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    Un monstre aux multiples têtes

    Stéphane Gilot pose son regard critique sur le campus universitaire

    1 septembre 2012 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Stéphane Gilot, Multidiversité/Métacampus (détail), 2012
    Photo: Source Galerie de l'UQAM Stéphane Gilot, Multidiversité/Métacampus (détail), 2012

    Multiversité/ Métacampus

    De Stéphane Gilot

    Galerie de l’UQAM, 1400, rue Berri

    Jusqu’au 6 octobre

    Après la pause estivale, la Galerie de l’UQAM a rouvert ses portes cette semaine, une distorsion en sus : une passerelle vert lime aux abords de sa grande salle. Il fallait s’y attendre : la saison commence par une exposition de Stéphane Gilot, artiste doué pour transformer les espaces. La passerelle est bien sienne, par la double voie qu’elle impose. Le visiteur doit choisir entre monter sur la structure ou descendre par les habituelles marches.

    Toute la signature Gilot se trouve dès ce préambule, dans cette anomalie architecturale. Le spectaculaire, les formes simples, le rôle primordial du public aussi. Il faut accepter de jouer le jeu. Un jeu passif : la passerelle mène à un belvédère d’où l’on contemple un vaste et complexe paysage urbain.


    Stéphane Gilot aura passé l’été à la Galerie de l’UQAM dans le cadre de son programme de résidence. L’exposition, intitulée Multiversité/Métacampus, est ainsi un projet in situ, qui met en question l’identité et les valeurs universitaires. En ces temps troubles où la vie sur un campus ne semble pas de tout repos, la chose relève autant de l’audace que de la pertinence. L’université, lieu rassembleur ou instigateur de divisions ? Reflet d’une réalité plus large ou fiction fermée sur elle-même ?


    C’est une utopie, un monde en soi, répond Stéphane Gilot, à coup de maquettes, de dessins et de vidéos. Si Multiversité/Métacampus se nourrit du réel, autant de l’histoire et de l’architecture de l’UQAM que de la pensée des individus qui l’habitent, elle est aussi un microcosme illusoire, avec ses rêves et ses travers.


    Le résultat est un univers ni tout à fait vrai ni tout à fait faux. L’installation au coeur de la grande salle de la galerie a toutes les apparences de la synthèse de ce qui définit l’institution universitaire. Aux murs, des croquis et des oeuvres à l’aquarelle et au crayon ajoutent une touche d’irréel, de science-fiction, si propre à l’artiste.


    Stéphane Gilot a construit, à petite échelle, l’environnement bâti qui a façonné l’identité du campus dans l’imaginaire collectif. On y reconnaît le pavillon Judith-Jasmin et son atrium, le Centre des sciences et le patrimoine industriel qui l’entoure.


    On tombe, non sans sourire, sur l’îlot Voyageur, reconnaissable par la nudité de sa charpente, puis on se surprend à essayer de nommer les autres modèles réduits. Un tableau signalétique permet d’identifier « l’ambulance St-Jean » ou « le Charney » - pour Melvin Charney, auteur des sculptures très hautes du parc Émilie-Gamelin.


    Un brouhaha anime la petite ville imaginaire, un peu comme si ces voix provenaient de ses entrailles, les salles de cours. La musique d’un instrument égaye le tout. Toute cette trame sonore provient de plusieurs vidéos, diffusées sur des écrans insérés ici et là dans le campus en carton. Elles correspondent au travail de terrain de l’artiste, qui a tourné ici et là dans le vrai campus, avec des intervenants réels (professeurs, étudiants ou artistes).


    Malgré sa résidence marquée au fer rouge de la crise sociale, Stéphane Gilot ne signe pas une lourde charge politique. Avec ses dédales, miroirs et multiples orifices, Multiversité/Métacampus a toutes les caractéristiques de sa pratique : une représentation de mondes en vases clos, des règles sociales presque sombres, mais non sans des teintes de ludisme et d’émerveillement. Le jeu et les illusions ne sont jamais loin.


    Un campus universitaire semble répondre à ce type de microsociétés que l’artiste dépeint à la fois comme des utopies et, leur contraire, des dystopies. C’est blanc et noir. Une université est un lieu de partage, dit Normand Baillargeon, professeur au Département des sciences de l’éducation et de pédagogie, dans une des vidéos tournées pour l’occasion. Son collègue historien Yves Gingras voit un échec dans le modèle universitaire actuel, modèle à la fois d’unité et de spécialisation, d’enseignement et de recherche, deux choses en soi distinctes.


    Monstre aux multiples têtes, le « métacampus » de Gilot se bâtit sur une réalité fort concrète - l’UQAM -, mais prend forme de manière fictive. Les pavillons reconnaissables voisinent d’autres inventés, tel que le « pavillon de réorganisation des sens ». En fait, l’artiste a inclus des maquettes d’oeuvres antérieures, tant le lointain terrain de volley-ball Humpty-Dumpty (1999), mémorable pour son mur en guise de filet, que le très récent Séjour bistre (2011), trou inspiré de l’oeuvre de Beckett.


    Ce n’est pas la première fois que Stéphane Gilot rassemble plusieurs de ses projets. En 2010, au centre Optica, il avait déjà fait le coup. Avec ses airs de rétrospective, Multiversité/Métacampus surprend moins, déçoit peut-être un peu ; elle montre toute la cohérence de ce travail sensible au désordre humain. Gilot, habile dessinateur et bricoleur, se montre en plus capable d’en faire de fabuleuses illusions.


    À noter que l’artiste aura droit cet automne à une première publication d’importance, éditée par la Galerie de l’UQAM et le Musée national des beaux-arts du Québec. Ce dernier présentera dès octobre La cité performative, l’installation présentée à Optica en 2010.













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