Rapprochements plastiques
Jean McEwen est peintre, Yann Pocreau, photographe, deux univers que relie avec succès la galerie Simon Blais
Yann Pocreau : Chantiers
Jean McEwen : La séduction des acryliques
Galerie Simon Blais, 5420, boulevard Saint-Laurent, local 100
Jusqu’au 13 octobre
Sans rien vouloir enlever aux acryliques de McEwen, qui datent de la fin des années 1960, le rapprochement en douceur relève de Pocreau. Parmi les plus récentes recrues de la galerie, et sans doute un des plus jeunes artistes qu’elle représente - le photographe est né en 1980 -, Yann Pocreau semble avoir effectué dans sa propre pratique un glissement sans rupture de ton.
L’arrivée chez Simon Blais de cet artiste connu aussi pour son leadership au centre Clark, tout près de là, marque un intérêt grandissant du galeriste pour la photographie et pour des pratiques plus jeunes. Ça se traduit parfois par des invitations occasionnelles. Pocreau, qui présente son deuxième solo à cette enseigne, avait collaboré une première fois avec elle lors d’une monographie consacrée à Marcelle Ferron, en 2008. Il avait alors réalisé une série d’oeuvres autour des vitraux de la station de métro Champ-de-Mars.
Depuis ses premières séries, Yann Pocreau photographie l’architecture, des espaces intérieurs la plupart du temps. S’il s’est déjà attardé à des lieux chargés d’histoire, comme le théâtre d’Arras au coeur de la série On ne sait jamais où tombent les bombes (2007), ce n’est pas tant pour les documenter. Ce sont des observations liées à la lumière et à des rapports d’échelle avec le corps humain, et en particulier le sien, qui dictent ses compositions.
Le même regard aiguisé est derrière le nouveau corpus, intitulé Chantiers. Onze images composent un ensemble qui se démarque des précédents par sa voie très prononcée vers l’abstraction. Les oeuvres apparaissent plus épurées, notamment parce qu’elles sont exemptes de la figure humaine - sauf dans deux cas. Pocreau a misé davantage sur des surfaces dépouillées, sur la verticalité des lignes (on dirait du Molinari, couleur en moins) et sur la présence d’angles. Il est parvenu à obtenir des plans plus rabattus que jamais. C’est particulièrement le cas de six des oeuvres, les plus fortes de l’exposition, où il est presque impossible de reconnaître l’espace photographié, ne serait-ce qu’une prise électrique ou un autre détail banal.
Les sections de lumière, surexposées - un des traits de la signature de l’artiste -, animent les compositions, deviennent par leur blancheur le lieu de tous les possibles. La présence d’images plus « littérales » rompt le charme de la nébuleuse dans laquelle Pocreau nous entraînait. Ces photos témoignent néanmoins de son autre manière de faire, exposée encore l’an dernier lors du Mois de la photo, et permettent de constater le glissement esthétique qui s’est opéré. Avec des oeuvres plus graphiques, Yann Pocreau se fait plus plasticien. Il est là, son rapprochement avec Jean McEwen.
Disciple de Borduas, dans l’après-Refus global, McEwen doit sa renommée à des peintures à l’huile, riches en textures, marquées par la matière. Pendant cinq ans, entre 1965 et 1970, l’artiste montréalais aura cependant flirté avec l’acrylique, alors mise en vogue par les mouvements conceptuels, les minimalistes américains ou les plasticiens québécois. C’est cet aparté, cet autre glissement, qu’expose la galerie à travers la présentation de douze tableaux.
La touche, la gestuelle de Jean McEwen, cette application brumeuse de la matière si ensorcelante, demeure visible. Mais elle se retrouve concurrencée par des parties moins expressives, par des bandes peintes à la manière du hard-edge. Très verticales, ces toiles ont, elles aussi, du Molinari - en esprit du moins. On comprend que McEwen n’ait pas persévéré dans cette voie. L’exposition La séduction des acryliques propose par contre un retour historique rarement évoqué. Même la rétrospective que la galerie Simon Blais avait montée en 2004 n’en avait pas dit un mot.
Collaborateur
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À surveiller
La rétrospective Serge Lemoyne… et la première étoile, issue d’une rare collaboration entre deux entreprises marchandes, Lacerte art contemporain et Yves Laroche galerie d’art, jusqu’au 27 octobre.
L’installation Missa, de Dominique Blain, une oeuvre qui a fait le tour du monde depuis sa création. La revoilà au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu’au 28 octobre.
La manifestation Art et nature au Moyen Âge, tirée du musée Cluny de Paris. Plus de 150 objets sont présentés au Musée national des beaux-arts du Québec, jusqu’au 6 janvier.
Les expositions d’automne du Musée d’art contemporain, Pierre Dorion et Janet Biggs, inaugurées cette semaine. Jusqu’au 6 janvier.
Les photographies sur Montréal de Mimmo Jodice. Elles font partie de l’exposition Villes sublimes qui sera inaugurée ce jeudi au Musée McCord. À noter aussi : la table ronde à ce sujet qu’organise la Faculté d’aménagement de l’UdeM, mardi, à 11 h 30.














