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    Jaquettes et couvertures révélatrices

    Painted Theories of Modern Art Series, 1996-1998, Lorraine Oades.
    Photo: Avec la permission de SBC galerie d’art contemporain Ronald s. Diamond Painted Theories of Modern Art Series, 1996-1998, Lorraine Oades.

    Judging books by their Covers

    Galerie d’art contemporain SBC

    372, rue Sainte-Catherine Ouest

    espace 507, jusqu’au 9 juin

    Les livres imprimés sont-ils encore les véhicules privilégiés du savoir ? Depuis quel-ques années, l’apparition des livres numériques remet en perspective le rôle du support papier dans la transmission des connaissances. Le troquer pour une tablette numérique semble séduire de plus en plus de gens. Ce virage technologique met en cause la dimension matérielle des livres, dont une des principales composantes est la couverture. Une exposition collective à la galerie SBC jette un regard éloquent sur cette partie physique du livre qui, après tout, accueille et oriente le lecteur avant qu’il ait tourné une première page.

    De couvertures de livres il est en effet question dans l’exposition organisée par Peter White. Il a réuni des oeuvres de cinq artistes de générations et de provenances diverses qui représentent des couvertures de livres, que ce soit par le truchement de la photographie, de la peinture ou de la sérigraphie. Marc Joseph Berg a photographié des jaquettes de livres d’occasion qui laissent deviner l’usure et, par conséquent, la fréquentation que les lecteurs ont pu en faire. La seule couverture du livre révèle que la lecture est une pratique ; le contenu et le sens de l’ouvrage ne sont pas fixés à tout jamais, mais ils sont chaque fois activés par le lecteur.


    Les photos de Berg — il s’agit de quelques exemples puisés dans une série plus large intitulée New and Used — incitent à observer le lettrage, le graphisme et l’iconographie qui habillent les couvertures, ce que partagent évidemment toutes les autres oeuvres de cette exposition. Pour ses peintures à la goua-che, Gayle Johnson s’est d’ailleurs inspirée de stéréotypes féminins qui illustrent les pages frontispices des romans de gare. Attentive à cette iconographie, l’artiste souligne qu’elle constitue une entrée en matière on ne peut plus explicite sur des histoires où les femmes sont traitées comme des objets de désir.

     

    Bibliothèques personnelles


    À défaut de donner accès au contenu même des livres, ces oeuvres accentuent le rôle de la couverture en en faisant justement la représentation et en maintenant donc le regard sur elle. L’image est ici pensée en termes de texte dont les codes n’ont rien d’innocent. Outre les éléments graphiques qui sont bidimensionnels, il y a l’épaisseur du livre qui compte aussi. Lorraine Oades n’a pas voulu sacrifier cet aspect physique pour ses tableaux dont les canevas s’avancent dans l’espace affirmant ainsi leur qualité d’objet, comme des livres.


    L’artiste a peint, surtout, des couvertures de livres jalonnant l’histoire de l’art moderne. Ces livres recopiés en peinture à partir de modèles bien réels prouvent que l’avancée des peintres modernes dans l’abstraction au xxe siècle s’est accompagnée d’une inflation du discours sur la peinture elle-même. C’est comme si Oades redonnait à la peinture sa primauté face au discours, bien qu’elle reconnaissance cette tendance à la réflexivité — la peinture à propos de la peinture - qui a cours depuis la modernité artistique.


    Cette série intitulée Painted Theories of Modern Art rappelle une autre exposition qui avait les livres pour sujet. Dans Tractatus Logico-Catalogicus, présentée au centre Vox à l’automne 2008, c’est en fait le catalogue d’exposition qui était ausculté. Le commissaire et artiste Klaus Scherübel, avec les oeuvres d’une dizaine d’artistes, avait montré le rôle de médiation, de légitimation, de diffusion ou de substitution du catalogue en regard des oeuvres d’art. L’actuelle exposition chez SBC embrasse plus large et, en raison de cela, pourrait passer pour avoir moins d’acuité. Par contre, la notion qui pointe davantage dans cette exposition est celle de collection ou encore celle de bibliothèque.


    Les tableaux d’Oades constituent en effet un ensemble d’ouvrages que l’artiste a consultés et qui composent donc l’arrière-plan de ses réflexions comme artiste. Les oeuvres de Hans-Peter Feldmann et de R. B. Kitaj partagent cette référence à la bibliothèque personnelle. Le commissaire Peter White fait d’ailleurs référence à l’essai de Walter Benjamin Je déballe ma bibliothèque, dans lequel le philosophe valorisait la présence physique des livres, de potentiels déclencheurs par lesquels s’approprier le savoir et son existence personnelle.


    En passant de l’ouvrage pris isolément à la collection montrée en général, les oeuvres esquissent une sorte de portrait de la personne ou du propriétaire. Il en est ainsi de Hans-Peter Feldmann, qui a photographié les étagères généreusement garnies de sa bibliothèque. La reproduction presque grandeur nature permet de lire les titres sur le dos des livres et de se faire une idée de la collection de l’artiste qui, en optant pour une image en noir et blanc, tient néanmoins le réel à une certaine distance. Finalement, les sérigraphies des années 1960 de R. B. Kitaj donnent à voir de fidèles reproductions de couverture de livres qu’il possédait et par lesquels il révélait ses goûts pour les écrits, entre autres, de Gorki et de Yeats.


    Soulignons en terminant que de la grande visite des États-Unis est attendue dans le cadre de cette exposition. L’artiste de réputation internationale Martha Rosler tiendra une conférence à propos de son projet Martha Rosler Library qui, entre 2005 et 2009, dans huit villes dont Paris et New York, a consisté à exposer et à ouvrir à la consultation sa collection de 7800 livres. La conférence aura lieu le 14 mai à 18h au Musée McCord.

    Painted Theories of Modern Art Series, 1996-1998, Lorraine Oades. Bookshelves, 1999, Hans-Peter Feldmann












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