois de plus du pétrin. Par train, les Rey gagnent le Portugal, d’où ils prendront un cargo pour retourner au Brésil, sains et saufs.


    Avec ses derniers sous, le couple décide de partir de zéro à New York, où leurs dessins leur permettront cette fois encore de prouver leur véritable métier et d’obtenir un visa de justesse. Un mois plus tard, une nouvelle vie s’ouvre à eux. L’éditeur bostonnais Houghton Mifflin achète quatre des manuscrits, et c’est ainsi que commence la fructueuse carrière de Fifi, rebaptisé « George » pour le public américain. « The rest is history », comme disent les Anglais. George et ses gaffes procureront une longue et fructueuse carrière à ses deux auteurs, qui publièrent sept albums de 1941 à 1966.


    Une leçon d’histoire


    Publié à 30 millions d’exemplaires dans 17 langues, George s’est fait ensuite connaître sous les noms de Zozo en Angleterre (« George » était par trop shocking ! puisque le roi portait alors ce prénom…), Peter Pedal (Danemark), Coco (Allemagne), Osaru no joji (Japon), Jorge el curioso (Espagne), etc. De nombreux bandes dessinées, téléséries et produits dérivés ont remis le petit primate au goût du jour au cours des années 1980, 1990 et 2000. En 70 ans de carrière, Georges le curieux a non seulement traversé l’imaginaire de plusieurs générations, mais il a laissé des traces dans plusieurs productions cinématographiques, notamment dans le long métrage Forrest Gump, où le livre Curious George, le préféré de l’ingénu Forrest, apparaît dans le plan-séquence d’ouverture.


    Le périple rocambolesque des créateurs de George a prouvé à maintes reprises qu’un anodin petit singe pouvait être le meilleur ami de l’homme. « Soixante-dix mille Juifs français ont été déportés, pendant la guerre, et la plupart n’ont pas survécu. L’histoire des Rey permet de raconter cette tranche d’histoire tragique aux jeunes et de comprendre ce pan de la vie humaine à travers un personnage qui leur est très familier. C’est toute une époque qu’ils peuvent découvrir à travers ces dessins », souligne Alice Herscovitch, directrice du Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal.


    Présentée au Centre commémoratif de l’Holocauste jusqu’au 20 juin, l’exposition créée à l’Institut pour l’éducation de l’Holocauste à Omaha, au Nebraska, a tourné depuis à Vancouver et dans de nombreuses villes américaines. Elle rassemble quelques photos et croquis originaux et raconte l’extraordinaire odyssée du couple, dans une histoire écrite par Louise Borden, et illustrée « à la manière Rey » par Allan Drummond.

    La version moderne de Curious George dans un film américain datant de 2006. Illustration de Allan Drummond illustrant la fuite des Rey à bicyclette, tirée de l'exposition L'Échappée belle de Georges le petit curieux : l'odyssée de Margret et H.A. Rey à partir de la France. H. A. et Margret Rey, créateurs de Curions George, lors d'une séance de signature. Dessin original de H. A. Rey. Le singe gaffeur devait devenir une célébrité.
     
     
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