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    Le retour de la Jeune fille endormie

    Des chefs-d’œuvre de la collection Clark débarquent à Montréal pour renouer avec leur passé

    6 octobre 2012 |Isabelle Paré | Arts visuels
    Auguste Renoir, Jeune fille endormie, vers 1880. <br />
    Photo: The Sterling and Francine Clark Art Institute Auguste Renoir, Jeune fille endormie, vers 1880.
    Au Musée des Beaux-Arts de Montréal
    A compter du 13 octobre
    Les soubresauts de l’histoire sont parfois étranges. Dans moins d’une semaine, plusieurs chefs-d’œuvre impressionnistes venus du Clark Art Institute renoueront avec leur passé oublié. Qui savait qu’en pleine guerre mondiale plusieurs précieuses toiles de la collection Clark, dont des Renoir, furent cachées à Montréal dans le secret, pour y rester tapies pendant plus de 10 ans ?


    L’arrivée de l’exposition Il était une fois les impressionnistes : chefs-d’œuvre de la peinture française du Clark, sonne donc une forme de retour au bercail pour quelques œuvres-clés. Ne serait-ce que pour cet étrange revirement de l’histoire, l’exposition soulève la curiosité. En 1938, pour sauver sa collection de la guerre, le richissime héritier américain Sterling Clark avait secrètement mis à l’abri dans un entrepôt montréalais ses plus précieux tableaux, dont Baigneuse blonde et Jeune fille endormie, de Renoir. La Jeune fille fera une sieste obligée dans la métropole pendant toute une décennie.
     
    L’anecdote révèle à elle seule une facette du curieux personnage que fut le collectionneur Sterling Clark, surnommé Mr Anonymous en raison de sa légendaire discrétion. Jusqu’à la fin de la guerre, on a même parlé d’une « collection invisible ». Et cela, même si Sterling et sa femme, Francine Clark, possédaient l’une des plus imposantes collections privées de l’Amérique du Nord, aux côtés des magnats Alfred Barnes, Duncan Philips et Henri Clay Frick, à New York.

    Révolutionnaires en leur temps

    Le corpus d’œuvres impressionnistes du Clark, en tournée mondiale depuis deux ans, fait toujours courir les foules, avec plus d’un million de visiteurs. Peu de courants artistiques furent autant portés aux nues, dopés sur le marché de l’art et commercialisés à outrance. Mais cet engouement populaire, doublé à la reproduction au centuple des Monet et consorts jusque sur les boîtes de biscuits, a fini par reléguer le genre au rang de jolies images pour boudoirs bourgeois.
     
    Or il faut replonger dans le Paris de 1880 pour saisir l’importance de ces œuvres sur l’art qui suivra. Début XIXe siècle, le paysage artistique est dominé par les académistes et leurs thèmes historiques, leur style « pompier » bourré d’éphèbes et d’angelots éthérés. Avec leurs couleurs franches et leurs sujets croqués en pleine nature, les impressionnistes choquent les critiques officiels, abonnés à la technique parfaite et hyperréaliste d’un Bouguereau ou d’un Gérôme. Même la Petite danseuse de Degas soulèvera alors les hauts cris, qualifiée de « petit singe » et de mauvaise fille. Idem pour la Jeune fille endormie de Renoir, représentation de la femme jugée « amorale » et caricaturée dans les canards parisiens.

    Le Paris de la Belle Époque

    Sterling Clark, qui a hérité de la riche collection de maîtres anciens de ses parents, est déjà un esthète avisé quand il se fixe à Paris en 1912, dans la jeune trentaine. Pragmatique, jamais impulsif, l’homme investit dans les valeurs sûres. Il sait discerner la technique parfaite d’un Bouguereau ou d’un Gérôme, mais s’intéresse aussi à la touche texturée de ces nouveaux artistes à la recherche d’« une première impression ». « Chez les impressionnistes, tout reposait sur la technique qui consistait à donner une impression. Il appréciait chez eux d’abord le coup de pinceau, la perfection dans l’exécution de l’œuvre. Clark disait : “ J’aime tous les styles, mais seulement l’excellence ”», explique Richard Rand, commissaire de l’exposition et conservateur en chef au Clark Art Institute.
     
    Quelque 21 Renoir de la collection Clark seront présentés à Montréal, des œuvres qui traduisent la passion du couple collectionneur pour ce qui fut pour eux le début d’une grande histoire d’amour avec Paris. À 28 ans, le jeune héritier, amoureux de Francine Clary, actrice à la Comédie-Française, mène à Paris la vie d’un vrai personnage de roman. L’engouement des Clark pour Renoir (ils en posséderont 32 !) reflète leur attachement pour ce Paris du tournant du siècle, bouillonnant et festif, regorgeant de femmes assumant leur féminité.
     
    En revanche, le conservatisme de Sterling Clark l’a empêché, à la même époque, d’apprécier l’avant-gardisme d’un Cézanne ou d’un Matisse, ajoute Richard Rand. Ce n’est que sur l’insistance de sa femme qu’un Toulouse-Lautrec, un peintre plus urbain, fit son entrée dans leur collection.
     
    Malgré tout, au début du siècle, le couple Clark avait su saisir la valeur de ces artistes qui ont posé les premières pierres du chemin qui allait mener à l’art moderne. Ils ont laissé à l’Amérique un des plus beaux ensembles impressionnistes du continent.

    ***
     
    Mr. Anonymous en quelques lignes

    Héritier : En 1888, Sterling Clark et ses frères héritent de l’importante fortune de 50 millions de Singer & Co.
    Globe-trotter : Clark explore l’Asie et la Chine à cheval en 1908 et se fixe à Paris en 1910.
    Amateur d’art : Premières acquisitions de maîtres anciens en 1912.
    Francophile : Il épouse Francine Clary en 1919 et acquiert de nombreuses œuvres lors de la vente de la succession de Degas.
    Fondateur : En 1955, Sterling et Francine Clark fondent un musée et un institut de recherche sur l’art à Williamstown, dans le Massachusetts. Sterling décède en 1956.
    Auguste Renoir, Jeune fille endormie, vers 1880. <br />
Edgar Degas, Danseuses au foyer, vers 1880. <br />
Jean-Léon Gérôme, Charmeur de serpents, vers 1879. <br />
Camille Pissaro, L'Oise aux environs de Pontoise, 1873. <br />
Claude Monet, A Sassenheim près de Haarlem, champ de tulipes, 1886. <br />
Berthe Morisot, Le bain, 1885-1886<br />
James Tissot, Chrysanthèmes, vers 1874-1876. <br />
Renoir, Une loge au théâtre (Au concert), 1880. <br />
Claude Monet, Les oies dans le ruisseau, 1874. <br />
     
     
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