La mémoire du monde
Le musée est avant tout une succession d’oeuvres désignée par le mot «collection»
À voir leur présence publicitaire, on pourrait croire que les musées sont d’abord des lieux régis par l’éphémère : n’affichent-ils pas sur la place publique que ces expositions qui viennent, étant toutes autant l’une que l’autre temporaires, en succession, comme pour des salles de spectacles où on retourne pour voir autre chose ? Pourtant, le musée fut, dès sa première formulation, un lieu de mémoire. Par les collections, un musée ainsi existe.
En 1661, la ville de Bâle s’est portée acquéreur du Cabinet Amerbach, les oeuvres de cette famille, qu’avaient fréquentée au siècle précédent tant Érasme qu’Holbein l’Ancien et Holbein le Jeune, constituant le premier grand ensemble de ce qui allait devenir un musée. Aujourd’hui, la collection originelle est intégrée dans ce kunstmuseum qui ne fut pourtant inauguré qu’en 1936.
Et ce musée s’inscrivait dans la suite d’actions d’éclat menées dans un siècle précédent, au fur et à mesure que tombaient les royautés, l’ouverture du Louvre en 1793 étant à cet égard un des événements les plus notoires.
Depuis, il est ainsi de bon ton dans tout pays d’avoir des lieux qui rendent à tout le moins accessibles au grand public des collections dites « nationales », quand il ne s’agit pas tout simplement de mettre en valeur le passé d’une région ou d’une simple pratique, qu’elle soit artistique, artisanale, voire disciplinaire.
Les musées ne furent pas ainsi au départ des lieux d’expositions, mais des endroits de dépôt et de découverte d’oeuvres de toute nature. Ainsi, la galerie des Offices à Florence est ici demeurée fidèle à sa vocation première : on y va pour contempler d’abord des oeuvres de la Renaissance. Comme on visite aussi le Vatican pour avoir accès à ce que la papauté a acquis au cours des deux derniers millénaires.
Mandat premier
En fait, au Québec comme ailleurs, l’espace réservé aux collections occupe la majeure partie des espaces dans les constructions muséales. Et l’activité principale de ceux qui y professent consiste à acquérir, à classer, à entretenir, à étudier l’héritage du passé. Ici, un établissement comme le Centre canadien d’architecture est un modèle exemplaire de cette activité dite de conservation et de collection.
Car il ne suffit pas de déposer quelque chose quelque part, il faut aussi, et souvent à grands frais, faire en sorte que tout soit conservé en bon état et rendu accessible à tout le moins à la recherche. Car l’histoire n’est pas qu’un assemblage de vagues souvenirs et, si on veut qu’il y ait mémoire, celle-ci ne peut être vraie et utile que s’il y a connaissance.
En conséquence d’une telle attitude, on retrouve ainsi à Montréal, à l’angle des rues Peel et William, un édifice qui est un maillon essentiel de la chaîne muséale : le Centre des collections muséales est un vaste entrepôt géré par la Société des musées montréalais, un outil collectif où se louent même des espaces aux collectionneurs privés qui désireraient déposer dans des conditions parfaites leurs diverses acquisitions. Et cet espace s’ajoute à toutes ces voûtes et aux autres lieux d’entreposage que tout « musée » se doit d’avoir. Et dont chacun d’entre eux a toujours en quantité insuffisante : Bibliothèque et Archives nationales du Québec ne planifie-t-elle pas un agrandissement de ce Centre de conservation qui fut pourtant inauguré il n’y a pas si longtemps, plus précisément en 1996 ?
Donner à voir
On conserve donc. Mais on fait aussi plus. Dans un monde idéal, tout devrait être accessible. Et souvent ce n’est pas le cas : le Musée de Sherbrooke ne met ainsi en succession sur cimaises que 60 des éléments d’un ensemble qui compte 4700 oeuvres !
Et nous vivons dans un monde de plus en plus virtuel. Aussi est-il possible d’accéder à distance à ces lieux de mémoire. Si plus d’un internaute visite les musées par petit écran interposé, le monde étant inséré dans tout ordinateur qui a une connexion ADSL ou autre, les musées, eux aussi, ils le savent. Et d’y aller de réalisations qui font que l’univers de l’accès aux objets se transforme : si auparavant il était impossible d’entrer au musée sans quitter sa maison, la seule autre porte d’entrée était souvent un livre ; aujourd’hui, ce sont les musées qui s’insinuent virtuellement dans les demeures.
Mais, pour bien voir, il faudra quand même un jour se déplacer pour voir, sentir, ressentir ce que les musées possèdent, car un Borduas ou un manuscrit sont plus que de simples images. Voilà pourquoi les musées collectionnent.
Le monde muséal québécois ne cesse d’innover pour rendre accessibles ses oeuvres, ses collections et ses expositions, tout étant fait pour intéresser le plus grand nombre. Spectacles immersifs, maquettes interactives ou applications mobiles deviennent de nouveaux outils de diffusion.
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