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    Expositions - Carrés rouges en prolifération

    La chambre magmatique: matricielle 2, Andrée-Anne Dupuis Bourret
    Photo: Artprim La chambre magmatique: matricielle 2, Andrée-Anne Dupuis Bourret

    La Chambre magnétique

    Andrée-Anne Dupuis Bourret

    Arprim, 372, Sainte-Catherine Ouest, espace 426, jusqu’au 26 mai

    Andrée-Anne Dupuis Bourret aborde l’espace d’exposition comme un site à occuper, une donnée physique qui doit faire partie intégrante de ses installations. L’exposition en cours chez Arprim ne fait pas exception à cette approche, même que l’artiste y va cette fois avec démesure. Les murs et le plancher de la galerie sont en effet recouverts d’une myriade de papiers pliés rouges et noirs qui s’agglutinent parfois en hauteur, comme s’ils avaient le pouvoir d’essaimer par eux-mêmes.

    L’artiste a suggéré cette autoprolifération des papiers en faisant de son oeuvre un processus ouvert qu’elle a amorcé en galerie le 21 avril et qui va se terminer avec l’exposition, dans une semaine. Si les préparatifs de cette exposition remontent à il y a deux ans, Dupuis Bourret a pourtant tenu à réaliser l’installation en elle-même sur place et à ne jamais en faire un objet totalement fini. D’ailleurs, l’installation comprend la table de travail de l’artiste, une surface où sont entre autres soigneusement empilés les papiers sérigraphiés qui font office de module, prêts à être ajoutés à la murale.


    En prolongement avec ses projets antérieurs, par exemple La débâcle exposé à la galerie Les Territoires (2010) et à la Parisian Laundry (2011), l’artiste s’intéresse toujours au paysage et à sa représentation. Cette fois, son point de départ, sa source d’inspiration, vient des jeux vidéo 8-bits, où les paysages sont montrés de façon rudimentaire, très pixellisée. L’image du volcan que l’artiste a choisie s’avère au demeurant méconnaissable, puisqu’elle en a isolé et agrandi un détail. Chaque carré de papier équivaut en quelque sorte à un pixel, un module de base que Dupuis Bourret a redéployé dans l’espace sous forme de mosaïque.


    En processus


    Malgré la structure en grille découlant du jeu vidéo, la mosaïque montre des solutions formelles non préméditées et plus organiques. Plusieurs indices attestent d’ailleurs volontairement des essais et des erreurs faits par l’artiste. À certains endroits, les carrés sont tombés par terre, laissant la gommette blanche au mur. Au sol, des carrés tracés en pointillé évoquent l’emplacement antérieur de cubes noirs qui se trouvent maintenant un peu plus loin, empilés.


    Cette autre composante de l’installation a aussi fait des petits ; certains des plus gros cubes ont été découpés par l’artiste, qui en a fait des versions réduites. Ils ont proliféré dans l’espace, comme les papiers pliés avec lesquels, d’ailleurs, ils interagissent. Ces éléments sculpturaux suggèrent avec efficacité l’envahissement de l’image dans l’espace, sa transformation en objet, comme si l’imagerie virtuelle était sortie de l’écran pour rendre palpable la représentation.


    Les traces conçues par l’artiste au sol pour témoigner du déplacement des cubes au cours de l’exposition sont un élément parmi d’autres qui insufflent à l’installation du mouvement et qui donnent à voir le processus de transformation. L’oeuvre est autant constituée par la mémoire de son état initial que par l’anticipation du travail à faire. Des ficelles tendues au mur attestent par exemple du canevas préparant d’autres actions de l’artiste. À l’exemple du jeu vidéo dont elle s’est inspirée, l’artiste conçoit une oeuvre à parcourir, une structure potentiellement interactive, du moins sur le plan perceptuel, dans laquelle le spectateur doit pratiquer son chemin.


    Oeuvre de grand impact physique, cette installation confirme également la maîtrise de l’artiste, du peaufinage de sa méthode. Le caractère processuel de l’oeuvre accentue en effet le pouvoir structurant du module, dont les configurations sont après tout infinies. Imprimé d’un motif, plié et multiplié, le module crée aussi des effets de perspective et de trompe-l’oeil ; il devient interface, saillie ou trouée.


    Le module, donc, ne fait sens, ou trouve un sens, qu’une fois mis en relation avec l’ensemble. Abstrait, il prend toutefois une connotation particulière dans le contexte actuel de la grève étudiante, dont le symbole est le carré rouge. Au dire de l’artiste, les visiteurs s’empressent de faire le rapprochement, ce qui n’est pas pour lui déplaire, au contraire. Elle-même impliquée dans le mouvement de contestation, elle voit d’un bon oeil non seulement l’ouverture sémantique de son oeuvre, mais aussi l’éloquence de l’image créée, à savoir la prolifération des carrés rouges et leur propagation dans l’espace.

    ***

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