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    Biennale internationale d'art numérique - Brûler dans le noir

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	La simplicité de la projection de la lumière est à la base de Tripwire, du duo Ashley Fure à la musique et de Jean-Michel Albert à la conception.</div>
    Photo: Conception photo
    La simplicité de la projection de la lumière est à la base de Tripwire, du duo Ashley Fure à la musique et de Jean-Michel Albert à la conception.

    Out of the Blue/Into the Black

    Ancienne École des beaux-arts de Montréal, 3450, rue Saint-Urbain, jusqu’au 3 juin.


    Artificiel Condemned_Bulbes

    Maison de la culture Frontenac, 2550, rue Ontario Est, jusqu’au 9 juin.

    Un an après que la Biennale de Montréal a ressuscité l’ancienne École des beaux-arts, l’équipe d’Elektra investit à son tour le bâtiment à l’angle des rues Saint-Urbain et Sherbrooke pour y déployer un des nombreux pans de sa nouvelle Biennale internationale d’art numérique. L’exposition Out of the Blue/Into the Black est un des meilleurs coups de l’actuelle manifestation.

    Ça prenait des Français pour trouver un titre pareil. Montée par Arcadi, l’alter ego d’Elektra à Paris, Out of the Blue/Into the Black rassemble six installations venues de la France. Six oeuvres, pour une matière commune, la lumière, et une ambiance constante, la noirceur.


    Tolérons l’outrage linguistique ; il a sa raison d’être. Venue de nulle part (« out of the blue »), la lumière pousse dans des atmosphères ensorcelantes et dans un état d’esprit de plénitude, un « into the black » rassurant. Sans début ni fin, composées de moments intenses, d’autres plus linéaires, les différentes oeuvres forment une gamme très large des possibilités optiques et captives du numérique.

     

    Théâtre d’illusions


    L’expo est à prendre comme un bon vieil air rock, dont on ne se lasse pas. Le titre est un clin d’oeil à Neil Young et à son album Rust Never Sleeps, de 1979, qui s’ouvre par My My, Hey Hey (Out of the Blue) et se ferme par sa contrepartie My My, Hey Hey (Into the Black). Par une sorte de boucle bouclée basée sur la répétition des motifs, le rockeur canadien clamait une ode aux racines de notre existence et au plaisir de se satisfaire de choses simples. Le travail numérique présenté ici repose sur les mêmes principes de la répétition et de la simplicité.


    Sur quatre étages, chaque oeuvre bénéficie de sa salle, plus ou moins insonorisée, mais bien isolée. Excepté les vidéoclips Blue Rider, du nom du mystérieux motocycliste nocturne qu’ils mettent en scène, l’ensemble des propositions découlent en une véritable occupation de l’espace. Au point où on y est désorienté, comme devant Inner Spaces, de Christian Delécluse. Et ce, malgré l’utilisation conventionnelle du miroir.


    Toutes numériques soient-elles, les oeuvres exploitent la matérialité d’une réalité bien concrète. À part encore les Blue Rider, elles dépendent d’un support qui dépasse le simple écran de projection. Ou alors celui-ci n’est que fumée, comme dans Supernova, oeuvre de Félicie d’Estienne d’Orves.


    La simplicité de la projection de la lumière est à la base de Tripwire, du duo Ashley Fure à la musique et de Jean-Michel Albert à la conception. Pourtant, l’expérience de cette installation munie d’un mur de cordes verticales est l’une des plus prenantes.


    Ici, la musique ou ses fréquences sonores déclenchent des mouvements qui varient de la légère vibration à une intense rotation. Devant ces cordes sur lesquelles tombent des jets de lumière, on assiste à un étonnant théâtre d’illusions, dont les formes et les détails semblent inépuisables. Le visiteur n’est pas non plus que spectateur. Sa simple présence, en tant que masse qui s’intercale entre le projecteur et la surface de projection, rompt toute tentative d’hégémonie.


    Les chemins blancs dans la matrice rouge, d’Oliver Ratsi, est l’autre pièce forte. Cet immense cube, dont l’intérieur renferme des éléments géométriques qui s’entrecroisent dans les airs, est au premier abord une sculpture. Mais elle est surtout une composition numérique, où son et lumière s’animent l’un et l’autre. Le clin d’oeil à un art formaliste et conceptuel s’avère être ainsi une envolée lyrique pleine de rebondissements, comme emportée par le geste instinctif d’un peintre.


    La dernière oeuvre marie également lumière et musique. A Digital Experience, du collectif Visual System - il faut croire que le monde numérique se déroule in English only -, souffre par contre d’une mise en espace plus littérale. Les différentes formes posées au sol composent un paysage urbain dont les structures s’allument, à des cadences variées certes, mais qui illustrent sans poésie la dépendance des rapports humains à l’électricité, à la machine.


    Pour ceux qui s’intéressent à un décryptage des langages numériques, le consulat français organise des visites guidées. On réserve à culture@consulfrance-quebec.org.


    Ce parcours d’oeuvres lumineuses, sonores et immersives peut être complété à la maison de la culture Frontenac. L’installation Bulbes s’offre comme une cité d’ampoules qui s’éveillent, ou s’endorment, selon des énergies invisibles, activées par des fils électriques, des ondes radio ou des champs cellulaires. Le spectacle qui en découle est imprévisible, autant sur le plan visuel que sur le plan sonore. Et nous fait prendre conscience, non sans émotion, de tous ces impondérables qui façonnent la place de chacun dans une communauté. « It’s better to burn out / Than to fade away / My my, hey hey… »













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