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    Expositions - Jouer aux caméléons

    Vue générale de l'exposition de Guillaume La Brie<br />
    Photo: Bettina Hoffmann Vue générale de l'exposition de Guillaume La Brie
    Souvent spectaculaires, parfois insolentes, les installations de Guillaume La Brie révèlent la fragilité de l'architecture, voire son côté oppressant, contraignant. Ce sont comme des châteaux de cartes, des structures tirées d'un monde impossible, qui font rêver, mais dont on imagine qu'elles ne tiendront pas debout longtemps. C'est dans cet esprit que l'on visite une exposition de Guillaume La Brie, en sachant que, devant des problèmes bien concrets d'espace et de relation à un environnement donné, les solutions pour les résoudre prendront la voie du fantasque et de l'irréel. Sa nouvelle aventure, au centre Clark, ne fait pas exception.

    Intitulée Moitié moitié, une exposition à 50 % Guillaume La Brie — les titres chez lui prennent toujours ce ton déconcertant —, l'installation se compose essentiellement de deux éléments. Deux modules bien distincts: une chaise et son double translucide d'une part et, d'autre part, une colonne, ou une tour, dont l'échine est un classeur, banal mobilier de bureau.

    Ce qui caractérise ces deux objets-meubles détournés — on dirait du Michel Goulet, le côté extraverti en sus —, ce sont leurs matériaux. La Brie a puisé à même les lieux pour composer ses oeuvres, pour déformer, ou allonger dans le cas du classeur, les deux meubles. Il s'est servi du gypse, du bois et d'autres composantes qui forment les cou-ches de la structure du bâtiment et a laissé les murs de la petite salle de Clark avec des stigmates bien frais. Un trou bien creux permet même de voir le corridor extérieur à la galerie, rendant celle-ci presque vulnérable.

    Plus près de la destruction que de la construction — de la «déconstruction», si on veut y voir du Derrida —, le sculpteur natif de Saint-Hyacinthe donne à son intervention in situ une variété de sens. Ce n'est pas la première fois qu'il cherche à outrepasser le cube blanc, ou à le défoncer de la sorte.

    En 2008, ce membre de Pique-nique, collectif qui surgit bon an, mal an dans les espaces publics, avait introduit cette manière d'utiliser les parois du lieu qui l'expose. Sans être aussi radical que Gordon Matta-Clark et ses coupes de bâtiment bien réelles des années 1970, La Brie revisite l'espace-galerie avec audace.

    Comme en 2008 — l'oeuvre Le Repli des oeuvres —, puis comme en février dernier, lors d'une présentation laboratoire dans Saint-Henri, les découpes sur les murs prennent la forme de dessins. Ce sont des figures géométriques assez sommaires, mais, répétées plus d'une fois, elles ont un certain effet. Ce sont des signes, en creux, en négatif, qui peuvent encore faire penser que Michel Goulet, avec ses surfaces remplies de symboles et d'emblèmes, n'est pas loin.

    Que les «sculptures» au centre de la galerie figurent, elles, des objets plus ou moins reconnaissables, cela importe peu. Elles jouent un rôle d'appât visuel, presque secondaire.

    Guillaume La Brie ne prétend pas exhiber ses talents de menuisier. Ses objets sont davantage caméléons, capables de s'adapter à un lieu. Mais ils ne font pas que puiser dans l'environnement habité. Ils imposent aussi leur présence, leur forme. D'où le titre de l'expo: la moitié des choses à voir vient de l'artiste, l'autre du lieu. C'est une question d'échange.

    Se confondre en citations

    L'expo dans la grande salle est l'oeuvre d'un jeune artiste japonais (né en 1984), établi en Europe et actuellement en résidence à la Fonderie Darling. Yugi Higashino, à l'invitation du centre Clark, a produit une série d'oeuvres presque aussi caméléons que le mobilier de La Brie. Mais Higashino s'abreuve dans le vaste champ de l'art, de la citation et de la culture pop.

    Un mur éclaboussé de peinture en guise d'accueil, tableautins à voir comme des chefs-d'oeuvre, des lieds pour l'ambiance sonore... La manière est éclatée. Et un peu nébuleuse. On ne sait trop où l'artiste veut en venir. À une critique du populisme, ou de l'élitisme culturel?

    Les quatre tableautins exposés sont des copies con-formes d'oeuvres signées Joni Mitchell ou Miles Davis. Et dans le cas des Mitchell, les peintures respirent «à la manière de»... Un autoportrait rappelle ainsi le Van Gogh à l'oreille cassée. On est dans la citation de la citation. Mais à quoi bon? Pour dénoncer l'art sans grande originalité de ces vedettes de la musique (ou d'autres disciplines) qui cherchent un second souffle dans la peinture? Un peu facile.

    En fait, la pièce la plus intéressante, et originale il va sans dire, est une série de textes qui tentent d'expliquer l'origine du titre et de la pochette de l'album de New Order Power, Corruption & Lies (1983). La réponse à l'énigme n'est pas simple et suppose que le groupe britannique a pu autant s'inspirer d'une expo de Gerhard Richter que de l'oeuvre de George Orwell. Dans les faits, Higashino mêle plus les cartes qu'autre chose, comme si le temps et la diffusion des connaissances par Internet (y compris lors d'une correspondance par courriel) ne pouvaient qu'accumuler des contradictions. Plus on en apprend, moins on en sait. Aussi, il pose la question: est-ce nécessaire de savoir qui s'inspire de quoi? Ou, comme le dit l'énoncé de l'expo: «Qu'est-ce qu'écoute Gerhard Richter en peignant?»

    À ne pas oublier que le centre Clark a aussi une programmation audio. Actuellement, c'est une oeuvre tout en paroles de Sophie Castonguay qui est à l'écoute.

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    Collaborateur du Devoir

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    Moitié moitié, une exposition à 50 % Guillaume La Brie
    Guillaume La Brie

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    You can't be an artist if you are afraid of getting dirty
    Yugi Higashino
    Au centre Clark, 5455, avenue de Gaspé, jusqu'au 11 juin.












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