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Le surréalisme écrit au féminin

« L’autoportrait est une façon d’affirmer sa place, son identité »

Au pays des merveilles - Les aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis

Musée national des beaux-arts du Québec

Du 7 juin au 3 septembre 2012

Entre Los Angeles et Mexico, une exposition « avec une charge émotionnelle très forte » fera cet été un détour par la Vieille Capitale. Anne Eschapasse, directrice des expositions et des publications scientifiques du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), reste visiblement époustouflée lorsqu’elle feuillette le catalogue des oeuvres qu’elle accueillera. Et pour cause.

Québec - Au pays des merveilles regroupe pour la première fois plus de 180 toiles, photographies et sculptures de femmes ayant contribué au mouvement surréaliste au Mexique et aux États-Unis entre les années 1930 et 1970. Anne Eschapasse louange le travail de « pionnière » des commissaires du Los Angeles County Museum of Art (LACMA) et du Museo de Arte Moderno de Mexico (MAM).


Grâce à elles, un courant inconnu, voire occulté, de l’histoire de l’art refait surface. « Je pense que c’est une découverte majeure qu’on va proposer au public », exprime-t-elle. Car les femmes nord-américaines ont contribué à donner un second souffle au surréalisme grâce à une manière d’explorer l’inconscient qui leur était propre. Si le mouvement amorcé en Europe par André Breton prônait la destruction de la culture bourgeoise et valorisait la liberté intellectuelle, il cantonnait généralement le rôle de la femme à celui de muse, de fantasme ou d’objet de désir. Or les femmes se sont ensuite réapproprié cet exutoire pour se libérer de la pression du patriarcat et s’imposer en tant que créatrices. Le corps féminin et sa représentation ont alors servi à une recherche profonde sur soi.


« L’autoportrait est une façon d’affirmer sa place, son identité », explique Anne Eschapasse à propos de cette tendance importante dans le corpus. Certaines exceptions sont notoires, comme les toiles de Kay Sage, dont les paysages insolites désolés ne sont pas sans rappeler les oeuvres de son mari, Yves Tanguy, ainsi que celles de Salvador Dali. N’empêche, elles brossent toutes les écorchures d’une époque ou de la vie personnelle. « Je pense que d’aborder le traumatisme et la souffrance de façon si crue et si frontale est propre aux femmes », compare Anne Eschapasse, par rapport aux artistes masculins du mouvement surréaliste. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs été sévèrement malmenées au cours de leur existence, qu’on pense à Gerrie Gutman, brisée par le retrait de la garde de son enfant, ou Lee Miller, victime d’une agression sexuelle en bas âge.

 

Derrière l’image


L’exposition prendra bien soin d’établir cette « rencontre avec des femmes remarquables » en dédiant une section à des portraits photographiques de chaque artiste, accompagnés d’une courte biographie. Beaucoup d’information ponctuera l’exposition. « Quand on sait seulement ce qui se passe derrière, ça donne une dimension beaucoup plus forte à l’oeuvre », assure Anne Eschapasse.


Le clin d’oeil fait à l’ouvrage de Lewis Carroll n’est d’ailleurs pas anodin. « Il y a beaucoup de femmes associées à ce mouvement qui décrivaient leur parcours de vie et leur parcours artistique, notamment dans leurs écrits, comme un monde de rencontres, d’incertitudes, de voyages, de découvertes, en référence directe à l’univers d’Alice au pays des merveilles. » L’illustration la plus évidente réside dans The Tea Party : Sylvia Fein y reproduit la classique scène du thé en s’y peignant esseulée, laissant des traces dans le décor de son mari parti au front. Même si l’évocation est moins explicite chez les autres artistes, elles « s’associaient très librement à Alice, dans cet univers où justement on n’a pas de repère, où on ne sait pas où on va, où on se sent tantôt trop grande, tantôt trop petite ».


Le clou de l’exposition demeure la présentation au public québécois de cinq toiles de la célébrissime Frida Kahlo. « Il faut savoir que c’est absolument exceptionnel d’amener [des peintures de] Frida Khalo. Elle est considérée comme un trésor national au Mexique. »


Mais Anne Eschapasse refuse d’en faire une figure de proue. « Oui, c’est une porte d’entrée à cet univers surréaliste, mais j’ose espérer qu’elle va justement permettre de découvrir la richesse de ses contemporaines. »


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