Encerclement à la Verticale
Laval révèle ses secrets sonores avec une déambulation radiophonique proposée par Patrice Coulombe, dans le cadre du projet Audioparc
Les artistes sonores ont envahi Laval depuis l’automne dernier. Demain, ce sera au tour de Patrice Coulombe d’offrir un parcours audio mélangeant des bruits d’eau, des ondes radio et… des silences.
Des sols sonores, des murs antibruit qui résonnent, des zones vides en apparence, remplies d’ondes. Depuis septembre, à un rythme irrégulier, des artistes s’évertuent à présenter Laval comme un terrain fertile pour la création, comme une source inépuisable de sons et de silences. Ce n’est pas seulement à l’hôtel de ville que se trament des choses insoupçonnées… Les alentours des stations de métro, les parcs, les rues résidentielles cachent aussi leur lot de réalités.
Samedi se tiendra le troisième volet d’Audioparc, présenté par le centre d’artistes lavallois Verticale. Patrice Coulombe, artiste audio et enseignant en création sonore et médiatique à l’UQAM, propose une déambulation radiophonique à partir de la station Cartier. Les participants seront munis de radio-receveurs trafiqués par l’artiste, qui leur permettront d’entendre une mer de sons, certains voulus, d’autres non.
Zones frontières
« L’inspiration du projet m’est venue, confie-t-il, du constat que la Ville de Laval renferme beaucoup de zones tampons, des no man’s land ou des espaces sans issue qui délimitent les quartiers. Mon intention est de créer un rapprochement entre ces zones frontières (l’ultime représentation étant la condition insulaire de la ville même) et cette autre zone frontière qu’est l’intimité des maisons. »
Le projet intitulé Encerclement repose sur des dispositifs sonores semblables aux moniteurs mis sur le marché pour veiller, de loin, à bébé qui dort. Coulombe les a modifiés et s’en sert pour diffuser non pas des pleurs mais le clapotis des rivières qui ceinturent l’île Jésus, enregistré au préalable. Au détour, ou « par accident », comme le souligne l’artiste, les capteurs révéleront, en temps réel, d’autres sources sonores. Il suffira qu’un émetteur du même type soit en fonction ailleurs.
« Mon intention, précise-t-il, n’est pas de violer l’intimité captée accidentellement par nos receveurs. Je préférerais ne pas entendre la présence des occupants, mais leur absence. »
Patrice Coulombe s’intéresse depuis quelques années à ce type de dispositifs, des jouets électroniques notamment, pour « faire entendre leur dysfonctionnement ». Une manière comme une autre de révéler le revers des objets technologiques commerciaux : « L’omniprésence et le don d’ubiquité que donnent ces appareils me les ont fait voir comme le médium idéal pour aborder les notions espace intime/public, révélé/caché, des questions de frontières et de limites. L’intérêt est de capter l’écho du silence des lieux. »
Le silence, un effet sonore
Le silence. Pour d’aucuns, c’est un non-sens que de relier l’absence de sons à un projet audio. Pour Magali Babin, au contraire, cela va de soi. C’est elle, artiste sonore également, qui a assemblé ce programme hors-les-murs de la galerie Verticale. Le silence absolu, à ses oreilles, n’existe pas. Le silence n’est qu’un effet sonore au même titre que la résonance, l’écho, la distorsion..
Autant dans ses projets personnels que dans celui-ci, où elle est commissaire, Magali Babin cherche à nous placer dans des situations d’écoute qui permettent de mieux trier l’offre sonore. Pour celle qui considère qu’il n’y a pas « de mauvais ou de bons bruits », seulement une « mauvaise gestion de bruits », la réalité acoustique d’un lieu est riche en renseignements. La faculté d’entendre, trop souvent tenue pour acquise, serait sous-exploitée.
« Il faut se positionner dans l’espace et définir ce qui vient de la gauche, de la droite, d’en haut, d’en bas. Juste ça procure un effet similaire à celui qu’on expérimente devant une oeuvre d’art. Développer l’écoute permet ensuite de faire des choix plus judicieux », croit-elle.
Travailler dans l’espace public lui paraît un beau défi approprié à des projets avec des dispositifs low-profile, faits maison, loin des technologies. Autrement, Laval, avec sa propre identité, fournissait ses couleurs sonores. La préséance de l’automobile, l’absence de trottoirs… La vie en banlieue en est une motorisée.
Derrière les bruits dominants, d’autres subsistent. Audioparc vise à les révéler par différents effets sonores… Le silence, chez Patrice Coulombe, lié au passage du temps. Le filtre de perception, déjà traité par Douglas Moffat autour des murs antibruit, des haies, des clôtures. Nataliya Petkova a travaillé sur la distorsion. Avec des amplificateurs dignes de gramophones, elle a amplifié le bruit provoqué par le grattage du sol.
« Le projet était évocateur de la réalité d’un espace sonore. C’est beau d’imaginer qu’il n’y a pas un sol qui ait le même son », constate Magali Babin, qui admet que la distorsion peut « déranger, effrayer ». « C’est du bruit ajouté, mais quand il s’arrête, on est encore plus à l’écoute de ce qui reste », dit-elle, enthousiaste.
Une dernière oeuvre audio sera diffusée en mai avec le travail de Kathy Kennedy autour de la question du fondu enchaîné, similaire à l’effet au cinéma. Ce sera aussi le plus musical puisque les gens seront invités à fredonner des airs connus. Le titre : Hmmm.
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