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    Expositions - Sur les cendres d'une buanderie

    18 février 2012 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Une vue générale de l’œuvre de Michael Jones McKean. Avec la permission de la Parisian Laundry.<br />
    Photo: Guy l’Heureux Une vue générale de l’œuvre de Michael Jones McKean. Avec la permission de la Parisian Laundry.
    The Gilded Scab
    Michael Jones McKean
    Concessionnaire
    BGL
    Parisian Laundry, 3550, rue Saint-Antoine Ouest
    Jusqu'au 25 février
    Dans le réseau parfois un peu blasé des galeries et centres d'artistes, donner rendez-vous à l'expérimental et l'inattendu est de plus en plus difficile. Or il existe un endroit qui n'en manque pas une pour nous déboussoler. Et c'est dans le fin fond d'une galerie privée de Saint-Henri, la Parisian Laundry, qu'on le retrouve.

    On le désigne par un très approprié «bunker». Et c'est là, dans ce cube souterrain pas si blanc que ça, mais bien à l'abri des visiteurs apathiques, ceux-là qui ne font que passer, qu'on plonge dans des propositions hors marché, hors échelle, hors de tout confort. L'artiste invité à s'y produire en ce début d'année, l'États-Unien Michael Jones McKean, était tout destiné pour ce lieu. Le bunker, avec ses parois usées et ses hauts plafonds, appelle des projets in situ, et le résidant de Richmond (dans l'État de Virginie) pratique le genre depuis longtemps.

    Peu connu de ce côté-ci de la frontière, bien diffusé à l'échelle internationale, Michael Jones McKean était de la dernière Manif d'art de Québec, en 2010. S'il est passé inaperçu, c'est que son projet avait un degré de complexité qui cadrait mal avec une biennale rythmée par des visites au pas de course. Il n'a pas échappé, par contre, à Jeanie Riddle, la directrice de la Parisian Laundry, qui lui a ensuite proposé d'investir le bunker.

    Entre lyrisme et minimalisme

    The Gilded Scab, titre de l'actuel projet, est une installation plus horizontale que verticale, ce qui étonne déjà, vu la hauteur des plafonds. L'ensemble a des airs de plateforme muséale, bien chromée, et on la parcourt comme si elle avait été aménagée à même un site archéologique.

    Trois parties, trois «arrêts», ponctuent l'ensemble, et chacun a ses éléments, son dispositif de présentation. Un muret rose, avec le moule d'un torse féminin, à l'une des extrémités. Au milieu, une vitrine à l'intérieur de laquelle reposent six urnes à la surface noircie et rugueuse, matière qui se trouve aussi ailleurs. Enfin, à l'autre extrémité, un assemblage plus éclaté, de nature surréaliste — un bras en plâtre suspendu, une paire de pantalons, une structure végétale coulée dans le métal. Le tout est relié par des tiges similaires à celles qui servent de barrière de protection dans les musées.

    The Gilded Scab n'est pas une oeuvre narrative au récit clair et net, au propos historique ou politique. Elle propose plutôt une envolée poétique, entre lyrisme et minimalisme, dont les codes et les références sont volontairement nébuleux. À la manière d'une Valérie Blass, une des artistes phares de la galerie, McKean mélange les matériaux et les manières de les exploiter. Dans The Gilded Scab, on retrouve du bois (à l'état presque brut), de la terre, de l'acier poli, du caoutchouc, de la peinture, de l'aluminium (des morceaux ayant l'apparence d'objets trouvés), du verre, du tissu, du poil (pour le réalisme du bras), du plastique, etc.

    Aussi, l'occupation de l'espace, travail inhérent à une démarche in situ, se fait chez McKean de façon très large. L'oeuvre de la Manif, The Constellation of Wood..., consistait d'abord et avant tout dans l'achat par l'artiste d'un boisé en Abitibi de 50 acres.

    Dans l'ancienne buanderie, l'occupation n'est pas que spatiale. The Gilded Scab, qui pourrait être traduit par «croûte dorée», évoque le passage du temps, le recyclage des bâtiments et les vocations changeantes d'un quartier, jadis ouvrier et industriel, aujourd'hui convoité par les gens d'argent. La croûte peut être dorée, comme la Parisian Laundry une fois devenue galerie chic, mais elle ne peut renier son passé. La couche noire et épaisse qui recouvre une partie de l'installation de Michael Jones McKean en est sa métaphore la plus forte. Voilà les cendres sur lesquelles le présent se bâtit.

    Manque de raffinement

    Un mot, sinon, sur la principale exposition en cours dans la galerie, Concessionnaire de BGL. Irrévérencieux et critique à l'égard de la facilité, sacro-saint de l'art au Québec, le collectif vient-il de se heurter à un mur avec une série portée par l'esthétique du morcellement et de l'effritement? Objets disparates, prêts à séduire la clientèle de la Parisian, essais en deux dimensions (plus vendeurs?), les oeuvres exposées manquent de raffinement. Ou elles en ont trop, qui sait? Entre des compositions s'abreuvant dans du matériel porno et un hommage à Borduas, le doute s'installe. Il faudra voir comment ça se traduira, à l'avenir, dans des projets plus complexes.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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