Photographie - Les oeuvres très Net de Jon Rafman
L'artiste montréalais revoit le monde de Google Street View
Sur la base de l'immense répertoire d'images offert par le projet Google Maps Street View, on trouve désormais quelques artistes qui proposent des captures d'écran recadrées et transformées en oeuvres d'art. C'est ce que propose le travail du Montréalais Jon Rafman, né en 1981, dont les oeuvres très Net sont présentées ces jours-ci au centre VU à Québec.
L'an passé, Rafman était invité à exposer son travail aux Rencontres internationales de photographie à Arles (France), un des plus importants événements du genre. Dans ce cadre, Rafman s'est trouvé parti prenante de From Here On, un manifeste iconoclaste qui met de l'avant une liberté totale dont des artistes comme lui se réclament aujourd'hui face aux images qui circulent sur certains canaux du Web. Plutôt que d'être en prise directe avec le réel, Rafman est de ceux qui réclament le droit d'un regard indirect à travers l'éther du Net.
Ce brouillage des références par rapport à la photographie traditionnelle fascine aujourd'hui même des photographes réputés comme le Britannique Martin Parr, par ailleurs un anticonformiste notoire. Après tout, Jon Rafman est-il photographe, lui qui ne manipule jamais un appareil photo? Est-ce donc la mécanique de la photographie qui assure son existence, ou plutôt le résultat obtenu par l'un pu l'autre procédé de cadrage?
Possibilités infinies
Rafman ne se considère pas du tout comme un photographe, précise le centre VU. À l'heure du coupé-collé-remixé-téléchargé, il appartient à une génération pour qui, selon le manifeste From Here On, «les possibilités sont infinies» puisque nous avons «Internet gorgé d'inspiration». Est-ce là une simple vue de l'esprit, un simple jeu rhétorique?
Google Maps Street View est un dispositif qui, à la différence de l'oeil du photographe, enregistre automatiquement tout ce qui se présente à lui, sans donner de sens par un cadrage particulier. L'artiste qui décide d'isoler une image de cette matière brute, de l'agrandir, de la recadrer opère quant à lui, à la manière de tout photographe, un choix.
La richesse des images qui résultent du travail de Jon Rafman est incontestable. Voici un jeune garçon caché derrière une poubelle, une prostituée qui sort d'un camion-remorque, une bête sauvage paniquée au milieu d'une route, un étrange coucher de soleil avalant une scène de banlieue, et quoi d'autre encore? D'un univers en apparence pauvre, celui d'un oeil mécanique, Rafman sait tirer des richesses dans lesquelles il se met lui-même en scène, évoquant dans une vidéo volontairement kitsch les dérives esthétiques auxquelles donne lieu Internet.
Dans l'historie de la photographie, l'accumulation d'oeuvres anonymes a pu finir par constituer des ensembles significatifs. Marin Parr, un des commissaires de l'exposition à Arles, a su par exemple accumuler une impressionnante collection de photos de cartes postales aux couleurs saturées dont l'ensemble restitue au final le climat même d'une époque et d'un monde social.
Aujourd'hui, il est évident que des artistes comme Jon Rafman, en explorant des aspects nouveaux de la technologie, font reculer les limites de la photographie par l'intervention d'un oeil intermédiaire qui, à l'évidence, demeure toujours moins vif que celui de l'oeil humain, fût-il celui d'un photographe qui affirme ne pas l'être.
L'an passé, Rafman était invité à exposer son travail aux Rencontres internationales de photographie à Arles (France), un des plus importants événements du genre. Dans ce cadre, Rafman s'est trouvé parti prenante de From Here On, un manifeste iconoclaste qui met de l'avant une liberté totale dont des artistes comme lui se réclament aujourd'hui face aux images qui circulent sur certains canaux du Web. Plutôt que d'être en prise directe avec le réel, Rafman est de ceux qui réclament le droit d'un regard indirect à travers l'éther du Net.
Ce brouillage des références par rapport à la photographie traditionnelle fascine aujourd'hui même des photographes réputés comme le Britannique Martin Parr, par ailleurs un anticonformiste notoire. Après tout, Jon Rafman est-il photographe, lui qui ne manipule jamais un appareil photo? Est-ce donc la mécanique de la photographie qui assure son existence, ou plutôt le résultat obtenu par l'un pu l'autre procédé de cadrage?
Possibilités infinies
Rafman ne se considère pas du tout comme un photographe, précise le centre VU. À l'heure du coupé-collé-remixé-téléchargé, il appartient à une génération pour qui, selon le manifeste From Here On, «les possibilités sont infinies» puisque nous avons «Internet gorgé d'inspiration». Est-ce là une simple vue de l'esprit, un simple jeu rhétorique?
Google Maps Street View est un dispositif qui, à la différence de l'oeil du photographe, enregistre automatiquement tout ce qui se présente à lui, sans donner de sens par un cadrage particulier. L'artiste qui décide d'isoler une image de cette matière brute, de l'agrandir, de la recadrer opère quant à lui, à la manière de tout photographe, un choix.
La richesse des images qui résultent du travail de Jon Rafman est incontestable. Voici un jeune garçon caché derrière une poubelle, une prostituée qui sort d'un camion-remorque, une bête sauvage paniquée au milieu d'une route, un étrange coucher de soleil avalant une scène de banlieue, et quoi d'autre encore? D'un univers en apparence pauvre, celui d'un oeil mécanique, Rafman sait tirer des richesses dans lesquelles il se met lui-même en scène, évoquant dans une vidéo volontairement kitsch les dérives esthétiques auxquelles donne lieu Internet.
Dans l'historie de la photographie, l'accumulation d'oeuvres anonymes a pu finir par constituer des ensembles significatifs. Marin Parr, un des commissaires de l'exposition à Arles, a su par exemple accumuler une impressionnante collection de photos de cartes postales aux couleurs saturées dont l'ensemble restitue au final le climat même d'une époque et d'un monde social.
Aujourd'hui, il est évident que des artistes comme Jon Rafman, en explorant des aspects nouveaux de la technologie, font reculer les limites de la photographie par l'intervention d'un oeil intermédiaire qui, à l'évidence, demeure toujours moins vif que celui de l'oeil humain, fût-il celui d'un photographe qui affirme ne pas l'être.








