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    Mexico, du septième ciel

    Casas de Catherine Bodmer jette un regard frais sur l’aménagement urbain et l’architecture

    29 septembre 2012 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Catherine Bodmer, Novena piso (Suzanne), 2011
    Photo: Gracieuseté de l’artiste Catherine Bodmer, Novena piso (Suzanne), 2011

    Casas

    De Catherine Bodmer, Optica, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 508

    Jusqu’au 13 octobre.

    Les images se répètent, se dédoublent même, comme dans le reflet d’un miroir. Dans l’exposition Casas de Catherine Bodmer, présentée au centre Optica de l’édifice Belgo, les diptyques et les duos de diptyques abondent. En réalité, les apparences se révèlent vite trompeuses. Ce sont de faux miroirs.

    L’artiste, qui pratique la photographie avec l’oeil d’une documentariste et avec le doigté d’une chirurgienne, travaille la symétrie, mais de manière à la corrompre. Au-delà du magnétisme qu’elles exercent sur nous, ses compositions jettent un regard frais, critique, sur l’aménagement urbain et sur l’architecture.


    L’expo Casas, qui rassemble sept oeuvres, ou ensemble d’oeuvres, découle d’un séjour récent à Mexico. Il n’est pas le premier, ni le dernier. Au même moment, au centre Sagamie d’Alma, Catherine Bodmer présente Camellones, des diptyques et triptyques qui exploitent la nature ambiguë des terre-pleins de la capitale mexicaine. Visiblement, les résidences d’artistes qui l’ont amenée là-bas en 2010 et 2011 se sont avérées fort enrichissantes.


    Pour la série à Optica, l’artiste s’est élevée dans les hauteurs de la ville, aux troisième, cinquième et quatorzième étages de bâtiments résidentiels, ceux-là mêmes qui donnent leurs titres aux oeuvres. Elle s’est retrouvée sur les toits, dans les azoteas, ces espaces incontournables à Mexico, aménagés sobrement, mais qui sont devenus un peu le symbole du dernier espace d’air en ville. Les images ne décrivent pas ces lieux et, hormis peut-être une photo solitaire - Quinto piso (Susana) - qui révèle sa fonction domestique, elles demeurent de belles nébuleuses.


    Dans Tercer piso (Ramiro), un ensemble de trois diptyques, l’endroit s’anime au gré du temps. Le mobilier, et en particulier une chaise jaune (ou son dossier), apparaît et réapparaît sous différents aménagements, à différents emplacements. C’est un motif, un indice qu’il s’agit de la même azotea. Or rien n’est pareil. Dans d’autres regroupements, ce sont souvent les détails du paysage en arrière-plan, toujours semblable, jamais identique, qui traduisent ce jeu de et dans l’image.


    Dans le texte qu’elle a rédigé pour Sagamie, Catherine Bodmer dit s’inspirer des « limbes, cet espace intermédiaire entre paradis et enfer ». Elle ne pouvait trouver meilleur sujet que Mexico, que Carlos Fuentes a si bien décrit dans toutes ses contradictions dans La plus limpide région (1958). Limpide et pourtant si alambiqué, si limbique, dans les limbes, ce Distrito federal, zone grise entre ciel et terre, à la fois magnifique et misérable.


    La forme du diptyque et de l’altération par le numérique d’un espace réel, Bodmer l’exploite depuis 2010 et dans l’exposition Duo au centre Clark. Excepté quelques cas, la figure humaine est absente. L’artiste concentre son regard, et force le nôtre, sur les formes les plus communes, mais révélatrices et expressives, comme ces arbres au coeur de la série Circuito interior exposée au centre VU de Québec en début d’année.


    Dans Casas, ce sont des architectures qui dominent. Au centre de la composition : un édicule, ou le haut d’une tour, mais toujours une construction. Celle-ci est l’élément-clé, le pied d’équilibre autour duquel les dissemblances viennent alimenter l’asymétrie. En pleine maîtrise de son sujet, Catherine Bodmer propose des images graphiquement très fortes, construites sur l’animation de plans, de lignes et de masses.


    L’impact est encore plus grand quand le lieu représenté apparaît dégagé, comme dans Séptimo piso (Guillermo). Le bâtiment ressort en modèle singulier de l’architecture moderne, bel exemple du style international. Jeu d’ombres, escaliers en diagonale, répétition du carré, dédoublement de celui-ci en différents formats… Catherine Bodmer agit presque à la manière d’un Manuel Álvarez Bravo, dont sa caméra a enregistré de telles images urbaines.


    Ici, par contre, en haut des édifices, Bodmer révèle des travers de l’architecture. À travers son objectif et ses délicates manipulations digitales, elle s’attarde à des no man’s lands, à des espaces désuets qu’on tente d’accommoder à un certain confort, à un certain usage. N’était la démesure des villes, et Mexico en est sans doute un archétype célèbre, leurs habitants chercheraient-ils à ce point à atteindre le septième ciel ?


    À noter que le centre Sagamie, qui présente Camellones jusqu’en décembre, publiera cet automne un ouvrage consacré à l’artiste et à ses projets tirés de son expérience mexicaine, intitulé Catherine Bodmer -Mexico DF.

     

    Collaborateur

    ***

    À surveiller 

    Le début de la saison du Musée d’art de Joliette. Parmi les expositions inaugurées vendredi, notons Faux-semblants, vaste regard sur le travail d’autofiction de Milutin Gubash. Jusqu’au 30 décembre.

    À Moncton, l’inauguration aujourd’hui du Symposium d’art nature, « dix jours d’art public et de conférences autour du thème de l’énergie, de sa consommation, de sa transformation ». Une dizaine d’artistes interviendront au parc du Millénaire et dans la ville. Jusqu’au 7 octobre.

    Au Musée régional de Rimouski se déroule l’exposition Prendre pose, consacrée aux photographies et installations vidéo d’Emanuel Licha, qui se penche « sur la fabrication des images et la construction des récits ». Jusqu’au 27 janvier.

    Au Centre d’exposition de Val-David, on expose les nouvelles couleurs de Jérôme Fortin, artiste reconnu pour ses pliages, découpages et collages. L’exposition Dans le blanc est présentée jusqu’au 18 novembre.

    Catherine Bodmer, Novena piso (Suzanne), 2011 Catherine Bodmer: Decimocuarto piso (Rafael). 2011. Impression jet d'encre. Diptyque. Catherine Bodmer: Decimocuarto piso (Rafael). 2011. Impression jet d'encre. Diptyque. Catherine Bodmer: Decimocuarto piso (Rafael). 2011. Impression jet d'encre. Diptyque. Oeuvre de Catherine Bodmer Catherine Bodmer: Decimocuarto piso (Rafael). 2011. Impression jet d'encre. Diptyque. <br />
Catherine Bodmer, Quinto piso (Susana), 2011












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