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    Pirater des sites de musées pour les rendre plus accessibles

    Déçus du peu d’attention que les musées accordent à la diffusion de leur contenu sur appareils mobiles, de petits futés décident de prendre les choses en main

    26 novembre 2012 |Fabien Deglise | Arts visuels
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	La conception de sites Web adaptatifs se résume à la modification du code de programmation de manière à ce que le contenu d’une page Web s’adapte à tous les formats de fureteurs.</div>
    Photo: ANEL
    La conception de sites Web adaptatifs se résume à la modification du code de programmation de manière à ce que le contenu d’une page Web s’adapte à tous les formats de fureteurs.
    Le pirate informatique sous son bon jour. Étonné par l’incapacité de fréquenter des sites Web de grandes institutions muséales sur leurs téléphones intelligents et leurs tablettes - parce que les concepteurs n’avaient pas pensé à cette possibilité -, un duo formé d’un programmeur et d’un designer a décidé de passer à l’action. Comment ? En appelant des pirates informatiques à prendre part à la « Responsive Museum Week », une semaine consacrée à « l’attaque » en règle de sites de musées pour les aider à trouver leur place dans un monde de plus en plus mobile.

    Ce « service de piratage » pour le bien public et au nom d’une meilleure accessibilité de l’information a touché une dizaine de musées, dont le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo de Paris ou encore l’Intrepid Sea, Air Space Museum Complex de New York. Il se prépare aussi à se répandre ailleurs sur la Toile et dans le monde, assure au Devoir l’un des instigateurs de ce projet.


    « Nous sommes en train d’établir des contacts aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne », a indiqué il y a quelques jours en entrevue Geoffrey Dorne, le graphiste français qui, avec Julien Dorra, a lancé cette semaine du piratage pour la mise en mobilité des sites de musées. « Le travail d’accessibilité que nous avons commencé, nous souhaitons qu’il se poursuive partout sur la planète, mais aussi qu’il touche d’autres sites Internet d’institutions dont le format adapté aux nouveaux outils de communication portables n’a pas été pensé. »

     

    Le Centre Pompidou d’abord


    Cela a été le cas, cette année pour le site Internet du célèbre Centre Pompidou de Paris, communément appelé Beaubourg, rénové pourtant au coût de 12 millions d’euros. L’oubli a été vite remarqué par les adeptes toujours plus nombreux d’appareils mobiles. Il est aussi à l’origine de cette semaine de hacking. « Quand j’ai essayé d’aller sur ce site avec mon iPad et mon iPhone, cela ne fonctionnait pas, les informations s’affichaient mal », dit M. Dorne.


    Consternation, réaction et action. À l’appel du duo, une quinzaine de pirates se mettent alors à l’oeuvre pour adapter le site Internet du musée, mais aussi d’autres sites d’institutions muséales à la réalité de la mobilité. On appelle ça, en français, la conception de sites Web adaptatifs - « responsive Web design », dans l’autre langue. Elle se résume à la modification du code de programmation de manière à ce que le contenu d’une page Web s’adapte à tous les formats de fureteur (la chose qui s’appelle parfois Firefox, Chrome ou Safari), y compris ceux que l’on retrouve sur les tablettes numériques et les téléphones intelligents.


    Des pratiques en mutation


    « Le musée, c’est un lieu qui, par définition, doit être accessible à tout le monde, et ce, tant dans sa dimension physique que numérique, explique le designer de sites Web et pirate sensible au bien commun. En ligne, cette accessibilité est aussi importante et encore plus lorsque tout ça est fait avec de l’argent public. Aujourd’hui, quand je vais dans un musée, j’apprécie le fait de pouvoir aussi aller sur son site pendant ma visite, pour faire des recherches de compléments d’information, sur une oeuvre, une toile… » Ce qui n’est pas toujours possible.


    Outre le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo, un prestigieux centre de diffusion de l’art contemporain, et l’Intrepid Museum de New York, la semaine de piratage a également permis la mise en modernité du Musée des beaux-arts de Caen, de Nantes, du Musée national du moyen âge ou encore du Centre d’histoire de la résistance et de la déportation. « Quelques-uns de ces musées se sont sentis agressés par ces attaques visant à modifier le code de leur site, explique M. Dorne, mais la plupart ont plutôt vu ça d’un très bon oeil, heureux même de voir des programmeurs se charger de faire ce qu’ils avaient oublié. » Les codes ainsi modifiés, au nom de la mobilité, ont également été rendus publics, afin d’inciter d’autres personnes à emboîter le pas, mais également donnés aux institutions ciblées qui vont pouvoir en prendre le contrôle à 100 %.


    « Les appareils mobiles sont en train de changer les usages et les pratiques culturelles. La création d’un site Web doit désormais en tenir compte », poursuit le jeune homme qui dit avoir été contacté dans les derniers jours par le ministère français de la Culture interpellé, selon lui, par cette opération de piratage tout comme par le problème qu’elle cherchait à corriger en la mettant ainsi en lumière. « Si la semaine de piratage a permis de sensibiliser les gens à l’importance de l’accessibilité d’un site en format mobile, c’est déjà une grande victoire. »

     

    Sites gouvernementaux


    Tout en cherchant désormais à étendre ce plan de modernisation des sites de musée, à l’ère de la mobilité, le duo et le groupe de hackers qui gravite désormais autour souhaitent également lancer de nouvelles « attaques » sur d’autres sites d’institutions dont les incohérences lorsque l’on cherche à y accéder par l’entremise d’une tablette ou d’un téléphone intelligent pourraient rapidement être qualifiées d’anachronismes. « Tous les sites de gouvernement sont des cibles potentielles, dit-il, à l’exception bien sûr du site du fisc sans doute, parce que je ne crois pas que quelqu’un pourrait avoir envie de payer ses impôts à partir de son iPhone. » Pour le moment du moins.

     
     
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