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    La Biennale de Montréal a meilleure mine

    On est tous des autres, Sylvie Cotton<br />
    Photo: Ludovic Beillard On est tous des autres, Sylvie Cotton
    La tentation du hasard. 7e Biennale de Montréal
    Ancienne École des beaux-arts de Montréal,
    3450, rue Saint-Urbain, et Fondation Molinari,
    3290, rue Sainte-Catherine Est. Jusqu'au 31 mai.
    Il y a environ un an, le choix du thème du hasard par la Biennale de Montréal (BML) pour sa septième édition laissait craindre le pire. Après les déconfitures majeures des éditions antérieures (en particulier les trois dernières), n'importe quel thème aurait sans doute été reçu avec la même méfiance. Cependant, en confiant le cocommissariat au respecté David Liss, la BML a ravivé les espoirs. L'événement, cette fois, saura peut-être s'en tirer mieux. L'actuel directeur du Museum of Contemporary Canadian Art de Toronto, auparavant basé à Montréal, n'est sûrement pas le seul responsable, mais force est de constater que la présente mouture de la Biennale, en effet, a meilleure mine.

    Il y a d'abord le lieu d'exposition. La BML est passée d'une ancienne école, Bourget, à une autre, celle des beaux-arts de Montréal, qui a tout juste ce qu'il faut de charme vétuste, mais assez de sobriété pour ne pas nuire à l'accrochage des oeuvres. Au fil du parcours, les différents projets exposés profitent d'ailleurs des singularités offertes par la configuration des lieux, sous-sol inquiétant et grandes salles lumineuses. L'espace d'exposition est exploité avec intelligence. Le thème, lui, a inspiré des choix variés, mais parfois convenus pour les visiteurs chevronnés.

    La BML tire son thème de l'oeuvre phare de Mallarmé, son poème Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, publié en 1897. Source majeure d'influence au cours du XXe siècle, l'oeuvre est connue pour avoir déconstruit les conventions d'écriture par le concours du hasard et avoir fait valoir la typographie du poème. Dans les projets exposés par la BML, ils sont d'ailleurs nombreux à revisiter explicitement le travail de Mallarmé, forçant une récurrence à l'occasion exaspérante. Les autres oeuvres relevant plus largement du hasard, elles donnent à penser que bien d'autres encore auraient pu être placées sous cette enseigne.

    Parmi les oeuvres des 40 artistes retenus, issus pour la grande majorité d'Amérique du Nord — à l'opposé des événements internationaux dignes de ce nom qui varient davantage les provenances —, il y a des livres d'artistes (Rodney Graham), des dessins, des toiles, des installations et des sculptures. Le ton est donné par une dominante pour les objets banals appropriés et les matériaux modestes révélant les processus et la quotidienneté où les manifestations du hasard s'avèrent plus foisonnantes. Plus rares sont les vidéos et les arts électroniques, qui sont quant à eux traités à part, ce qui entraîne un décalage.

    Jeter les dés

    Une bonne place est faite aux artistes chevronnés qui, depuis longtemps, ont travaillé avec le hasard. Parmi eux le Français Daniel Spoerri avec ses personnages de bronze, qui retiennent toutefois moins l'attention que les projets de Jean Dupuy, aussi de la France, avec ses anagrammes et ses readymades aux résonances inquiétantes. En occupant plus d'une salle, le duo Cozic déploie les éléments de cinq projets différents conçus à partir de matériaux pauvres par de sommaires opérations. À quelques kilomètres de là, à la Fondation Molinari, qui inaugure d'ailleurs son espace d'exposition, les oeuvres du défunt Guido Molinari occupent, avec à-propos, un tout autre registre. Des toiles automatistes peintes dans le noir et d'autres, systématiques, traduisant Mallarmé, marquent deux jalons, les débuts et la fin de sa carrière.

    Ces oeuvres déjà faites profitent d'un recadrage tandis que d'autres sont inédites. Ressortent nettement de ce lot les projets de Sylvie Cotton et de Jean Dubois, tous deux de Montréal. La première, qui assure une présence sur place tous les dimanches, a érigé une sorte d'autel personnel où elle rend compte d'un rituel peu commun: la décomposition en confettis des textes consultés pendant ses études. Dubois, lui, propose une installation vidéo interactive fort efficace croisant des références à Derrida et aux jeux vidéo des années 1980. Aussi produite pour l'événement, l'oeuvre de Karilee Fuglem, cependant, déçoit alors que, venu d'Allemagne, John Bock a transformé d'une étonnante façon toute une portion de l'espace en un tordu et hétéroclite labyrinthe.

    D'heureuses trouvailles ponctuent le parcours, brisant la monotonie. Derrière la projection de Jean-Pierre Bertrand montrant des dés lancés — une énième image du motif —, une lumière intrigue et attire jusqu'au projet de Werner Reiterer. Quant aux solides travaux du conceptuel Ian Wallace et du sculpteur David Armstrong Six, ils réunissent dans une même salle deux angles d'approche contrastés, le retour sur le texte de Mallarmé et la mise en forme du hasard.

    Il ne faut pas bouder cette édition de la Biennale. Il reste toutefois que l'événement semble encore se chercher une identité et commet des ratés qui indisposent (textes des commissaires non traduits, de l'anglais au français et inversement, par exemple). La BML devra faire plus pour atteindre l'envergure internationale qu'elle prétend avoir. Voir toute la programmation sur www.biennalemontreal.org.

    ***

    Collaboratrice du Devoir

    On est tous des autres, Sylvie Cotton<br />
Les Pages répandues, 2011, Ian Wallace<br />












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