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Lettre - Développer une tradition philanthropique

9 juillet 2012 | Yvan Petitclerc - Montréal, le 5 juillet 2012 | Arts visuels
On fait souvent état encore aujourd’hui au Québec de l’absence d’une solide tradition philanthropique parmi les Québécois dits de souche. Or, on fait souvent l’erreur d’opposer celle-ci au seul monde anglo-saxon protestant, en oubliant de préciser que c’est plutôt la tradition philanthropique juive qui doit servir d’exemple pour discuter de cette question. Et dans ce cas, difficile de trouver meilleur exemple que celui de Ben Weider. Juif québécois ayant bâti un empire des produits de culture physique, il a légué sa collection d’objets de Napoléon au Musée des beaux-arts de Montréal un peu avant sa mort en 2008. Et il est loin d’être le seul. La tradition de philanthropie juive à l’égard des musées d’art est remarquable et se poursuit encore aujourd’hui.

Par exemple, en 2010, le couple Fisher de San Francisco (fondateur des magasins GAP) léguait plus de 1000 oeuvres d’art au musée de cette ville. Idem en Angleterre, alors que Charles Saatchi s’engageait en cette même année 2010 à léguer sa collection complète à un musée anglais. Enfin, pensons chez nous à cet autre couple juif, Michal et Renata Hornstein, qui firent en 2012 don d’une impressionnante collection d’art flamand au Musée des beaux-arts de Montréal.


Or, si on veut développer une grande tradition philanthropique parmi les Québécois, il faudra d’abord améliorer grandement la qualité de l’éducation artistique et cesser de confiner l’enseignement de l’histoire de l’art aux quelques facultés universitaires. Mais il faudra également cesser d’esquiver quelques questions. Dont la suivante : dans quelle mesure le rejet massif du passé religieux par les Québécois dits de souche est-il tributaire de cette impulsion philanthropique moindre ? Car, il faut bien le dire, à la source de ces nombreux dons de la part d’individus juifs à des musées se trouve, via une longue tradition religieuse au sens large, la volonté de remercier la ville qui les a jadis accueillis. Or si les Québécois dits de souche sont eux complètement coupés de leur passé, ou trouver l’inspiration morale, philosophique religieuse ou historique pour développer une grande tradition philanthropique ?


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Yvan Petitclerc - Montréal, le 5 juillet 2012

 
 
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