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    La régularité trompeuse du banal

    18 août 2012 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    Paysage approximatif (diptyque no. 2), 2008, impression jet d'encre, de Catherine Bodmer
    Photo: Paysage approximatif (diptyque no. 2), 2008, impression jet d'encre, de Catherine Bodmer
    MAGNIFIER
    Galerie Simon Blais 5420, boul. Saint-Laurent, local 100 Jusqu’au 8 septembre

    GALERIE THOMAS HENRY ROSS ART CONTEMPORAIN
    Chez B-312 372, Sainte-Catherine Ouest, espace 403 Jusqu’au 25 août
    Les galeries d’art réservent souvent pour l’été des expositions pots-pourris, l’occasion pour elles de montrer le travail de l’ensemble de leurs artistes. Si certaines galeries donnent donc dans plusieurs directions, d’autres choisissent de resserrer leur propos dans des expositions thématiques. Dans ce registre, quelques initiatives ressortent du lot. En voici deux.

    À la galerie Simon Blais, les employées Natacha Clitandre et Catherine Plaisance, aussi artiste, ont endossé le rôle de commissaires pour concocter une exposition ayant pour thème « Magnifier ». Elles ont ciblé des oeuvres qui, bien qu’elles embrassent le réel, visent à en transfigurer la banalité. Il en va bien sûr de la singularité de la démarche des artistes, qui d’emblée offre une vision différente du monde, mais surtout des dispositifs employés qui ont en commun, chez Catherine Bodmer, Olivia Boudreau, Jocelyn Philibert et Kendra Wallace, d’impliquer le regard et de l’induire subtilement en erreur.



    Horizons bleus


    Est-ce un hasard, mais le paysage est récurrent dans cette sélection, assurant une cohérence à l’ensemble de l’exposition qui présente en entrant des horizons bleus et des cieux nocturnes. À l’évidence, la nature se prête bien à une manipulation de sa représentation.


    La jeune artiste Kendra Wallace cadre l’horizon de la mer, suppose-t-on, avec son appareil photo. Toutes les vues de formes identiques imposent une régularité trompeuse, ainsi que le bleu un brin artificiel qui couvre l’ensemble des surfaces, estompant encore davantage la ligne d’horizon séparant le ciel et l’eau. Il y a pourtant dans ces monochromes bleus d’infinies nuances où plonger le regard, qui se surprend alors à fouiller une profondeur insondable, voire vertigineuse.


    La répétition d’un module se retrouve également dans l’installation de Catherine Bodmer, tout juste à côté, qui a superposé à l’horizontale des cruches d’eau commerciales. Au-dessus, un éclairage au néon rappelle la froideur clinique d’une serre, puisque justement une culture vivante d’algues prolifère dans les contenants transparents. L’installation profite aussi bellement de la lumière naturelle, qui exacerbe le spectacle des jeunes pousses vertes flottant sur l’eau.


    Chaque goulot de bouteille s’offre en effet comme une lunette qui invite le regard à observer ces paysages miniatures qui font intrusion dans le contenant aseptisé de plastique. Le désordre de la prolifération des algues entre d’ailleurs en contradiction avec l’emploi convenu de ces cruches. Fragment d’un ensemble plus grand et d’un processus en cours depuis 2006, notamment exposé à B-312, non seulement l’installation Réservoir est un aquarium, mais elle permet également d’engendrer d’autres oeuvres. L’artiste a photographié l’évolution de ces végétaux aquatiques qu’elle a scrutée avec une attention extrême. Comme le donnent à voir plus loin dans l’exposition quelques diptyques et études, le point de vue de la caméra fait raser le regard à la surface de l’eau, jusqu’aux détails définis par la profondeur de champ.


    Si Bodmer exploite la multitude, Jocelyn Philibert, lui, isole et circonscrit son sujet : des arbres. Chaque photo se concentre sur un seul arbre qui, à la faveur de la nuit, est découpé par la lumière artificielle dont l’éclat est dramatique et tranchant. De cette série de 2006, les commissaires ont mis en avant les arbres fruitiers que l’artiste a choisi de photographier en fleurs, amplifiant le caractère onirique de ces arbres majestueux surgissant de la profonde noirceur. Ce n’est d’ailleurs qu’au moyen de plusieurs prises aidées d’un flash que Philibert a pu photographier un sujet aussi imposant dans la nuit. La manipulation numérique nécessaire pour reconstituer en image l’intégrité des arbres explique l’énigmatique présence éclairée de ces feuillus.


    Le regard est autrement sollicité par la remarquable vidéo L’étuve d’Olivia Boudreau, vue récemment au Musée d’art contemporain de Montréal. L’oeuvre en boucle d’une durée de 20 minutes donne à voir des écrans de vapeur, rappelant à certains égards les monochromes bleus de Wallace. Or, nul paysage embrumé ici. De manière cyclique, la vapeur se dissipe et le regardeur finit par discerner la scène d’un sauna et de ses usagères dont il éprouve singulièrement la proximité. Judicieusement placée à la fin d’un parcours bien monté où le paysage dominait, cette oeuvre fait surgir des corps à la présence troublante et qui, d’une apparition à l’autre, se font lentement désirer.



    Galerie new-yorkaise


    La galerie Thomas Henry Ross Art contemporain fait sa première apparition en sol montréalais. La galerie, fondée à New York en 2011, a adopté la formule dite du pop up, c’est-à-dire qu’elle est nomade et squatte différents lieux, à vocation artistique ou non, pour présenter ses expositions. Son propriétaire, le collectionneur Jean-Michel Ross, y joue tous les rôles, et donc aussi celui de commissaire pour cette exposition dans les espaces du centre B-312, libres pendant la saison estivale.


    La galerie a saisi le prétexte de cette initiation montréalaise pour réfléchir sur le contexte dans la production de l’art actuel avec les oeuvres de trois artistes et un collectif. Sarah Greig, par exemple, va au plus près des conditions physiques d’exposition de l’oeuvre en exploitant la forme du cartel, tandis que Kim Waldron a comparé les unes de journaux montréalais et nationaux pour les dates mémorables, dans le cadre de la grève étudiante, le 17 et le 23 mai, révélant des contextes politiques, médiatiques et linguistiques.


    Entendu dans un sens très large donc, le sujet du contexte fera d’ailleurs l’objet d’une conférence à la galerie aujourd’hui, à 15 h. La directrice de B-312 Marthe Carrier et la directrice du Centre Consonni (Bilbao) Maria Mur Dean prendront la parole en compagnie de l’instigateur de ce projet. Entrée libre.



    Collaboratrice

    Paysage approximatif (diptyque no. 2), 2008, impression jet d'encre, de Catherine Bodmer Détail de l'installation Réservoir de Catherine Bodmer (2006) Présentée à la galerie Simon Blais, l’exposition Magnifier est composée d’œuvres qui, en embrassant le réel, transfigurent la réalité.












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