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    Chroniques d’un printemps en rouge et en noir

    Les affiches de Clément de Gaulejac se distinguent par leur facture graphique sommaire ou naïve et par leurs slogans bien tournés.
    Photo: Étienne de Massy Les affiches de Clément de Gaulejac se distinguent par leur facture graphique sommaire ou naïve et par leurs slogans bien tournés.

    Motifs raisonnables

    Clément de Gaulejac

    Centre des arts actuels Skol

    372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 314

    Jusqu’au 6 avril

    Découvrez le projet Ce qu'il reste du printemps étudiant, réalisé en collaboration avec l'ONF

    Avec ses affiches, il a fait oeuvre utile durant la grève étudiante. Maintenant, Clément de Gaulejac en expose intégralement la série chez Skol. S’il est encore possible aujourd’hui d’en voir les restants disséminés dans la ville, sur les palissades et les façades de bâtiment où elles ont été collées, ces affiches trouvent désormais une raison d’être supplémentaire. Non seulement l’exposition contribue à une certaine élévation artistique de ces outils de luttes sociales, elle apporte aussi le recul nécessaire pour se livrer à une relative décantation de ce qui s’est passé et de ce qui s’est fait.


    Elles se sont distinguées par leur emploi du noir et du rouge, par leur facture graphique sommaire ou naïve et par des slogans bien tournés dont les mémorables « Le poivre c’est pour le steak » et « Cet attroupement de doigts est déclaré illégal ». Gaulejac a commencé la production de ces illustrations en mars, d’abord sur son blogue (L’eau tiède), puis sous forme d’affiche qu’il a distribuée anonymement dans la ville et lors de grandes manifestations. La propagation s’est faite spontanément, mais a également été aidée lors des ateliers Diffuse et résiste où, à plusieurs, les illustrations ont été sérigraphiées.

     

    Action politique


    L’exposition reste conforme à l’esprit de production de ces affiches que l’artiste a toujours refusé de monnayer. La sobriété de l’accrochage redit d’abord comment ce travail a été fait avec une économie de moyens. Rappelant aussi leur mode d’inscription dans le paysage urbain, les affiches sont collées directement au mur et ne feront pas l’objet de ventes. L’artiste a plutôt prévu de faire le dépôt de la série aux Archives nationales, pour mémoire et pour conservation dans le domaine public.


    Cet aspect n’est pas un détail. Nombre d’interventions au cours du printemps érable ont souscrit, sans surprise, au principe d’appropriation collective en guise de résistance symbolique au devenir marchandise de l’éducation, et en cohérence avec la production visuelle faite pour l’exprimer. Que Gaulejac, jusqu’au bout, en fasse sa ligne de conduite montre bien l’écheveau complexe dans lequel se situe l’art quand il s’agit de s’allier à l’action politique.


    L’impulsion première derrière cette série semble avoir été de l’ordre de la nécessité pour Gaulejac, illustrateur et artiste professionnel, qui poursuit également des études de doctorat. Les affiches partagent certains traits avec la production habituelle de l’artiste, notamment ses chroniques de l’art conceptuel, mais elles s’en distinguent par l’exécution plus relâchée, voire parfois ratée, en un sens, par des maladresses, dans le texte plus que dans le dessin.


    C’est là un choix judicieux justement que d’avoir tout mis, les propositions les plus fortes comme les plus faibles, dans cet accrochage en enfilade qui suit une progression chronologique, marquée par tous les fameux 22 de chaque mois, de mars à septembre. L’urgence du faire est pleinement ressentie ; l’étirement en longueur du conflit aussi. Chaque personne, chaque événement, chaque anecdote ayant ponctué la crise a été capté par le crayon de Gaulejac, qui a ainsi offert une vision personnelle de l’actualité dans laquelle les protestataires se sont de toute évidence reconnus, comme en font foi les images diffusées sur un écran qui montre diverses appropriations de ses images dans l’espace public.


    Le panorama fait remonter à la surface certains épisodes difficiles de cette crise. Il réactive aussi l’humour de ces mots et de ces images pensés pour répliquer au mépris du pouvoir. Skol, qui consacre sa programmation à des thèmes stimulés par la grève étudiante, s’avère un contexte parfait pour revenir sur ces choses graves que l’artiste citoyen a su traduire sur le vif et que maintenant il pourrait préserver de l’oubli.


     

    Collaboratrice

    Les affiches de Clément de Gaulejac se distinguent par leur facture graphique sommaire ou naïve et par leurs slogans bien tournés. L’exposition reste conforme à l’esprit de production de ces affiches que l’artiste a toujours refusé de monnayer.












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