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    La transparence des traces

    23 février 2013 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Vue d'exposition, Luce Meunier : structure apparente
    Photo: Guy L’Heureux Vue d'exposition, Luce Meunier : structure apparente

    Structure apparente

    Luce Meunier

    Galerie Antoine Ertaskiran

    Jusqu’au 9 mars

    Papiers pliés, repliés et superposés d’une part, tissus pliés, dépliés et striés d’acrylique d’autre part, le travail récent de Luce Meunier repose sur une manipulation de la matière et sur une recherche de la pureté. Or, il y a beaucoup de hasard et d’inconnu dans les compositions auxquelles elle aboutit. Les lignes, angles et surfaces qui se révèlent forment des ensembles géométriques qui ne semblent pas totalement contrôlés.


    D’un raffinement et d’une sobriété étonnants, les oeuvres exposées à la galerie Antoine Ertaskiran, la nouvelle enseigne à l’ombre de L’Arsenal, dans Griffintown, s’avèrent envoûtantes. Elles conjuguent doigté et rigidité, univers artisanal, par la manière très personnelle de procéder, et industriel, par les matériaux utilisés. C’est un mélange qui sied bien au quartier et à la jeune galerie, ouverte depuis moins d’un an dans un ancien entrepôt.


    Luce Meunier est une artiste qui aime se faire rare. Ses solos se comptent sur les doigts d’une main et celui en cours, intitulé Structure apparente, est son premier en sept ans. C’est une sorte de deuxième départ pour celle qui aurait commencé à exposer, selon son curriculum, lors de l’expo phare des années 1990, Les bricolos (centre Clark, 1998).


    Connue d’abord comme peintre, Luce Meunier pratique aussi la gravure. Dans les deux cas, son travail passe par l’exploration des matériaux et des volumes. Si ses oeuvres demeurent dans le domaine du deux-dimensions, et du monochrome noir ou blanc dans le cas présent, elles titillent la sculpture de belle façon. Nées objets, petits papiers ou grandes toiles de coton, elles redeviennent des quasi-objets, sous les titres Figures semblables, de 2012, et Tracer, de 2011 ou de 2012.


    Les séries Figures semblables, eaux-fortes ou aquatintes, deux techniques de gravure, proposent des variations sur la même matière, du papier. Pliés, par bouts, par onglets, les feuilles sont à la fois semblables et dissemblables. En travaillant par accumulation et superposition, Meunier répète gestes et procédés. Elle obtient, selon la technique utilisée, des amas transparents ou des masses opaques, d’un noir très dense, mais très aériens, qui flottent seuls dans l’espace.


    Le Québec regorge d’artistes qui ont travaillé le pliage, depuis Cozic et Serge Tousignant dans les années 1960 à Stéphane La Rue dans la dernière décennie. Au-delà de l’exercice formel et épuré auquel elle aussi s’adonne, Luce Meunier livre des « figures », plans architecturaux dans certains cas, pièces à conviction dans d’autres. Ces dernières la situeraient davantage dans la lignée d’une Betty Goodwin et de ses célèbres « vestes ».


    Les oeuvres Tracer, davantage monumentales, ou lourdes, à l’instar des bâches de Goodwin, existent en deux versions, pliées ou dépliées. Dans les deux cas, l’artiste a laissé de la peinture blanche couler au gré des plis. Il en résulte des grilles presque symétriques, qui font ressortir l’épaisseur de la matière.


    Objets d’art et processus, formes géométriques et matière manipulée, Luce Meunier travaille par opposition. Avec deux corpus seulement, l’exposition en rend compte brillamment. Et l’oeuvre-document 63 papiers - ceux-là mêmes à l’origine des gravures - témoigne de cette approche entre deux chaises. Au bout du compte, Structure apparente parle de la présence de traces, de leur transparence, que celles-ci proviennent de la main de l’artiste ou des matériaux eux-mêmes.


    Forte de ses choix d’artistes - parmi lesquels Mathieu Beauséjour, Michael A. Robinson ou Jacynthe Carrier, Prix Pierre-Ayot 2012 -, la galerie Antoine Ertaskiran semble être sur une bonne lancée. Elle se rendra d’ailleurs à New York pendant les événements du marché de l’art, dans la semaine du 7 mars. Elle sera à la foire Volta, où elle présentera la très politisée Dominique Blain et son projet autour d’un tapis de mines.


     

    Collaborateur

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    À surveiller

    Le court-métrage Granby mystère : milice anachronique secrète occulte de Christian Leduc et Marc-Antoine K. Pha- neuf (alias les détectives Christian « Le Duc » Boily et Marc A. Kowalski), réalisé dans le cadre d’une résidence au centre 3e Impérial. À voir au www.3e-imperial.org/leduc-phaneuf.
     
    L’exposition Kanaval de Leah Gordon, regroupant une série de photographies sur les festivités pré-carême du Mardi gras à Jacmel, en Haïti. Au centre PHI, 407, rue Saint-Pierre, à compter de lundi.
    Vue d'exposition, Luce Meunier : structure apparente Figure semblable #1 - #5, 2012, série complète de 5 eaux-fortes sur papier BFK rives, édition de 5, 50 x 38 cm ( 20 x 15") x 5 Tracer #2 (plié), 2012, acrylique sur toile de coton pliée, colle de peau de lapin, 49 x 43 cm (19 x 17") Figure semblable #6 - #9, 2012, série complète de 4 eaux-fortes sur papier Canson édition, édition de 5, 50 x 38 cm x 4 ( 20 x 15") x 4 Figure semblable #10 - #14, 2012, série de 5 aquatintes sur papier BFK rives, édition de 5, 50 x 38 cm ( 20 x 15") x 5 Vue de l’exposition Structure apparente, dont les œuvres sont d’une sobriété et d’un raffinement envoûtants.












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