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Musée d'art contemporain de Montréal - Le défi est de garder des traces

Rendre permanent l’éphémère est devenu une priorité pour les dirigeants du MACM

30 mars 2013 | Jérôme Delgado | Arts visuels
L’artiste berlinois Tino Sehgal, qui expose présentement au MACM, réalise des œuvres définies non pas comme des huiles ou des impressions numériques ou encore des porcelaines, mais comme des « situations construites ».
Photo : Tate, Londres 2013 L’artiste berlinois Tino Sehgal, qui expose présentement au MACM, réalise des œuvres définies non pas comme des huiles ou des impressions numériques ou encore des porcelaines, mais comme des « situations construites ».
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dépositaire du fonds Borduas et d’un grand nombre des tableaux du maître automatiste, propriétaire d’installations parmi les plus vastes et les plus complexes et de combien d’autres objets qui ont fait et font encore la pluie et le beau temps de la création, le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) est aujourd’hui confronté à des dilemmes de… taille.


Oubliez la question épique des espaces, insuffisants pour exposer et entreposer la collection du musée, riche de quelque 7600 oeuvres. Un autre enjeu, lié à l’importance qu’ont prise avec les années les performances, les tableaux vivants et les actions évanescentes, trouble les conservateurs. Ces pratiques de l’éphémère et de l’immatériel se conservent-elles ? Que garde-t-on si elles sont destinées à s’évaporer ?


« Beaucoup parmi les artistes et les historiens de l’art s’opposent à ce qu’on rende pérenne ce qui est éphémère, à ce qu’on mette en scène ce qui était voué à disparaître », confie Josée Bélisle, conservatrice responsable des collections du MACM. Or, pour elle comme pour ses collègues du musée d’État, il est primordial de garder des traces de cette part si particulière de la création. Ce serait même devenu la priorité, selon la conservatrice en chef sortante, Marie Fraser. « Dans les collections, il manque une partie de l’histoire, il manque ce qu’est l’art performance, dit celle qui vient d’annoncer son départ du MACM. On a un projet à l’étude en ce qui concerne la question des archives. Si on ne développe pas de nouvelles manières de collectionner, on passe par-dessus un pan de l’histoire de l’art. »


L’artiste berlinois Tino Sehgal leur a peut-être donné une piste de solution. Celui qui expose actuellement rue Sainte-Catherine réalise des oeuvres définies non pas comme des huiles ou des impressions numériques ou encore des porcelaines, mais comme des « situations construites ». Sa matière, ce sont des individus, présents dans les salles en chair et en os. Déjà, c’est une particularité, puisqu’il n’y a rien d’autre, sinon des gestes et des paroles.


This situation (2007), une des deux oeuvres présentées à Montréal, a été acquise par le MACM en 2011. Or elle n’existe que sous sa forme orale, y compris dans sa documentation et dans la transaction lors de son achat. Elle n’est pas accompagnée non plus de l’habituel cahier des charges, ce modus operandi laissé par écrit par les artistes.


« Sehgal pose un défi à nos procédures », avouent Marie Fraser et Josée Bélisle. Et pourtant, le travail de l’artiste d’origine britannique s’était avéré intéressant à leurs yeux pour le « geste d’audace » qu’il imposait au musée. « On y a porté attention dans le but de l’acquérir », disent les conservatrices.


Expertise


En faire l’acquisition, c’est aussi être capable de le présenter à nouveau, de manière autonome. Le MACM, comme tous ses semblables, développe ses collections dans cette perspective. Que l’oeuvre en question soit un vieux Borduas tout craquelé ou une installation aux mille morceaux. « L’immatérialité [de Sehgal], insiste Marie Fraser, impose de nouveaux savoirs. Cette expertise a toujours été là. »


L’expertise se développe, mais il y a toujours une première fois, un cas qui fait figure de pionnier. Josée Bélisle en sait quelque chose, elle qui oeuvre au MACM depuis plusieurs décennies. Plongée dans ses souvenirs, elle évoque le cas du Suisse Thomas Hirshhorn, auteur de « l’oeuvre la plus folle, réalisée avec du scotch tape », intitulée Jumbo Spoons and Big Cake (2007). Monumentale, composée d’innombrables éléments et disposée dans une ambiance sens dessus dessous, l’installation de Hirshhorn se situe à l’opposé extrême du travail de Sehgal. Beau paradoxe : elle a été réalisée la même année que This situation.


L’expertise concernant les oeuvres sans objet ni image - ni preuve écrite - reste peut-être encore à développer. Josée Bélisle est convaincue que, dans le cas de Tino Sehgal ou d’autres, « on trouvera le moyen » de l’exposer à nouveau. Et de donner le goût et la confiance d’acquérir ce type de pratique. Le cas de Claudie Gagnon, qui a récemment présenté au MACM un banquet-performance rempli des plats exotiques les plus inventifs, pourrait bien être un beau modèle, côté québécois. Selon Marie Fraser, le musée s’intéresserait à ses tableaux vivants, oeuvres à mi-chemin entre le cabaret et l’installation. « On est ouvert [à en faire l’acquisition], on en discute », dit-elle.

 

Collectionner toujours


Tout cela, dit Josée Bélisle, ne se fera pas au détriment des autres branches de la création. « Le développement des collections, précise-t-elle, ne se pose jamais en termes de médias ou de disciplines. Ça se fait d’abord en fonction d’un artiste et de la force d’une oeuvre. On continuera à acheter de la peinture et de la vidéo. »


À une époque difficile pour les finances publiques, le budget d’acquisition du MACM perd du poids. En cinq ans, les achats d’oeuvres ont diminué de moitié, passant de 31, en 2007-2008, à 13, en 2011-2012. Si le nombre des nouvelles oeuvres n’a pas chuté aussi abruptement, passant de 108 à 80 pendant la même période, avec un pic de 165 acquisitions pour l’exercice financier 2009-2010, c’est grâce aux dons.


Ceux-ci sont demeurés au même niveau depuis 2007, sauf pour l’exceptionnelle contribution, il y a trois ans, chiffrée à 156 pièces, parmi lesquelles figurent une « projection de données programmées par logiciel », 1911, de Charles Sandison, et du « sperme et des poils de barbe », Vautour no. 61, de Rober Racine. Comme quoi le défi des acquisitions se mesure à de multiples réalités, immatérielles ou pas.



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