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Feininger révèle ses mille facettes à Montréal

Isabelle Paré   19 janvier 2012 10h35  Arts visuels
Carnaval à Arcueil<br />
1911<br />
The Art Institute of Chicago ; Joseph Winterbotham Collection 1990.119<br />
Photo : Succession Lionel Feininger/SODRAC
Carnaval à Arcueil
1911
The Art Institute of Chicago ; Joseph Winterbotham Collection 1990.119

À retenir

Lyonel Feininger connaît sa première rétrospective posthume au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), à l’occasion d’une exposition plurielle qui rend hommage tant à la peinture, au dessin qu’à la musique de cet artiste multitalentueux.

Lyonel Feininger n’entamait jamais une journée sans jouer une sonate de Bach au violon. «Mon grand-père disait souvent que chaque journée devrait commencer avec Bach», a confié son petit-fils Tomas, présent hier à l’inauguration au MBAM de l’exposition Lyonel Feininger, de Manhattan au Bauhaus.

Pour la première fois depuis la mort de Feininger en 1956, et depuis l’exposition que lui a consacré le Museum of Modern Art (MoMA) en 1944, l’œuvre de Feininger renaîtra dès le 21 janvier à Montréal, accompagnée du rythme des fugues et de la musique que le peintre a adulées toute sa vie, jusqu’à en faire l’essence de sa propre peinture.

Le MBAM n’aurait pu rêver d’un artiste plus approprié pour incarner son nouveau virage visant à fusionner les arts à la musique, poussé à son paroxysme depuis la construction de la nouvelle salle de concert Bourgie.

Bédéiste avant l’heure, illustrateur de renommée internationale, peintre expressionniste, mais aussi musicien accompli: le parcours éclaté et richissime de Lyonel Feininger incarne jusqu’au bout le nouveau credo insufflé à l’institution par la directrice Nathalie Bondil. Feininger lui-même se plaisait à dire que ses tableaux «contenaient des sons».

Quête pour une fugue

Amoureux de Bach, Feininger s’est inspiré de la musique pour structurer la forme même de ses propres tableaux, tentant de transposer à la peinture les lois formelles de la fugue. Sa recherche le poussera même à composer, à l’âge de 50 ans, 12 fugues, expression ultime de sa quête pour traduire l’art du contrepoint dans ses toiles. Cette facette majeure de l’œuvre de Feininger sera au cœur du parcours de l’exposition, dotée d’un salon de musique où seront réunis les tableaux du peintre et les fugues de Bach, de Chostakovitch et... de Feininger.

Selon Nathalie Bondil, directrice du MBAM, cette exposition multiforme redonne à l’artiste la place qui lui revient dans l’histoire. «Le musée veut rétablir la place injustement oubliée d’une figure majeure de l’expressionnisme et du Bauhaus. Feininger formait un trio avec Paul Klee et Wassily Kandinsky», a-t-elle rappelé hier.

Un artiste hors-norme

Surtout connu en Allemagne, Feininger est pourtant né à New York, où il a mené dans la vingtaine une fructueuse carrière d’illustrateur. Considéré comme l’un des pères de la bande dessinée, il publie ses dessins dans de nombreux journaux allemands, ainsi que dans le Chicago Tribune et le New York Herald. Mais après un séjour à Paris, stimulé par sa rencontre de l’avant-garde artistique, il abandonne à 35 ans sa brillante carrière pour se consacrer à la peinture.

L’exposition comprend toute une série de ses illustrations, de ses croquis de jeunesse et de ses bandes dessinées, ainsi que des objets-jouets créés pour ses propres enfants.

Influencé par le cubisme, le peintre se joint en 1913 au groupe expressionniste allemand de Munich et devient, dès 1919, professeur au sein de la fameuse école du Bauhaus. «Il a été le premier peintre à se joindre au mouvement Bauhaus et a même illustré la page couverture du manifeste du Bauhaus. Pendant le régime nazi, ses œuvres seront retirées des musées et il se sentira personnellement persécuté en raison de sa femme qui est juive», a expliqué hier Barbara Haskell, commissaire de cette exposition et conservatrice au Whitney Museum of American Art.

