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Les Kwakwaka'wakws contre le British Museum

La Première Nation de Colombie-Britannique réclame en vain un masque, tout comme la Grèce n'obtient pas ses frises du Parthénon

Stéphane Baillargeon   8 octobre 2003  Arts visuels
Tout comme la Grèce, la nation des Kwakwaka'wakws réclame la restitution d'une oeuvre d'art hautement symbolique au British Museum. Comme la Grèce, la Première Nation de la Colombie-Britannique essuie un refus strict de la part du plus grand musée du monde.

Les Amérindiens demandent au musée londonien de leur rendre un masque cérémoniel qui leur aurait été volé il y a 82 ans. Le masque repose depuis des décennies dans une des voûtes de l'établissement dont les collections comptent des millions d'autres objets. Les muséologues refusent obstinément de restituer l'oeuvre, alléguant que les règlements de l'établissement l'interdisent et que, de toute manière, elle est bien protégée et peut être étudiée par les savants.

De même avant-hier, le directeur du British Museum a profité d'une rencontre de muséologues dans la ville de Brighton pour réitérer son refus total de redonner à la Grèce les frises du Parthénon. Les marbres furent retirés en 1802 du site, alors à l'abandon. La Grèce les réclame depuis plus d'un siècle et espérait les obtenir avant l'inauguration des Jeux olympiques à Athènes, l'an prochain.

«Le British Museum nous répète, comme aux Grecs, que ses règlements ne lui permettent pas de retourner un objet. Cette position ne nous arrêtera pas. Nous allons continuer à nous battre pour obtenir ce qui nous appartient», dit Andrea Sanborn, coordonnatrice de projet du Centre culturel U'mista (qui veut dire: «le retour de l'objet perdu»), rejointe hier par téléphone à Albert Bay, en Colombie-Britannique. Les réclamations au musée ont débuté il y a plusieurs années et essuyé de nouveaux refus au cours des dernières semaines.

Le Centre culturel de Albert Bay appartient à une communauté de 1400 personnes, des Namgis de langue kwak'waka. L'ouverture du centre, en 1980, a marqué le retour des objets sculptés qui avaient été saisis pendant l'interdiction du potlatch. Ils sont maintenant exposés pour témoigner de la valeur culturelle, artistique et historique des Kwakwaka'wakws (qui signifie littéralement «les gens d'expression kwak'wala»).

Le potlatch désigne un don ou une destruction d'objets à caractère sacré. La cérémonie est pratiquée en certaines occasions spéciales, un mariage ou l'érection d'un totem, par exemple. Elle a été interdite par décret gouvernemental canadien de 1884 à 1951.

Le masque réclamé par le musée d'Albert Bay fait partie d'un important lot saisi par des policiers en 1921, alors qu'un chef amérindien préparait un potlatch. Une quarantaine de personnes furent arrêtées pour avoir dansé, leurs tenues furent confisquées puis vendues.

Certains masques se retrouvèrent au Royal Ontario Museum de Toronto et au Victoria Memorial Museum, l'ancêtre du Musée canadien des civilisations, à Gatineau. Ces deux établissements ont remis les oeuvres aux Kwakwaka'wakws dans les années 1970 et 1980. Trente-trois autres pièces, vendues au siècle dernier à un collectionneur new-yorkais, aboutirent au National Museum of the American Indian de Washington. Vingt-cinq d'entre elles ont été retournées en Colombie-Britannique, après des années de négociations, qui se poursuivent pour la restitution des huit autres masques.

Celui du litige britannico... britannique est arrivé au Cranmore Ethnographical Museum de Chillehurst en 1936, puis au British Museum en 1944, par l'entremise d'un don fait par la veuve d'un collectionneur. «C'est la réponse que font toujours les gens accusés de recel, commente Mme Sanborn. Ils affirment que l'objet a été acquis légalement. Ce n'est pas vrai. Au départ, ce masque nous a été volé.»

Les Kwakwaka'wakws ont eu plus de chance récemment en recevant un masque ayant appartenu à André Breton. Le don a été fait par la fille du poète, Aube, qui a personnellement retiré l'objet de la vente aux enchères des oeuvres de son père, vente organisée à Paris, au printemps. La cérémonie de restitution a eu lieu le 23 septembre dernier, à U'mista. Aube Elléouët a alors été rebaptisée U'Ma par les Kwakwaka'wakws, c'est-à-dire «Celle-qui-a-rendu»...
 
 
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