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    Arts visuels - Sur la route 132

    13 août 2011 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Bertrand Carrière, Croix, Rivière-à-Claude, Gaspésie, Québec, 2010<br />
    Photo: Bertrand Carrière Bertrand Carrière, Croix, Rivière-à-Claude, Gaspésie, Québec, 2010
    Après Strand
    • Bertrand Carrière
    • Musée régional de Rimouski, 35, rue Saint-Germain Ouest, Rimouski, et Jardins de Métis, Métis
    • Jusqu'au 2 octobre.
    • www.museerimouski.qc.ca.
    Re ou les autres histoires
    • Sarah Bertrand-Hamel
    • Caravansérail, 274, avenue Michaud, Rimouski
    • Jusqu'au 11 septembre.
    Ses projets autour des vestiges des guerres l'ont emmené en France, où il a photographié les bunkers, les champs de bataille, les plages normandes. Et voilà que Bertrand Carrière s'arrête en Gaspésie, où il a produit des images moins douloureuses, mais tout aussi sensibles au sort de l'humain, des images qui font écho à celles du grand photographe américain Paul Strand (1890-1976).

    Photographe paysagiste, préoccupé par la mémoire et les traces d'histoire(s), Bertrand Carrière expose à Rimouski et à Métis un corpus tiré d'un voyage réalisé en Gaspésie en 2010. Une quarantaine d'images, dont quelques portraits, chose rare chez lui, composent un ensemble où se côtoient passé et présent, nature et humanité, bâtiments délabrés et visages pleins de vie.

    De Sainte-Flavie, «la porte de la Gaspésie» à Carleton-sur-Mer, à l'autre bout, sur les rives de la baie des Chaleurs, Carrière a longé le littoral, errant comme un flâneur motorisé. Il s'est fié à ce que lui offrait la route 132. La mer, bien sûr, incontournable, mais aussi les poteaux électriques et les maisonnettes sur le bord du chemin forment le coeur des images.

    Avec ce projet, l'artiste natif d'Ottawa est parti, en quelque sorte, à la recherche de cette région telle que l'avait vue un de ses prédécesseurs, l'illustre Paul Strand. Le titre de cette expo du Musée régional de Rimouski, signée de son directeur Frank Michel, le dit bien: Après Strand.

    Figure-clé du modernisme en photographie, par sa manière brute et frontale de regarder le monde, Strand a visité deux fois la Gaspésie, en 1929 et en 1936. Les images qu'il en a tirées, qui exploitent l'opposition entre ciel, mer et terre, sont perçues par les historiens de l'art comme un renouvellement de la photographie de paysage.

    «Cette partie déshéritée du Québec a offert à Strand une vision de la vulnérabilité de l'homme, dans les limites de cet espace précaire entre les masses mouvantes du ciel et de l'océan», écrivait en 1987 Max Haworth-Booth, alors conservateur au Victoria and Albert Museum de Londres.

    Bien sûr, l'exercice aurait été fort simple, et fastidieux, de tenter de reproduire, près de 80 ans plus tard, les mêmes scènes. Bertrand Carrière s'en abstient, excepté à deux ou trois occasions. Celles-ci lui servent néanmoins à rappeler ces jeux comparatifs qui parsèment l'histoire de la photographie et lui permettent de se montrer redevable d'une longue tradition.

    Paul Strand a inspiré les Walker Evans et Robert Frank, voire notre Gabor Szilasi — celui-ci admet avoir été marqué, peu avant d'entamer son travail dans Charlevoix, par la série sur les îles Hébrides, au large de l'Écosse, visitées par Strand (voir la monographie de Szilasi, L'Éloquence du quotidien). Reste que le corpus gaspésien de Carrière a quelque chose de l'approche sociologique de Szilasi.

    L'expo est divisée en deux volets, l'un au musée rimouskois, l'autre aux Jardins de Métis, avec lesquels l'équipe de Frank Michel collabore de plus en plus. Passons rapidement sur la seconde partie, qui est davantage une antenne en terre gaspésienne de cet Après Strand, ou son résumé.

    L'accrochage au Musée, plus complet, maximise l'espace et s'offre comme un «panorama fictif», selon les mots du commissaire, de la virée de l'artiste. La route 132 dicte le corpus et apparaît dès lors, entre les deux pôles de la Gaspésie, comme le principal indice de l'aménagement du territoire, comme le protagoniste central de l'histoire d'une région.

    «Quand Paul Strand partit en Gaspésie, rappelle dans son texte Frank Michel, la route venait d'être carrossable, ce qui lui permit de parcourir la péninsule avec plus de facilité. La route a certainement influencé sa documentation du territoire.»

    Comme dans le cas de Bertrand Carrière. Cependant, son corpus se distingue de celui de Strand par le format des images, légèrement plus grand, et bien sûr par la couleur, ce dont il n'abuse pas: une cabane rouge délavé ici (Chafaud, Carleton-sur-Mer), le bleu vif d'un sanctuaire là (Calvaire, L'Anse-au-Griffon) ou encore des petites touches colorées (Saint-Maurice-de-L'Échouerie, adaptation d'Un village en Gaspésie, 1929, de Strand). Tout est fait dans la sobriété. Et dans l'approche frontale si «strandienne», l'attention se portant sur ces petits détails que la grande histoire oublie.

    À son tour, Après Strand voyagera: à Québec, au centre Vu, cet automne, et à Montréal, seulement en octobre 2012, à la maison de la culture Frontenac.

    Mise en abîme autobiographique

    Également à Rimouski, le centre d'artistes Caravansérail présente l'exposition Re ou les autres histoires de Sarah Bertrand-Hamel. Il s'agit de la nouvelle étape d'un travail déjà montré à Montréal, où se mêlent dessin et photo, aquarelle et matériaux cousus, une audacieuse mise en abîme autobiographique sans fin.

    À noter que le Musée régional de Rimouski et Caravansérail, avec la collaboration des Concerts aux Îles du Bic, lancent ces jours-ci une expo hors les murs, Déambulations. À «voir et entendre» le soir: des installations vidéo de trois artistes (Jason Arsenault, Fannie Giguère, Frédéric Lavoie). Jusqu'au 20 septembre, le long de la rue Saint-Germain Ouest.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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