Arts numériques - La grande messe du numérique
La BIAN rassemble des publics plutôt que de les morceler
La Biennale internationale d’art numérique (BIAN), rejeton du groupe derrière Elektra - l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ) - figurait parmi les finalistes du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal. Avec raison : il n’y a pas de manifestation aussi vaste et aussi faste, échelonnée sur des semaines et des semaines, qui soit ancrée dans ce domaine de la création.
La première édition de la BIAN, tenue du 18 avril au 13 juin 2012 - et même plus, si on considère que les dernières expositions ont pris fin à l’automne - a favorisé la diffusion et la compréhension des oeuvres numériques comme aucune autre auparavant. Du Musée des beaux-arts à la Maison de la culture Frontenac, en passant par les pôles émérites de technologie comme la SAT ou les centres universitaires Hexagram, en tout 33 lieux ont accueilli les expositions de la manifestation.
Plus de 70 artistes ont fait partie de l’aventure, dont un quart provenaient de l’extérieur du pays, et ont proposé une multitude d’oeuvres stéréoscopiques, vidéo, luminescentes, cinétiques, sonores, mécaniques, interactives ou robotiques. Parmi les plus notoires, soulignons les projets de Ryoji Ikeda, à la fondation DHC, et les artistes français réunis à l’ancienne École des beaux-arts.
Pour Claudine Hubert, directrice artistique d’Oboro, un centre d’artistes du Plateau-Mont-Royal reconnu pour son laboratoire de nouveaux médias, la BIAN 2012 a été une « grande messe », rassembleuse et stimulante.
« La manifestation a été structurée [afin] de s’inscrire dans divers lieux, qu’ils soient ou non reconnus pour leur engagement dans les arts médiatiques. L’approche est géniale, écrit par courriel la maman d’un nouveau-né, car elle rassemble des publics plutôt qu’elle ne les morcelle. »
Eliane Ellbogen, directrice artistique d’Eastern Bloc, autre lieu-clé des arts numériques situé, lui, aux abords de la Petite Italie, a été rassurée par cette première manifestation, même si, d’après elle, les différents projets exposés auraient gagné à être liés par un fil conducteur. Elle voit néanmoins dans la BIAN une preuve de plus que Montréal est un acteur de premier plan dans le domaine. « [La biennale] m’a semblé comme une évolution naturelle concernant le paysage actuel en arts numériques à Montréal. »
Sans la BIAN, Oboro et Eastern Bloc auraient présenté quand même leurs artistes respectifs : le Montréalais Florian Grond et le Suisse Zimoun, dans le premier cas, quatre autres dans le second. Mais, comme le souligne Claudine Hubert, « l’union fait la force », chose qui n’est pas à dénigrer.
« Nous avons réellement travaillé conjointement à la recherche d’un financement, à l’accueil de l’artiste, etc. Ce n’est pas facile de monter sans aide des expos d’envergure comme celles-là, alors, voilà, l’union a fait la force. Et il va sans dire que la BIAN bénéficie d’un réseau local et international très vaste, ce qui permet à Montréal - et, par la bande, à Oboro et aux autres participants - de rayonner. »
Tous les genres
Elle apprécie aussi que la BIAN soit ouverte à tous les genres, et pas seulement aux propositions purement numériques. Autrement, la participation de Zimoun, avec ses boîtes de carton et ses moteurs électriques, aurait été rejetée. « Le projet de Zimoun ou encore celui de Peter Flemming [Instrumentation, au centre Skol] sont-ils des pratiques du numérique ? Oui, car ils en reprennent les codes. Zimoun explore, à l’aide de procédés mécaniques, le système binaire simple, à la base de tout langage de programmation. »
Peu importe si elles considèrent la BIAN comme une nécessité ou une chose naturelle, Claudine Hubert et Eliane Ellbogen assurent qu’elles accepteront avec entrain de participer de nouveau à la fête. Elles s’attendent aussi à ce que la deuxième édition soit mieux rodée, voire mieux financée. Ce qui, il va sans dire, ne nuira pas.
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