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    Se ressembler

    8 octobre 2011 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    Six Russians Eating Ice Cream, 2010, d’Adad Hannah<br />
    Photo: Adad Hannah Six Russians Eating Ice Cream, 2010, d’Adad Hannah
    Les Russes
    Adad Hannah
    Galerie Pierre-François Ouellette art contemporain
    372, rue Sainte-Catherine, espace 216
    Jusqu'au 22 octobre
    Avec l'exposition en cours à la galerie Pierre-François Ouellette, l'artiste foule un terrain qu'il a moins fréquenté, bien qu'il maintienne encore le dispositif du tableau vivant, comme le confirme la série d'écrans accrochés au mur. Ces images en mouvement constituent une collection de portraits pris en Russie, où l'artiste a voyagé à l'été 2010. L'attention se tourne ainsi sur les personnes, des étrangers qu'Hannah a rencontrés à Saint-Pétersbourg et dans la compagne environnante.

    Les portraits, une personne seule, en couple ou un groupe, composent une galerie de personnages ordinaires captés vraisemblablement dans leur quotidien immédiat. Pour aller à la rencontre de ces gens, l'artiste a donc mené un travail de terrain qui emprunte sa démarche à la pratique du documentaire. Il dit d'ailleurs s'être inspiré des travaux du photographe Prokudin-Gorskii, dont les images en couleurs constituent un témoignage unique de la Russie impériale du début du XXe siècle.

    Mise en scène

    Sans renouveler le genre du portrait capté «au naturel», Adad Hannah en accentue un aspect insolite, quoiqu'évident. Les vidéos, d'une durée moyenne de cinq minutes, montrent chacune des personnes occupées à se ressembler. Tenir la pose si longtemps, un peu comme les vieux appareils photo le requéraient, implique en effet de prendre conscience de faire une image, une image de soi projetée pour le regard de l'autre. La caméra de l'artiste maintient un plan fixe qui enregistre cet élan et le rend perceptible au cours de la séquence filmée par de légères défaillances qui se produisent dans la pose, tels le regard qui erre, la hanche qui se relâche ou la main qui tremble.

    Bien que saisies dans leur cadre naturel, les personnes sont d'ores et déjà définies par le dispositif qui fait apparaître toutes les poses, même les plus banales, comme un élément de mise en scène. À la différence de plusieurs des oeuvres de l'artiste qui reposaient sur la citation de modèles, mais à l'exemple d'oeuvres plus anciennes consacrées aux membres de sa famille, les personnages dans la série actuelle jouent leur propre rôle. C'est ainsi que, même affranchi d'une source à reconstituer, Adad Hannah compose des tableaux, situant ses personnages dans la fiction de leur quotidien et d'eux-mêmes.

    Ce sont pour la plupart des scènes extérieures qui dépeignent l'insouciance de personnes dans des moments de loisir, en train de pique-niquer ou de jouer de la guitare. Une seule image montre des ouvriers au travail tandis qu'une autre s'arrête sur un toxicomane allongé sur un banc en apparence trop petit pour son corps marqué par la misère, mais qui s'abandonne devant la caméra. Par la dureté de sa réalité, cette image est un prélude aux oeu-vres qui se trouvent dans la salle du fond.

    Il s'agit de photographies — qui tranchent, du reste, avec les autres photos de l'expo, une série de portraits de soldats dont on voit mal la pertinence de les présenter ici — de scènes intérieures prises chez des gens issus d'un milieu modeste. Ces images font un peu dans le misérabilisme, mais tentent surtout de maintenir l'ambiguïté provoquée par les tableaux vivants dont le plus grand mérite est de ne pas alimenter une représentation bucolique et homogène que le titre, Les Russes, laissait présager.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Six Russians Eating Ice Cream, 2010, d’Adad Hannah<br />
Young Couple at a Playground, 2010, d’Adad Hannah<br />












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