Regard états-unien sur l’art canadien
OH, CANADA
Contemporary Art from North North America
1040 MASS MoCA Way
North Adams, Massachusetts
États-Unis
Jusqu’au 1er avril 2013
S’il faut se réjouir de cette visibilité exceptionnelle accordée aux arts visuels d’ici hors des frontières du Canada, les faiblesses de l’exposition, en cours depuis mai dernier, ajoutent une ombre au tableau. Ce ne sont pas tant les oeuvres elles-mêmes - une centaine, réalisées par 62 artistes ou collectifs différents - qui font problème, mais leur accrochage et leur articulation dans l’espace. Dès l’amorce de l’exposition, les oeuvres se suivent pêle-mêle et entassées, confondant les univers des uns et des autres sans les faire valoir réciproquement.
La démarche de la commissaire Denise Markonish, rattachée au Mass MoCA, se voulait pourtant rigoureuse. Ayant constaté son ignorance de l’art contemporain du Canada, piquée par la curiosité de le connaître, elle a entrepris d’en faire le portrait. Ses recherches sur trois ans l’ont d’abord menée à retenir 800 noms d’artistes, dont elle a visité les ateliers pour la moitié d’entre eux, traversant ainsi le pays d’un océan à l’autre. Toutefois, admet-elle, le Canada et ses arts visuels lui sont demeurés insaisissables. Ainsi, l’exposition reste un aperçu. « This is my Canada », écrit, prudente, Markonish dans le catalogue d’exposition.
Culture matérielle
À la différence du catalogue qui développe des regroupements thématiques et géographiques (par province) pour analyser les oeuvres, le trajet de l’exposition s’empresse, lui, de brouiller les pistes. Il joue plutôt sur la quantité et l’impact de certaines oeuvres dont l’effet s’avère néanmoins efficace. Il en est ainsi, par exemple, de la minifourgonnette perforée de Kim Adams, du dessin mural de Gisele Amantea, du plus récent diorama de Graeme Patterson, une ville miniature imbriquée dans les montagnes, ou de celui de Kent Monkman, une installation en deux tableaux avec des personnages de cow-boys et d’Indiens.
Le thème des Premières Nations est d’ailleurs l’un des filons repérés dans les oeuvres par la commissaire, sujet qu’elle trouve étroitement lié au genre du paysage et à l’imaginaire du Nord qui font encore partie de l’image stéréotypée que les étrangers se font du Canada, mais que les artistes actuels abordent justement d’un point de vue critique, notamment par l’humour. En plus des oeuvres portant sur les questions d’identité (nationale, hybride, immigrante…), ce panorama hétéroclite en comprend aussi plusieurs travaillant avec la culture matérielle (objets de consommation appropriés, techniques artisanales revisitées), ce qui apparaît comme une autre « tendance » forte des pratiques au Canada.
En posant les limites d’un territoire comme paramètre de recherche, en l’occurrence le Canada, Markonish a orienté son travail en traquant des spécificités nationales dans les pratiques artistiques. À tout le moins, elle en soulève la question pour conclure à une absence d’identité cohérente forte, en partie imputable à la grandeur du territoire et à l’éparpillement de la population. L’ensemble de l’exposition reflète la réflexion hésitante développée dans le catalogue, qui, d’ailleurs, évoque de manière étroite la politique du multiculturalisme et le débat linguistique. Le critère de la nation sous-tend une double contrainte, liant unité et hétérogénéité, que la commissaire n’a pas su rendre dans sa complexité, une impasse prévisible qui gomme notamment des enjeux importants propres à la scène québécoise.
La place du Québec
Il n’en demeure pas moins que les artistes du Québec font bonne figure dans le lot. À commencer par le trio BGL, dont l’oeuvre inédite Canada de fantaisie (2012) occupe la cour extérieure devant l’entrée du musée. À partir de clôtures en métal, celles-là mêmes qui habituellement séparent et interdisent l’accès, les artistes ont conçu un carrousel de fortune. Le manège se met en marche à certains moments de la journée, invitant les gens à s’amuser et à se rapprocher.
Dean Baldwin a quant à lui échafaudé un bar convivial dont il a le secret dans un endroit qui lui est spécifiquement réservé, à même un des bâtiments industriels laissés à l’état brut qui font la particularité du Mass MoCA. Aux côtés de ces réussites, il est déplorable de retrouver l’oeuvre Vanité (2012) de Nicolas Baier dans un si triste état. La pièce de résistance, montrée à Montréal cet hiver, est à l’étroit dans une salle et ses vitres sont recouvertes d’empreintes de doigts. L’oeuvre perd radicalement de sa prestance.
Malgré son accrochage peu inspiré, l’exposition s’avère intéressante. Le survol proposé, quoique douteux, est révélateur d’une certaine représentation de l’art du Canada (subsumant celui du Québec), dont l’aspect le plus important dit ceci : cet art est largement méconnu et trop peu montré à l’étranger. Pour changer cette donne, il faudrait bien sûr commencer par valoriser davantage les arts visuels chez nous.
Cela n’empêche pas d’aller voir ce qu’il en est au Mass MoCA, un musée qui, par son architecture, est une découverte majeure en soi.











