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    Les cris d’angoisse d’un pape de la bédé underground

    Henriette Valium expose ses multiples facettes en galerie, une première en 35 ans de carrière

    2 mars 2013 |Fabien Deglise | Arts visuels
    Patrick Henley, alias Henriette Valium, est le maître incontesté de la bédé underground de Montréal.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Patrick Henley, alias Henriette Valium, est le maître incontesté de la bédé underground de Montréal.

    HabEmus Papam

    Henriette Valium, Espace Robert Poulin, édifice Belgo, local 411. Jusqu’au 23 mars.

    Le doigt est posé sur la vitre, au-dessus d’un assemblage de traits fins. La voix, elle, est fixée sur son objectif : donner un peu de sens au chaos. « Tu vois les lignes, là, en dessous de mon doigt ? Imagine un espace d’un quart de pouce : c’est le visage de mon ex, en tout petit, juste là, avec deux yeux et la bouche. Et autour : c’est sa folie, représentée par les mouches. Ça m’a pris trois ans à faire ça. Il le fallait… pour évacuer. »


    Bien nommée, l’oeuvre Le naufrage dévoile depuis quelques jours toute sa complexité sur un mur blanc de l’Espace Robert Poulin à Montréal, une galerie d’art du centre-ville. Mais elle fait aussi un peu plus : pour quelques semaines encore, ce travail de moine vient - avec son obsession maladive du détail pour former un tout, sa résonance avec les enluminures du Moyen Âge, tout comme l’angoisse et la douleur qui semblent s’en dégager - incarner l’univers torturé de Patrick Henley, alias Henriette Valium, maître incontesté de la bande dessinée underground de Montréal, et qui, pour la première fois en 35 ans de carrière, expose ses multiples facettes dans ce cadre un brin institutionnel qui ne lui ressemble guère.


    L’exposition s’intitule Habemus papam, formule de circonstance empruntée au Vatican, comme pour mieux souligner la célébration de cet artiste atypique, élevé au rang de grand par des conclaves d’artistes et d’éditeurs ailleurs dans le monde, et dont les planches, les toiles et les collages invitent à l’adoration du détail, et surtout pas à l’indifférence. « Être dans une galerie, c’est une marche de plus, lance l’artiste rencontré cette semaine par Le Devoir sur les lieux de l’expo. C’est aussi énorme pour moi, qui n’ai jamais vraiment eu de reconnaissance ici et qui en ai beaucoup souffert. »


    Valium - c’est comme ça qu’on l’appelle parfois - a commencé à poser son regard inquiet sur le présent à partir des années 80, avec des bandes dessinées autoproduites, comme Vagorbine 14 ou encore 1000 Rectum, Coeur de maman ou Primitive Crétin que la maison d’édition l’Association, en France, qui a publié les premières oeuvres de Guy Delisle, a décidé de réunir en quasi-intégrale en 2007. Signées Henriette Valium, ces histoires franchement dans la marge auraient aussi pu l’être sous le nom d’Or-Feu-Lin, le pseudonyme que Patrick Henley aurait voulu avoir si on lui en avait donné le choix. « On m’a baptisé Henriette Valium dans un fanzine qui s’amusait à présenter les auteurs garçons en filles et inversement, dit-il. C’était dans les années 80. On trouvait ça drôle à l’époque. Le pseudo m’a collé. Il a été plus facile de le garder que de chercher à en prendre un autre. »


    Or-Feu-Lin ? « Je me suis toujours un peu senti comme ça sur le plan artistique, dit Valium : seul, méprisé, déconsidéré, et j’ai nourri beaucoup de ressentiment à cause de ça. »


    Ceci explique cela, mais également cette impression de cri déchirant, torturé et plein d’anxiété qui émane de toutes les cases de ses planches, de chaque toile, de chaque assemblage qu’il a réalisé dans les dernières années, pas juste pour « évacuer » la douleur d’un naufrage amoureux, mais aussi pour commémorer les 10 ans du 11-Septembre, les deux ans de la mort de Michael Jackson ou, tout simplement, pour se débarrasser de la douleur causée par un reportage vu au Téléjournal. « Les nouvelles, ça m’angoisse, assène l’homme dans la cinquantaine. Alors, je dessine. La bédé, c’est pour construire mon angoisse, les tableaux, pour la déconstruire, mais dans l’ensemble, c’est surtout pour ne pas sombrer. Je l’ai toujours dit. »


    À l’écouter, on a l’impression que l’équilibre est précaire. Il est aussi par moments, et paradoxalement, plein de lumière et de couleur, avec parfois cette petite teinte bleu poudre couleur Valium, un nom qui le décrit aussi bien qu’un amas de mouches décrit la psychose.

    Patrick Henley, alias Henriette Valium, est le maître incontesté de la bédé underground de Montréal.
     
     
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