Musée des beaux-arts de Montréal - D’un simple musée à un «campus muséal»
Une récente acquisition fait l’envie de la gent conservatrice
L’établissement dirigé par Nathalie Bondil a fait une acquisition notoire destinée à son futur pavillon d’art international.
Le quotidien français Le Monde l’a souligné dans son édition du 18 mars : ce sont « le Musée de Montréal » - le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) - et sa « conservatrice avisée Nathalie Bondil » qui ont eu la main heureuse lors de la récente foire de Maastricht, la plus sérieuse d’entre toutes. Le MBAM a acquis Funérailles d’un officier de marine sous Louis XVI, une huile d’Eugène Isabey datée de 1836, à laquelle le réputé critique Harry Bellet a consacré deux bons paragraphes.
La reproduction de « cet extraordinaire tableau » trônait en haut de l’article intitulé « Maastricht, ce havre aux tentations », dans sa version en ligne à tout le moins. D’une grande intensité dramatique, l’oeuvre d’Isabey, un contemporain de Delacroix, sera un des mâts du pavillon d’art international du MBAM qui ouvrira, aux dires de sa directrice, « avant 2017 ».
« C’est une marine qui fait 2,50 mètres, spectaculaire. Le tableau constituera la pièce maîtresse de la galerie romantique du XIXe siècle, précise Nathalie Bondil, encore sous le choc de sa trouvaille. La section s’enrichissait petit à petit. Et là, hop ! on aura un grand tableau de salon qui s’imposera. »
Rencontrée quelques jours après son retour de l’Europe, Nathalie Bondil était d’autant plus enthousiaste au sujet de cette acquisition, et d’une autre gardée secrète pour le moment, que de telles occasions sont rares. Surtout si elles se produisent lors de la grand-messe du marché, cette foire qui « concentre la plus grande quantité de conservateurs de musée - le Louvre à lui seul devait remplir un wagon », lit-on dans Le Monde.
« Maastricht, c’est un peu miraculeux. On peut trouver des oeuvres superbes, mais trop chères ou qui ne correspondent pas aux priorités d’acquisition. C’est tellement dur [qu’]il faut mener une chasse », confie Nathalie Bondil, rassurée par le fait que le bon coup qu’ont réussi elle et Hilliard T. Goldfarb, le conservateur des maîtres anciens du MBAM, a aussi été relayé par le New York Times. « Je le raconte parce que ça n’arrive pas souvent », soupirait, sourire aux lèvres, la directrice et conservatrice en chef.
L’acquisition de la marine d’Isabey, vendue en 2011 pour près de 35 000 euros, selon Le Monde, et depuis nettoyée et restaurée, exprime à quel point le musée montréalais est en pleine phase « européenne ».
Après la période d’effervescence qui a abouti, en 2011, à l’inauguration de son pavillon d’art canadien et à un redéploiement majeur de ses collections, le MBAM vient de plonger dans une autre période aussi intense. Le cinquième pavillon, qui naîtra après un concours d’architecture déjà lancé, poussera derrière le bâtiment de 1991, celui conçu par Moshe Safdie. Il couvrira plusieurs siècles, du Moyen-Âge à l’époque moderne. Les grands maîtres, y compris les romantiques comme Eugène Isabey, en formeront un noyau dur.
Ce projet de pavillon d’art international découle d’une donation de 75 tableaux, essentiellement de grands maîtres, dévoilée il y a près d’un an et consentie par le couple de philanthropes Michal et Renata Hornstein. Cet ensemble, qui constitue « le don le plus important de l’histoire de l’art du Québec », fait la part belle à l’âge d’or des peintures hollandaise et flamande.
Malgré des budgets restreints, uniquement de source privée et, comme le rappelle Mme Bondil, « dix fois moins que les huit millions de dollars par an que reçoit Ottawa [le Musée des beaux-arts du Canada] », le MBAM travaille à mettre en place « un pavillon qui sera vraiment imposant et important, [doté d’]une collection unique au Québec ».
D’autres donations, « de très, très belles », sont en vue et une campagne internationale d’appels aux dons sera lancée.
« Pas d’autre endroit au Québec où l’on puisse voir un Tiépolo, un Greco, un Véronèse, un Picasso. C’est un patrimoine extraordinaire », signale encore la toujours généreuse et volubile directrice. Les efforts visent à enrichir cette collection, « sans oublier les autres », admet-elle néanmoins.
Il faut dire que l’arrivée d’un autre pavillon dans ce « campus muséal » - appellation de Nathalie Bondil - provoquera un nouveau jeu de chaises. La section « Cultures du monde », qui regroupe autant les civilisations anciennes que les arts de l’Orient et de l’Afrique, prendra place dans le 4e étage du pavillon Jean-Noël-Desmarais (celui de Moshe Safdie), là où les grands maîtres s’y trouvent actuellement. La collection d’arts décoratifs et de design, elle, gagnera en espace dans le plus vieux pavillon du musée, lorsque les trésors archéologiques déménageront.
Nathalie Bondil se sait privilégiée. De telles périodes, où un musée connaît deux phases d’agrandissement en dix ans, sont rarissimes. Sa fougue, son flair, qui lui permet de se trouver au bon endroit (Maastricht) au bon moment, et sa force rassembleuse, dont ont bénéficié la musique et la mode pour être introduites au cénacle des beaux-arts, forment cette base sur laquelle se développe le MBAM. Tout comme la politique d’acquisition, qui cible des « oeuvres bavardes ».
« Ça me paraît important, confie Nathalie Bondil, d’avoir des oeuvres à interprétation. La nature du musée encyclopédique [incite à réunir] des oeuvres génériques qui ont en même temps une force d’interprétation. » Le meilleur cas, à ses yeux, concerne les arts décoratifs, dont la collection « très démocratique » est un « sésame extraordinaire » pour accéder à l’histoire de l’art.
Collaborateur