En 1937, Feininger et sa famille fuient l’Allemagne et retournent à New York, où âgé de 65 ans, l’artiste repart à zéro. Son œuvre sera lentement redécouverte, notamment grâce à la rétrospective que lui consacre le MoMA en 1944. Il mourra à 85 ans, en 1956.

Produite par le Whitney Museum of Art, l’exposition est bonifiée à Montréal de quelque 150 œuvres supplémentaires, dont 53 photographies de son fils, Andreas Feininger, artiste majeur de la photographie moderne (photoreporter pour le magazine LIFE). Les œuvres d’Andreas, qui trahissent l’influence laissée par l’école du Bauhaus — où il a grandi quand son père y était l’une des figures majeures —, sont tirées d’un lot de 287 œuvres données l’an dernier au MBAM par la famille Feininger, maintenant établie au Canada.

Des lettres, des aquarelles et des documents inédits, aussi prêtés par la famille, ainsi que le second violon de l’artiste — qui trône au cœur du salon de musique —, ponctuent le parcours de l’exposition dédiée à cet artiste singulier.

Dès vendredi, des concerts, précédés d’une visite commentée de l’exposition, offriront au public une compréhension complète de l’œuvre de l’artiste et de l’art de la fugue.

«Feininger sera ainsi joué pour la première fois au Canada. Ce qui est fascinant, c’est qu’il était un parfait autodidacte de la composition. Il s’est intéressé à la fugue après avoir reçu une fugue comme cadeau d’anniversaire pour ses 50 ans!», a expliqué hier Ysolde Lagacé, directrice artistique de la Fondation Arte Musica et responsable de la programmation musicale de la salle Bourgie.

Du 20 janvier au 20 avril, le MBAM présentera en effet, en parallèle à cette exposition, un programme musical complet qui culminera par le festival Une fugue au Musée (9 au 11 mars), où sera entre autres présentée l’intégrale du Clavier bien tempéré de Bach.

Carnaval à Arcueil<br />
1911<br />
The Art Institute of Chicago ; Joseph Winterbotham Collection 1990.119<br />
Le Pont vert II <br />
1916<br />
North Carolina Museum of Art, Raleigh ; gift of Mrs. Ferdinand Möller<br />
Émeute<br />
1910<br />
The Museum of Modern Art, New York ; gift of Julia Feininger 257.1964<br />
Pont, personnages et maisons<br />
Année 20, année 40<br />
Moeller Fine Art, New York et Berlin<br />
Jésuites III<br />
1915<br />
Collection particulière<br />
New York 1871 – New York 1956<br />
The Kin-der-Kids<br />
The Chicago Sunday Tribune, 29 avril 1906<br />
<br />
The Museum of Modern Art, New York . <br />
Nuée d’oiseaux<br />
1926<br />
Harvard Art Museums, Busch-Reisinger Museum, Cambridge, Massachusetts ; purchase in memory of Eda K. Loeb BR50.414<br />
Baigneurs sur la plage I<br />
1912<br />
Harvard Art Museums, Busch-Reisinger Museum, Cambridge, Massachusetts ; Association Fund BR54.7<br />
 
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    19 janvier 2012 08 h 08
    Quel contraste!
    Quel contraste entre la période illustration de son oeuvre et ces tableaux épurés, presque abstraits de la fin de sa carrière.

    Pour ma part je préfère de beaucoup ces derniers. Celui sur la mer en première page du journal papier d'aujourd'hui est vraiment très beau.

    Mais c'est la première période qui retiendra l'attention, évidemment.

    Rendre la musique en peinture ou illustrer la musique? Cela est bien différent.

    La peinture peut être organiquement musique sans que cela soit délibéré.
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  • camelot - Inscrit
    19 janvier 2012 11 h 15
    Chapeau
    À Mme Biondi. Elle ne cesse de m'étonner exposition après exposition. Le MBAM n'a jamais été aussi vivant. Remarquable.
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