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    Le monde foisonnant de Patrice Duhamel

    Patrice Duhamel, Sans titre, vers 2003-2004, tracé au carbone, autocollant et résine sur papier, 38 x 50,5 cm<br />
    Photo: Sébastien Cliche Patrice Duhamel, Sans titre, vers 2003-2004, tracé au carbone, autocollant et résine sur papier, 38 x 50,5 cm
    Le catalogue des vents qui ont soufflé
    Patrice Duhamel
    Centre d'art et de diffusion Clark
    5455, avenue de Gaspé
    Jusqu'au 14 avril
    Dessin, vidéo et musique, mais aussi écriture et commissariat, ont simultanément été pour Patrice Duhamel des moyens pour traiter des rapports de l'humain avec les autres et le monde. L'exposition Le catalogue des vents qui ont soufflé restitue le foisonnement et l'hétérogénéité de cet univers que le centre Clark cherche à faire connaître davantage par une sélection d'œuvres couvrant presque dix ans de pratique.

    Cette exposition fait partie des événements en hommage au travail de Patrice Duhamel, décédé en 2008 à l'âge de 38 ans des suites de complications liées au diabète. Aussi, l'exercice de la «rétrospective» était délicat et aurait pu tomber dans le pathos, ce que les proches de l'artiste jouant le rôle de commissaire collectif — Mathieu Beauséjour, Catherine Bolduc, Sébastien Cliche, D. Kimm, Charles Guilbert et Bernard Schütze — ont su éviter avec justesse.

    Malgré la réception positive de son vivant, le travail de Patrice Duhamel reste aujourd'hui encore méconnu. L'entreprise de diffusion menée par ses amis et Clark, centre où il a été membre pendant 10 ans, arrive à point nommé pour faire valoir, avec un recul salutaire, la pertinence de cette production qui frappe surtout par sa sensibilité et sa grande ouverture à l'expérimentation.

    Rapports affectifs

    L'exposition se partage en trois espaces constitués d'une installation vidéo, d'un cabinet mêlant carnets de notes et musique et d'une salle de dessins. Pour la disposition générale des oeuvres et la coloration des murs, les commissaires sont restés fidèles aux goûts et à la vision de l'artiste, ressuscitant une manière de faire qui aurait été la sienne. Dictée par leur proximité avec l'artiste, cette approche des commissaires a permis de ménager les risques et a l'avantage de faire valoir son travail dans une continuité, disons, naturelle.

    Bien qu'elle n'amorce pas l'exposition, la salle réservée aux dessins ouvre sur tous les enjeux abordés par l'artiste et constitue une pièce de résistance en soi. La représentation du corps y est récurrente, figure par laquelle sont exposés les rapports affectifs, souvent douloureux et angoissants, entre humains, qui se déclinent aussi bien sous la forme de la rencontre que sous celle de l'isolement, des états forcés ou désirés. Le montage des dessins en mosaïque répond aux corps fragmentés habitant chacune des surfaces dont la facture est faite de traits discontinus, de vides et de matériaux variés (papiers autocollants et résine).

    Bien que les dessins n'apparaissent dans le travail de Duhamel qu'à partir de 2001, ils sont inséparables du reste de la production que les commissaires ont d'ailleurs voulu montrer jusque dans les ferments de la création, sans outrepasser la limite que l'artiste avait lui-même tracée entre les sphères privée et publique de son travail. La section intitulée «Le cabinet», réunissant des carnets de notes et des esquisses, agit en ce sens, reprenant un mode de présentation déjà choisi par l'artiste, par exemple en 2007 chez Clark dans l'exposition collective L'oreille dans l'oeil.

    Le présentoir actuel est élargi, incluant davantage de documents, pêle-mêle, et des bandes musicales réalisées par l'artiste en groupe et en solo, disques à l'état de maquettes ou édités. Il est possible de les écouter tout en feuilletant les carnets, qui se font les témoins d'une pensée en action, décousue et consistante à la fois. Il ne vient même pas à l'idée de déterminer si, dans le détail, ce matériel est intéressant ou non, tant l'objectif semble plutôt de mettre en contact le spectateur avec l'intensité créatrice de Duhamel et la part la plus intime de son travail.

    Oeuvres vidéographiques

    Le cabinet est mis entre parenthèses par deux moniteurs diffusant des vidéos et est surmonté d'un dessin mural, reconstitué par un des commissaires. De toute évidence, la signification circulait entre les médiums empruntés par l'artiste, qui nourrissait ainsi sa réflexion sur les mises en relation de l'humain avec le monde et les autres, comme le donne à voir autrement l'installation vidéo Le camp (2007), réservée à la troisième section de l'exposition. Dans la double projection, la caméra balaie latéralement l'espace pour montrer des personnages absorbés dans leurs pensées. Leurs gestes silencieux sont obstinément dépourvus de finalité.

    Par fractionnement et décalage, la vidéo accentue la présence des cloisons physiques et psychologiques avec lesquelles sont aux prises les personnages. Dans cette oeuvre, comme ailleurs dans le travail de Duhamel, la gravité côtoie les maladresses et les petits déréglages humains, qui eux portent parfois à sourire. Bien que l'exposition accorde une place de choix aux dessins, la vidéo occupe une place centrale dans le corpus de l'artiste. Dans le catalogue publié pour l'occasion, la première monographie sur l'artiste, les oeuvres vidéo font justement l'objet d'une analyse détaillée par l'artiste Charles Guilbert. C'est à son travail vidéo avec Serge Murphy qu'on ne peut d'ailleurs pas s'empêcher de penser en regardant les oeuvres de Duhamel.

    En supplément de l'exposition, les commissaires ont également participé jeudi dernier, dans le cadre du Festival international du film sur l'art (FIFA), à une programmation des oeuvres vidéographiques de l'artiste. La projection a été suivie du lancement par Vidéographe du DVD rétrospectif réunissant dix oeuvres vidéo et des extraits de sept installations. Avec cette compilation vidéo, ceux qui ont connu Patrice Duhamel complètent une documentation pour préserver de l'oubli un oeuvre qui voulait éclairer les esprits sur l'absurdité de l'existence.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Patrice Duhamel, Sans titre, vers 2003-2004, tracé au carbone, autocollant et résine sur papier, 38 x 50,5 cm<br />
Patrice Duhamel, Le camp (extrait), 2007, installation vidéo, projection double<br />












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